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Subject: DUMITRESCO: L'Holocauste des ames 4/4
Date: Thu, 6 Oct 2011 16:07:38 +0200
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<P>
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<P></P>
<P>
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LE SITE</A>=20
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size=3D+2> Part 4 </FONT><B><FONT size=3D+3>|</FONT></B>
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<P></P>
<H1>
<CENTER><FONT color=3D#000000 size=3D+4>L'Holocauste des =
=E2mes</FONT></CENTER></H1>
<H2>
<CENTER><FONT color=3D#000000 size=3D+3>Gr=E9goire =
Dumitresco</FONT></CENTER></H2>
<P><FONT color=3D#000000 size=3D+2>4/4</FONT></P>
<P>
<CENTER><B><FONT color=3D#000000>Chapitre XX</FONT></B></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Apr=E8s le signal du coucher je m'installe sous =
le=20
<I>prici</I>. Burcea, l'homme qui doit =EAtre d=E9masqu=E9, vient aussi. =
Mais je pense=20
que L=E9vynski veut me d=E9masquer d'abord. En d'autres termes, =
L=E9vynski est s=FBr que=20
je vais informer Burcea de son plan... Pour lui, l'insinc=E8re, c'est=20
moi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il n'y a plus de temps =E0 perdre. Dans =
quelques instants=20
tout mouvement va cesser et le silence gagnera la cellule.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Ecoute moi, Burcea, dis-je =E0 voix =
basse.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je le regarde attentivement. Il me fait signe =
de parler=20
doucement puis, penchant la t=EAte et fron=E7ant les sourcils, il =
m'=E9coute. Je lui=20
dis de quoi il s'agit. Dans la demi-obscurit=E9, je distingue son regard =
fixe et=20
effray=E9. Sa main me prend l'=E9paule et la serre tandis qu'il me parle =
d'un ton=20
plein d'angoisse.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Il veut me d=E9masquer, que dois-je =
faire?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Sa bouche crisp=E9e laisse voir des dents =
saines mais=20
sales.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Ecoute, Burcea, ne t'affole pas. C'est =
tr=E8s simple. Le=20
matin, tu vas chez L=E9vynski et tu me d=E9masques, autrement dit, tu =
lui racontes=20
que je t'ai d=E9voil=E9 le secret avec le billet. Tu para=EEtras alors =
sinc=E8re =E0 ses=20
yeux. Il ne peut pas savoir, ou plut=F4t il ne peut pas d=E9couvrir, que =
je t'ai mis=20
au courant. Ainsi, au moins pour le moment, nous sommes sauv=E9s. Tu es =
sinc=E8re en=20
me d=E9masquant et moi, =E0 mon tour, je suis sinc=E8re en ex=E9cutant =
ses=20
ordres.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous retrouvons notre calme. Que se =
passera-t-il dans une=20
ou deux semaines? Nous verrons bien! Ici on vit au jour le =
jour.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Apr=E8s quelques instants de r=E9flexion, =
Burcea me=20
chuchote:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- C'est la seule solution pour sortir de=20
l'impasse.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Soulag=E9s, nous plaquons nos pauvres dos sur =
le=20
sol.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le matin, d=E8s le signal du r=E9veil, nous =
sortons tout de=20
suite de sous le <I>prici</I>. Pendant la nuit j'ai tr=E8s bien dormi. =
J'=E9tais=20
soulag=E9, j'avais accompli ma mission.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Comme nous sommes tomb=E9s d'accord, Burcea n'a =
pas attendu=20
qu'on aille aux toilettes et il a inform=E9 L=E9vynski tout de suite. Il =
a cet air=20
tranquille que donne la conscience d'accomplir une haute mission. On le =
croirait=20
sur une sc=E8ne. Je me dis qu'il joue bien son r=F4le.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il se retire avec L=E9vynski dans le coin =E0 =
c=F4t=E9 de la=20
porte et ils s'assoient tous les deux en tailleur sur le sol.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>A mon tour, j'essaye de para=EEtre content de =
moi. J'ai=20
comme l'air absent.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Cri de L=E9vynski:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Ouvrez la fen=EAtre!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>D'o=F9 je suis, je tends le cou pour voir le =
maximum de=20
hauteur du mur qui se dresse devant la fen=EAtre. Encore quelques =
centim=E8tres et=20
j'arriverai =E0 voir un morceau de ciel bleu. J'aspire dans mes poumons =
l'air=20
frais du printemps. Nous sommes =E0 la fin du mois de mars.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>C'est le plus doux matin que nous ayons connu =
depuis que=20
je me trouve dans cette cellule. Le morceau de ciel bleu parcouru par un =
rayon=20
de soleil m'annonce que la journ=E9e sera belle.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Dans le coin, L=E9vynski et Burcea parlent en =
chuchotant.=20
Pendant quelques instants, ils s'arr=EAtent et tiennent le regard fixe, =
signe de=20
r=E9flexion profonde. Je risque un coup d'oeil vers Burcea et je =
reconnais un=20
complice, mais aussi un homme qui lutte pour sauver sa peau.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>En un quart d'heure ils ont fini. Burcea =
regagne sa=20
place. L=E9vynski nous dit de nous pr=E9parer pour aller aux =
toilettes.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>J'attends la sortie pour les W-C: vingt pas =
pour aller et=20
vingt pour revenir. C'est le seul mouvement durant vingt-quatre=20
heures.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>De retour dans la chambre, je constate avec =
inqui=E9tude=20
que L=E9vynski ne se donne plus la peine de me regarder, pas m=EAme un =
instant. Si=20
c'est bien moi qu'il a voulu d=E9masquer en premier, pourquoi ne me =
pr=EAte-t-il=20
aucune attention?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les s=E9ances d'autocritique continuent. Encore =
quatre =E0=20
cinq heures d'=E9coute attentive, jusqu'au repas de midi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>C'est Matei qui doit mentir aujourd'hui. Il est =
petit, la=20
t=EAte ronde, les yeux vitreux. Quand il parle, ses joues tressautent. =
Ainsi,=20
trahit-il l'effort que lui impose le mensonge.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il est "pourri", ses parents de m=EAme, comme =
ses fr=E8res et=20
sa soeur. Son coquin de p=E8re avait un moulin et il volait aux paysans =
la farine=20
de mais qu'ils =E9conomisaient =E0 grand peine. Sa soeur faisait la =
pute, sans=20
retenue pour ses parents.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>J'=E9coute un certain temps, apr=E8s quoi mes =
pens=E9es me=20
portent au loin, dans un autre univers. Il y a tant de mensonge ici! Je =
me=20
persuade parfois que l'on ne peut plus changer quoi que ce soit et qu'il =
ne me=20
reste rien d'autre =E0 faire que d'attendre ma fin, qui lentement=20
s'approche.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La journ=E9e se passe sans que je rencontre au =
moins une=20
fois le regard de L=E9vynski. Cette indiff=E9rence =
m'exasp=E8re.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le soir, Matei a =E9t=E9 battu, parce que =
non-sinc=E8re.=20
Personne ne doute que ses parents =E9taient malhonn=EAtes, que sa soeur =
=E9tait une=20
pute, mais lui, Matei, a trop insist=E9 sur ces d=E9tails; il l'a fait =
dans le seul=20
souci d'=E9viter le d=E9voilement de faits beaucoup plus importants. Il =
va falloir=20
qu'il analyse s=E9rieusement son pass=E9 et, dans quelques semaines, =
quand il fera =E0=20
nouveau son "autobiographie", il devra mettre en =E9vidence d'autres =
faits=20
touchant la vie de sa famille.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Maintenant, il est assis par terre et g=E9mit =
=E0 c=F4t=E9 de la=20
porte. Ses mains sont couvertes de sang et son corps tremble. Il est=20
terroris=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Avant qu'on se couche, L=E9vynski prononce =
quelques mots=20
qui ont de quoi m'inqui=E9ter:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Il ne convient pas que ces deux dorment sous =
le=20
<I>prici</I>. J'ai fait une erreur. Vous voyez, m=EAme au fond de moi, =
il y a=20
encore des restes de pens=E9es bourgeoises. Pourquoi devraient-ils =
dormir sous le=20
lit? Est-ce qu'ils ne sont pas nos =E9gaux?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je suis comme paralys=E9. Je rentre en titubant =
sous le=20
<I>prici</I> et je prends ma couverture, que je remets =E0 sa place =
dessus. Burcea=20
fait de m=EAme.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les jours passent.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Confessions et coups.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>J'attends mon tour mais il ne vient pas. =
L=E9vynski trouve=20
ainsi le moyen de me terroriser. Il m'arrive d'=EAtre indiff=E9rent =E0 =
ce qui doit=20
suivre.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un autre changement survient. Nuti Patrascanu =
est sorti=20
de la cellule. Le gardien a ouvert la porte et l'a appel=E9:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Prends tes bagages et sors dans le =
couloir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le robot s'est h=E2t=E9 d'ex=E9cuter l'ordre. =
On lisait=20
l'inqui=E9tude sur son visage. Il se demandait o=F9 on allait le=20
conduire...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La vie ici est de plus en plus dure. Les coups =
se=20
prolongent tard le soir. Chacun m=E8ne avec le sinistre robot L=E9vynski =
une lutte=20
dont il sort toujours vaincu.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Une chose m'inqui=E8te. A nous trois, qui =
sommes venus de=20
la chambre-h=F4pital num=E9ro 4, on ne nous demande pas de faire notre=20
autobiographie. Que nous r=E9serve-t-on? Peut-=EAtre attendent-ils que =
nos=20
ressources, physiques et morales, soient =E9puis=E9es. Ils passeront =
ensuite =E0 la=20
destruction de notre personnalit=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Depuis quelques jours la terreur ne se limite =
plus aux=20
coups sur le dos avec la ceinture ou avec le b=E2ton.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>P=E2rvu, d=E9masqu=E9 pour avoir cach=E9 une =
aiguille sous le=20
<I>prici</I> entre les planches, a =E9t=E9 d=E9shabill=E9 et =E9tendu =
sur le sol. Apr=E8s=20
quoi, sur un signal de L=E9vynski, huit prisonniers se sont assis sur=20
lui.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il l'a ordonn=E9 aussi =E0 Dinu =
Georgesco:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Toi aussi, assieds toi!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il =E9tait le neuvi=E8me. Tremblant, tr=E8s =
p=E2le, se sentant=20
comme en faute vis-=E0-vis de P=E2rvu, il a ex=E9cut=E9 l'ordre. Un =
instant, nos regards=20
se sont crois=E9s et j'ai lu le d=E9sespoir dans ses yeux. Au huiti=E8me =
homme, P=E2rvu=20
avait d=E9f=E9qu=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L=E9vynski lui a fait ramasser ses excr=E9ments =
avec les=20
mains pour les mettre dans sa gamelle.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Au repas du soir il a pu vider sa gamelle dans =
les=20
toilettes mais L=E9vynski l'a emp=EAch=E9 de la laver. Il a mang=E9 sa =
soupe comme=20
cela...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je suis oblig=E9, jour apr=E8s jour, de lutter =
avec cette=20
sinistre terreur. Ma faiblesse est extr=EAme, mais je sens qu'il me =
reste encore=20
des forces. Je dois les mettre =E0 profit pour lutter et sauver mes =
sens. Je suis=20
devenu partiellement insensible =E0 la douleur. Celle des autres, et =
m=EAme la=20
mienne.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L'ambiance a un effet d=E9sastreux sur le =
moral. Hier soir,=20
avant l'heure de dormir, =E0 un certain moment, nous =E9tions tous comme =
des statues=20
de pierre. M=EAme L=E9vynski =E9tait immobile. Les visages creus=E9s, =
les yeux enfonc=E9s=20
dans les orbites, les paupi=E8res mi-closes, la lumi=E8re p=E2le, tout =
cela m'a donn=E9=20
l'impression de me trouver dans une morgue o=F9 vingt-cinq cadavres =
attendraient=20
d'=EAtre diss=E9qu=E9s.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Devant le spectre de la mort, tous mes sens se =
sont=20
r=E9volt=E9s. A coup s=FBr, le monde dans lequel j'ai v=E9cu hier n'est =
plus celui dans=20
lequel je vis aujourd'hui.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Mais il faut =E0 tout prix garder la t=EAte =
froide afin de=20
lutter contre cette entreprise de d=E9shumanisation. Ils veulent que =
nous en=20
arrivions =E0 avoir en nous comme un germe de glace qui puisse =
d=E9truire tout=20
projet, toute initiative. De l=E0 il n'y a qu'un pas =E0 faire pour =
aboutir au=20
robot. Alors quand ils diront frappe, le robot frappera, quand ils =
diront tue,=20
le robot tuera.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous vivons une journ=E9e =
exceptionnelle.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le gardien ouvre la porte brusquement. Le =
regard oblique,=20
il nous dit:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Soyez pr=EAts dans dix minutes, pour une =
promenade dans=20
la cour.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je n'en crois pas mes oreilles. Un rapide =
calcul me=20
r=E9v=E8le que je n'ai pas vu le ciel depuis le 21 d=E9cembre de =
l'ann=E9e derni=E8re,=20
quand j'ai =E9t=E9 amen=E9 ici.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous sommes nerveux et attendons le signal du=20
gardien.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L=E9vynski nous met en garde:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Dans la cour il est interdit de regarder =
vers les=20
fen=EAtres du haut et vers celles du sous-sol. Les yeux doivent fixer le =
dos de=20
celui qui marche devant.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le gardien ouvre la porte:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Dans le couloir!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un autre gardien appara=EEt.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ils nous comptent par trois, comme des animaux. =
Puis, ils=20
nous dirigent vers le couloir principal. Nous descendons plusieurs =
marches et,=20
pass=E9 un tunnel, nous entrons dans une des trois cours int=E9rieures =
de la prison.=20
C'est un matin comme presque tous les matins du mois de mars. Les nuages =
gonfl=E9s=20
donnent l'impression que le ciel bas est en train de bouger. Ils ne=20
s'int=E9ressent pas aux menus =E9v=E9nements d'ici. Le vent souffle sur =
les remparts;=20
il tourbillonne et frappe les murs de la prison.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>A pas lent, le regard fix=E9 sur le dos de =
celui qui=20
pr=E9c=E8de, nous pensons =E0 nous-m=EAmes, ignorant le ciel et la =
faible lumi=E8re ennu=E9e=20
de mars. Apr=E8s un quart d'heure de cette promenade monotone, je me =
sens accabl=E9=20
par le manque d'horizon. La faiblesse physique est mise =E0 l'=E9preuve. =
Comme=20
depuis dix semaines je n'ai jamais fait plus de vingt m=E8tres, l'effort =
est=20
p=E9nible.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les deux gardiens nous surveillent sans cesse. =
Ils ne=20
veulent m=EAme pas nous laisser r=E9fl=E9chir. R=E9fl=E9chir =E0 quoi? A =
l'action de=20
d=E9shumanisation qu'ils m=E8nent avec tant de brutalit=E9?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>On nous ordonne de rentrer dans le b=E2timent. =
On nous=20
compte dans le couloir. Nous revoici enfin dans la chambre, qui me =
para=EEt plus=20
grande et plus hostile. Chacun reprend sa place.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L'arrachage des masquescontinue. A c=F4t=E9 de =
la porte,=20
L=E9vynski hurle:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Fumiers, vous avez regard=E9 vers les =
fen=EAtres. Je vous=20
ai eus constamment =E0 l'oeil.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il se jette sur nous. Dans la main gauche il a =
la=20
ceinture et dans la droite un b=E2ton. Il frappe au hasard. Avec la =
ceinture il=20
frappe la t=EAte et avec le b=E2ton le corps. Il frappe avec une telle =
furie=20
qu'instinctivement on se retire vers le mur.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Comme toujours, le robot s'arr=EAte de temps en =
temps pour=20
une courte pause apr=E8s laquelle il se jette =E0 nouveau sur nous. =
C'est ainsi que=20
la matin=E9e a pass=E9. Il s'est arr=EAt=E9 de frapper quand la soupe =
est=20
arriv=E9e.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le lendemain, nous n'avons pas plut=F4t fini la =
tisane, que=20
le gardien ouvre la porte et, sans nous regarder, les yeux sur une =
liste,=20
s'=E9crie:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- A l'appel de son nom, on sort dans le=20
couloir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un frisson glacial parcourt ma colonne =
vert=E9brale et=20
s'arr=EAte sur les tempes. Je ne veux pas =EAtre amen=E9 =E0 nouveau =
dans la=20
chambre-h=F4pital num=E9ro 4! A peine ai-je le temps de r=E9fl=E9chir =
que j'entends mon=20
nom. Dinu Georgesco, Burcea, Lupasco et Pop sont aussi =
appel=E9s.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Dans le couloir nous sommes dix. Nous avons =
tous =E0=20
l'esprit la chambre-h=F4pital 4. Les autres doivent y penser, je le vois =
sur leurs=20
visages. Nous n'osons pas en parler entre nous, mais Dinu Georgesco me =
jette un=20
regard plein de sous-entendus.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le gardien nous m=E8ne dans le couloir =
principal, puis en=20
haut sur l'escalier. Mon coeur bat tr=E8s fort. Les mots de L=E9vynski =
me=20
reviennent: vous =EAtes pourris. Donc, un retour dans la =
chambre-h=F4pital 4 est=20
possible!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Au premier =E9tage, arr=EAt devant une porte. =
Nous attendons.=20
Pendant quelques minutes je parviens =E0 =EAtre calme.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Irai-je =E0 nouveau dans la chambre-h=F4pital =
4? Non, cela ne=20
doit pas se reproduire! Le gardien a une liste et appelle deux =
personnes, Burcea=20
et moi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il ouvre la porte et nous fait signe d'entrer. =
Surprise!=20
Devant nous se trouve une vraie commission. Cinq =E0 six personnes, dont =
le=20
directeur de la prison, Dumitresco.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>A une table transform=E9e en bureau se trouvent =
assis deux=20
hommes, probablement les plus hauts en grade, le nez dans les dossiers. =
Les=20
autres sont debout. Le directeur me regarde d'un air glacial, de haut en =
bas,=20
puis il me demande mon nom. Je le lui dis. Un des deux qui sont assis me =
regarde=20
pendant un instant et me demande:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Tu veux travailler au canal Danube-Mer=20
Noire?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je lui r=E9ponds sans h=E9siter.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Oui!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un de ceux qui sont debout m'examine de face, =
puis de=20
dos.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Tu as mal quelque part? me demande-t-il en =
me=20
regardant fixement dans les yeux.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Absolument pas, dis-je de fa=E7on qu'il =
n'ait pas de=20
doutes sur mon =E9tat de sant=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un autre me fait signe de venir vers lui et me =
montre une=20
liste. Je cherche mon nom et je signe sans attendre l'invitation. A ses =
yeux, ma=20
signature est une preuve que je suis d'accord pour travailler au canal, =
mais=20
pour moi elle repr=E9sente l'=E9vasion hors de l'arrachage des =
masques.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je sors imm=E9diatement de la chambre. Dans le =
couloir, le=20
gardien me fait mettre de c=F4t=E9. A l'=E9vidence, je dois attendre que =
tous donnent=20
leur consentement et passent la visite m=E9dicale.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous avons presque tous sur la figure les =
traces des=20
coups de ceinture de L=E9vynski. Les deux du Minist=E8re de =
l'Int=E9rieur ne les=20
voient pas. Ils sont trop occup=E9s avec les dossiers qui se trouvent =
sur le=20
bureau. Le devoir leur demande de rester le nez dedans.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La journ=E9e d'aujourd'hui, peut-=EAtre le 1er =
avril 1950, me=20
donne un immense espoir. Il est impossible de pratiquer la =
d=E9shumanisation par=20
arrachages de masques au Canal. Une telle action ne peut pas =EAtre =
men=E9e au=20
milieu de dizaines de milliers de prisonniers.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Apr=E8s un quart d'heure d'attente nous =
regagnons la=20
cellule. Dans l'escalier, Lupasco, le bonheur dans les yeux, nous dit=20
doucement:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Ces deux sont les inspecteurs D=FClberger et =
Zeller, du=20
Minist=E8re de l'Int=E9rieur. Je les connais depuis l'an =
dernier.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Dans la cellule personne n'ose nous demander =
o=F9 nous=20
avons =E9t=E9. C'est le silence. Nous restons le regard perdu. Ceux =
qu'on a recrut=E9s=20
pour le canal essaient de cacher leur bonheur. Les autres cachent le =
souci de ne=20
pas avoir =E9t=E9 appel=E9s. Ils supposent, bien s=FBr, la raison pour =
laquelle nous=20
l'avons =E9t=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L=E9vynski finit par rompre le =
silence:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- On vous a demand=E9 si vous vouliez =
travailler au=20
Canal?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous r=E9pondons presque tous =E0 la fois par=20
l'affirmative.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Regardant un point au milieu du plafond, il=20
continue:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Vous voyez combien la classe ouvri=E8re est =
g=E9n=E9reuse et=20
tol=E9rante avec nous: elle nous accorde le droit de travailler au =
canal. Et vous,=20
salopards, vous =EAtes toujours pourris!</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Une pens=E9e me passe par la t=EAte. Je =
constate que les=20
robots, ou du moins la plupart d'entre eux, ne partiront pas pour le =
Canal. La=20
prison de Pitesti est l'=E9cole de d=E9shumanisation des prisonniers. On =
se livre=20
ici =E0 une exp=E9rience qu'on ne peut pas faire sans robots =
poss=E9d=E9s par le d=E9mon.=20
Ils vont donc rester ici pour continuer =E0 terroriser les condamn=E9s =
=E0 plus de dix=20
ans, qui repr=E9sentent soixante pour cent des prisonniers. Terrible =
sort! Vivre=20
la terreur d'ici encore un, deux ou trois ans...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L=E9vynski a fini son r=E9quisitoire contre =
nous mais aussi=20
les louanges envers la classe ouvri=E8re. Le monstre a l'air plus dur =
que jamais.=20
Il nous scrute des yeux un par un, avec m=E9pris. Soudain, il me regarde =
fixement.=20
Et longuement. Il n'y a pas =E0 douter, d'apr=E8s son regard, que mon =
int=E9rieur est=20
pourri. Il sait que je n'ai pas rempli avec sinc=E9rit=E9 ma mission =
aupr=E8s de=20
Burcea.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Au bout d'un moment, L=E9vynski =
s'=E9crie:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Vous =EAtes tellement pourris que vous devez =
changer la=20
fa=E7on de faire les autobiographies.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous le regardons tous attentivement. Il =
s'arr=EAte net de=20
parler et fronce les sourcils d'un air scrutateur.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Quelques instants plus tard, il =
continue:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Le mieux est d'arr=EAter les autobiographies =
pour le=20
moment. Vous =EAtes beaucoup trop insinc=E8res. Vous avez besoin d'une =
pause pour=20
pouvoir r=E9fl=E9chir sur vous-m=EAme plus profond=E9ment. Il faut =
repartir =E0 z=E9ro. Pour=20
l'heure, le b=E2ton va vous tenir =E9veill=E9s.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il parle comme s'il ne l'avait pas encore=20
utilis=E9!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>A l'avenir nous devrons regarder fixement =
devant nous,=20
sans bouger du tout. Parler sera strictement interdit.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous attendons le d=E9but du nouveau programme: =
vol=E9e de=20
coups et vol=E9e de coups.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Mais L=E9vynski ne nous laisse pas beaucoup =
attendre et se=20
jette sur nous. Il est toujours arm=E9 du b=E2ton et de la ceinture. Il =
frappe comme=20
toujours au hasard. Apr=E8s les pauses habituelles, il recommence =
l'attaque. Nous,=20
la t=EAte entre les bras, nous attendons que passent les minutes, puis =
les heures.=20
Avec quelle difficult=E9...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>C'est ainsi que les jours s'=E9coulent. La =
vol=E9e de coups=20
g=E9n=E9rale a lieu le matin et l'apr=E8s midi. Elle dure trois ou =
quatre heures par=20
jour. Personne n'est plus battu individuellement. Les gamelles, on ne =
les lave=20
plus et de temps en temps nous devons manger comme les cochons. Ici, par =
contre,=20
=E0 la diff=E9rence de la chambre-h=F4pital num=E9ro 4, on nous laisse =
avaler=20
tranquillement notre soupe, sans que personne nous enfonce la t=EAte =
dans la=20
gamelle. Ceci parce que sur le sol il n'y a pas assez de place. Nous =
faisons nos=20
r=E9v=E9rences devant les gamelles sur le <I>prici</I>, l=E0 o=F9 chacun =

dort.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000><BR></FONT></P>
<P>
<CENTER><B><FONT color=3D#000000>Chapitre XXI</FONT></B></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Contraints de regarder fixement devant nous, =
sans bouger=20
ni parler, nous avons l'impression d'=EAtre des =E9trangers l'un pour =
l'autre. Je ne=20
peux que croiser de temps en temps le regard de celui qui me fait face. =
On=20
n'=E9change plus de signes. La m=E9fiance entre nous est totale. Chacun =
ne vit que=20
pour soi-m=EAme. Seule la terreur =E0 laquelle nous sommes soumis nous =
est=20
commune.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Par un apr=E8s-midi de la fin du mois de mai, =
le robot nous=20
annonce qu'il va falloir quand m=EAme continuer les "autobiographies". =
Il dit aux=20
derniers arriv=E9s de la chambre-h=F4pital 4 de prendre des notes sur =
des morceaux=20
de savons pour pr=E9parer l'arrachage des masques =
int=E9rieurs.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je ne sais pas ce que les autres pensent, mais, =
en ce qui=20
me concerne, je me sens tellement =E9puis=E9 que je suis devenu =
indiff=E9rent =E0 ce qui=20
va suivre.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le lendemain, un prisonnier commence son =
autocritique=20
dans le plus grand d=E9sordre d'id=E9es. Il passe de ses parents (le =
p=E8re est=20
pr=EAtre, insatiable et sans piti=E9 envers les pauvres), =E0 l'entr=E9e =
des Russes dans=20
le pays ( ils nous ont apport=E9 le progr=E8s, mais nous ne pouvions pas =
le voir), =E0=20
sa soeur (qui ne fait pas honneur =E0 la maison), enfin =E0 lui-m=EAme =
(pr=EAt =E0 faire=20
n'importe quoi pour parvenir).</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Tout au long du jour, je feins d'=EAtre =
attentif =E0 ces=20
d=E9ballages, mais la r=EAverie m'emporte: je me vois parmi des dizaines =
de milliers=20
de prisonniers d=E9foncer la terre du Canal Danube-Mer Noire. Nous =
travaillons=20
sous le soleil br=FBlant de la Dobroudja, sans =EAtre terroris=E9s par =
la faim, sans=20
"autobiographies" ni arrachage de masques, sans les vol=E9es de coups. =
Et puis le=20
canal se creuse de plus en plus, la terre s'amoncelle et l=E0, loin de =
ce qui se=20
passe par ici, je me vois comme un pygm=E9e perdu dans l'immensit=E9 des =
montagnes.=20
Cette =E9vasion hors de la terreur des autocritiques a pris fin le soir =
o=F9 celui=20
qui s'y livrait fut battu jusqu'au sang. Ce soir-l=E0 on l'a =
d=E9masqu=E9. La soeur=20
qui a fait honte =E0 toute la famille est imaginaire. Tandis que trois =
types=20
l'enserrent, L=E9vynski lui enfonce une aiguille dans les semelles. Le =
tourment=E9=20
reste =E9tendu sur le <I>prici</I>. Des spasmes intermittents le=20
secouent.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Quoi de plus r=E9voltant que de voir des gens =
sans d=E9fense=20
battus au sang et d=E9lirant de souffrance. Bien des fois j'ai =
souhait=E9, sous=20
l'effet de ces horribles spectacles, l'arriv=E9e ici m=EAme de ceux qui =
tiennent=20
dans leurs mains le destin des peuples. Je pense aux criminels qui nous =
ont=20
livr=E9s =E0 l'Union Sovi=E9tique, les criminels de Yalta. Mais ne =
parlons plus de=20
cela. On ne peut pas demander des sentiments humains =E0 ceux qui en =
sont=20
d=E9pourvus.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Une nouvelle nuit passe. Je suis tellement =
fatigu=E9 que=20
les cinq ou six heures de sommeil semblent n'avoir pas exist=E9. C'est =
comme si la=20
nuit n'avait dur=E9 qu'une seconde, tant je suis hant=E9 par =
l'=E9coeurement que cause=20
le retour quotidien des arrachages de masques.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L=E9vynski en surprend deux qui se seraient =
fait des signes=20
avec les yeux. L'un est P=E2rvu, d=E9masqu=E9 il y a quelques semaines =
pour avoir=20
pr=E9tendument cach=E9 son aiguille sous le lit, l'autre est une de ses=20
connaissances, originaire de la m=EAme ville. Ils sont battus l'un =
apr=E8s l'autre.=20
Tout a =E9t=E9 inutile, car ils n'avaient rien =E0 cacher. Apr=E8s la =
pause on les bat =E0=20
nouveau et ainsi de suite, jusqu'=E0 ce qu'ils ne puissent plus bouger. =
On les=20
allonge tous les deux =E0 c=F4t=E9 de la porte.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L=E9vynski est si fatigu=E9 qu'il a le souffle =
lourd. Il=20
aurait bien voulu passer =E0 une autre attaque mais le bruit des baquets =
de soupe=20
se fait entendre dans le couloir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le robot se d=E9cide =E0 arr=EAter son=20
<B>activit=E9</B>.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Comme je me trouve en t=EAte de <I>prici</I>, =
appuy=E9 contre=20
le mur, je vois L=E9vynski qui me regarde fixement. Je p=E2lis. Il reste =
longtemps=20
les yeux braqu=E9s sur moi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le bruit =E0 la porte d=E9tourne finalement son =
attention et=20
il cesse de me terroriser. Dans la cellule, on entend les bruits=20
caract=E9ristiques qui pr=E9c=E8dent la distribution de la soupe. =
L=E9vynski vient vers=20
moi. Il me parle rapidement, =E0 voix basse.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Et avec toi, salopard, je discuterai dans =
l'apr=E8s=20
midi, en t=EAte-=E0-t=EAte.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La vie s'arr=EAte autour de moi. Ma t=EAte =
tourne. Mon coeur=20
bat =E0 tout rompre. Voil=E0 que l'in=E9vitable se produit! Je vais =
=EAtre battu jusqu'=E0=20
ce que je reconnaisse que je n'ai pas =E9t=E9 sinc=E8re dans la mission =
dont il m'a=20
charg=E9...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L=E9vynski commence la distribution de la =
soupe. Quand=20
j'arrive devant lui, je fais un effort pour ne pas montrer la peur qui=20
m'envahit. Je me montre s=FBr de moi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La soupe me reste dans la gorge. J'essaye de =
prolonger=20
mon repas. Je dois =EAtre le dernier, sinon que vais-je faire si je =
finis trop=20
t=F4t? Il va fixer =E0 nouveau son regard sur moi. Ainsi, au moins, =
ai-je les yeux=20
dans la gamelle.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous sommes sortis pour les toilettes. Les deux =
qui ont=20
=E9t=E9 battus restent =E9tendus sur le <I>prici</I>. Au fond du =
couloir, =E0 la=20
fen=EAtre, le gardien regarde ailleurs, comme s'il avait autre chose =E0 =
faire que=20
nous surveiller.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Serr=E9s dans les toilettes, nous nous =
confrontons =E0=20
l'=E9ternelle alternative: se laver les mains ou faire la queue aux W-C. =
Je suis=20
dans un =E9tat =E9pouvantable, je ne me supporte plus. Je ne peux plus =
suivre mes=20
propres id=E9es. L=E9vynski est =E0 c=F4t=E9 de moi. La m=E9chancet=E9 =
se lit sur ses l=E8vres,=20
le triomphe dans ses yeux. Il tourne la t=EAte et me regarde fixement, =
longuement.=20
Ma d=E9cision est prise: je dois mettre fin =E0 cette terreur. Je ne =
peux pas penser=20
continuellement =E0 la torture. Sans h=E9siter plus longtemps, je =
m'approche de lui=20
et lui dis =E0 voix basse:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- J'avais tout dit, absolument tout, =E0=20
Burcea.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Je le savais, salopard, =
r=E9pond-il.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le gardien, =E0 la porte des toilettes, nous =
fait signe=20
d'aller vite. A petits pas, nous entrons dans la chambre. Le gardien =
dispara=EEt=20
derri=E8re la porte qui se referme. J'ai vu en lui une sorte de =
derni=E8re chance!=20
J'attends, en proie au d=E9sespoir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L=E9vynski ne tarde pas. Il va jusqu'=E0 =
Burcea, puis il se=20
retourne pour nous parler =E0 tous:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Ce salopard, dit-il en montrant Burcea, avec =
cet autre=20
salopard, et il me montre, ont essay=E9 de me tromper, de me faire =
croire qu'ils=20
=E9taient sinc=E8res tous les deux. En r=E9alit=E9 ce sont des ennemis =
de l'action men=E9e=20
ici. Ils sont tellement pourris que pour un certain temps il ne peut =
plus =EAtre=20
question pour eux de faire leur autobiographie. On va les =
isoler.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Il ne donne pas plus de d=E9tails, afin de =
pouvoir=20
r=E9utiliser la m=E9thode plus tard. Nous sommes d=E9shabill=E9s et =
allong=E9s sur le=20
<I>prici</I>, l'un =E0 c=F4t=E9 de l'autre. Les coups pleuvent, avec =
quelques=20
intermittences, presque tout l'apr=E8s midi. Nous sommes battus en =
alternance, sur=20
le dos et sur la plante des pieds. A partir d'un certain moment j'ai =
cess=E9 de=20
sentir la douleur mais j'avais l'impression que mon corps =E9tait en=20
feu.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ensuite on nous a jet=E9s sur le =
sol.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Apr=E8s le repas du soir, auquel nous n'avons =
pu toucher,=20
on nous dit qu'=E0 partir de maintenant, nous dormirons par terre, =E0 =
c=F4t=E9 de la=20
porte. L=E9vynski veut que personne ne nous parle et que nous ne =
parlions =E0=20
personne.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le sang s'est coagul=E9 sur mon dos et sur mes =
jambes. Les=20
douleurs vont commencer plus tard, dans la nuit.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P>
<CENTER><FONT color=3D#000000>* * * * *</FONT></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous n'avons dormi que sur le ventre et durant =
tout le=20
lendemain nous sommes rest=E9s dans la m=EAme position...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les autocritiques continuent. Le soir viennent =
les coups.=20
Quant =E0 nous, nous sommes, gr=E2ce =E0 Dieu, =E9pargn=E9s pour un =
temps. Quelques jours=20
passent encore.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Dans cette situation d'isol=E9 je me sens =
beaucoup mieux.=20
Le temps passe, bien s=FBr tr=E8s difficilement, mais ainsi, toujours =
=E9tendu sur le=20
sol, sans =EAtre oblig=E9 de suivre l'arrachage de masques, je peux =
penser =E0 ma=20
guise.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Parfois, quand l'occasion se pr=E9sente, je =
fais un signe =E0=20
Dinu Georgesco. Je ferme brusquement les yeux et fronce les sourcils. =
Aussit=F4t,=20
il fait de m=EAme. Et c'est tout. Nous nous sommes salu=E9s en nous =
montrant notre=20
confiance dans l'avenir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Lorsque, feignant la r=EAverie, j'appuie ma =
t=EAte contre le=20
mur, j'essaye d'entendre ce qui se passe dans la chambre voisine. Je =
n'ai pas=20
besoin de beaucoup de perspicacit=E9 pour comprendre qu'il s'agit de =
coups de=20
b=E2ton et de g=E9missements.<BR></FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ainsi, toujours allong=E9s sur le sol, =
dispens=E9s pour le=20
moment des autocritiques et des coups, indiff=E9rents m=EAme =E0 une =
prochaine reprise=20
d'arrachage des masques, nous profitons de cette pause. Je me demande si =
cet=20
isolement n'est pas dans la strat=E9gie du robot. Certains coup d'oeil =
jet=E9s sur=20
les autres me r=E9v=E8lent qu'ils sont jaloux. Parce que nous ne =
participons plus=20
aux "activit=E9s" de la chambre et que nous ne sommes plus tortur=E9s. =
Notre=20
situation pourra donc =EAtre consid=E9r=E9e par L=E9vynski comme une =
sorte de tricherie.=20
On a d=E9couvert notre manque total de sinc=E9rit=E9, on nous a battus =
une apr=E8s-midi=20
enti=E8re, mais =E0 pr=E9sent nous sommes "en vacances". Nous avons tout =
jou=E9 sur une=20
carte. Les r=E9flexes du robot =E9tant form=E9s par le Minist=E8re de =
l'Int=E9rieur, il=20
voit en nous les ennemis de la classe ouvri=E8re. Ainsi, on peut =
recevoir le coup=20
de gr=E2ce, en recommen=E7ant d=E8s le d=E9but l'arrachage des masques, =
c'est-=E0-dire en=20
retournant dans la chambre-h=F4pital num=E9ro 4. Arriv=E9 =E0 ce point =
de r=E9flexion, je=20
reste des heures enti=E8res accabl=E9 par le d=E9sespoir et la peur. =
Mais quand mon=20
regard croise =E0 nouveau celui de Dinu Georgesco, je me reprends. Lui a =
toujours=20
une expression d'optimisme sur le visage.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P>
<CENTER><FONT color=3D#000000>* * * * *</FONT></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un matin, vers la fin du mois de mai, apr=E8s =
la tisane, la=20
porte s'ouvre brusquement. Sur le seuil para=EEt le gardien-chef =
Ciobanu. Il jette=20
sur nous un rapide coup d'oeil et dit:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Celui qui entend son nom prend son bagage et =
sort=20
imm=E9diatement.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Mon coeur bat tr=E8s vite et, =E0 cause de la =
tension, je=20
n'entends plus tr=E8s bien. Ciobanu en appelle certains sur une liste. =
Soudain=20
L=E9vynski me crie:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Toi, tu n'entends pas que Monsieur le =
Gardien-chef=20
t'appelle?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>En un clin d'oeil, tout ce qui m'appartient est =
dans mes=20
bras.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Depuis le seuil, je jette un dernier regard sur =
la=20
chambre. Quel d=E9sespoir je laisse derri=E8re moi! Cela n'a dur=E9 =
qu'une seconde,=20
mais ma pens=E9e est all=E9e =E0 tous ces tortur=E9s d'ici et des autres =
chambres, qui=20
vont continuer, au long d'une nuit sans fin, le calvaire de ce processus =
de=20
d=E9shumanisation.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Dans le couloir il en arrive d'autres. Tous ont =
le=20
bonheur dans les yeux. Nous sommes environ trente =E0 partir pour le =
Canal.=20
Ciobanu nous compte, puis nous ordonne de le suivre. Nous sortons dans =
le=20
couloir principal et descendons au sous-sol. On nous introduit dans une =
chambre=20
o=F9 nous nous retrouverons une dizaine. Derri=E8re nous il en arrive =
d'autres, des=20
groupes de six ou sept. La chambre se remplit jusqu'=E0 contenir =
quatre-vingts=20
prisonniers.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Apr=E8s un coup d'oeil jet=E9 sur les nouveaux =
arriv=E9s, je me=20
livre =E0 un premier constat. Les robots les plus dangereux ne se =
trouvent pas=20
parmi nous. A part Gherman et Steiner, je ne vois pas d'autres robots de =
la=20
chambre-h=F4pital num=E9ro 4. Mais d'apr=E8s certains comportements, je =
suppose qu'il=20
y en a quand m=EAme ici quelques-uns. Je le vois =E0 la fa=E7on dont ils =
s'imposent,=20
donnant m=EAme des ordres.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Une heure plus tard, on nous apporte des =
gamelles et des=20
cuill=E8res et on nous distribue la soupe de midi. Nous avons deux =
portions de=20
pain en suppl=E9ment. L'une d'elle est pour le repas du soir. Apr=E8s =
l'appel, nous=20
sortons en colonne dans la cour de la prison, sous un soleil br=FBlant =
et un ciel=20
sans nuages.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Il y a tant de verdure dans la cour et les =
corolles des=20
fleurs sont si color=E9es que, pour un instant, la beaut=E9 de la nature =
me fait=20
oublier la terreur subie pendant plus de quatre mois. Mon coeur palpite =
de=20
plaisir. Tout est beau autour de moi, c'est comme un r=EAve. Mais on ne =
nous=20
laisse pas r=EAver longtemps =E0 regarder le ciel et sentir l'odeur des =
fleurs. Les=20
gardiens nous embarquent dans un fourgon cellulaire o=F9 nous nous =
retrouvons =E0=20
l'=E9troit.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Le fourgon se met =E0 rouler, je ramasse toutes =
mes=20
affaires et je les mets dans mon manteau doubl=E9 de fourrure. Au bout =
de quelques=20
minutes, le fourgon s'arr=EAte et nous descendons =E0 la halte de =
chemins de fer de=20
derri=E8re la prison. Un wagon cellulaire nous attend.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Des gardiens nous encadrent, =E9quip=E9s =
d'armes automatiques=20
pr=EAtes =E0 entrer en action. Nous sommes conduits jusqu'au wagon, sans =
m=EAme avoir=20
le temps de r=E9fl=E9chir ni de regarder en arri=E8re. R=E9fl=E9chir =E0 =
quoi, d'ailleurs?=20
Aux g=E9missements de douleur =E9touff=E9s entre les murs de la prison? =
Aux appels=20
muets des prisonniers pour qu'ils soient arrach=E9s des griffes des =
destructeurs=20
d'=E2mes? Depuis le marchepied du wagon, je laisse encore aller mon =
regard.=20
J'aper=E7ois les deux grandes fen=EAtres de la chambre-h=F4pital =
num=E9ro 4.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000><BR></FONT></P>
<P>
<CENTER><B><FONT color=3D#000000>Chapitre XXII</FONT></B></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Des vibrations me r=E9veillent. Je me demande =
o=F9 nous=20
sommes. Le soleil se glisse par les fentes des volets. Le wagon ne bouge =
plus.=20
Serait-ce le terminus? R=E9veill=E9s les uns apr=E8s les autres et =
curieux de savoir=20
ce que la journ=E9e va nous apporter, nous attendons. Ce sera =
probablement le=20
Canal. J'apprends que c'est aujourd'hui le vendredi 26 mai. L'attente =
dure deux=20
heures.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Dinu Georgesco est =E0 c=F4t=E9 de moi. Burcea =
est rest=E9 =E0=20
Pitesti. J'esp=E8re qu'il viendra par le transport suivant. Dans la=20
demi-obscurit=E9, je tente d'observer notre groupe. Nous avons une barbe =
de=20
plusieurs mois. Ceux qui m'accompagnent se sont ras=E9s en f=E9vrier! =
Les v=EAtements=20
sont frip=E9s et les chaussures n'ont pas vu le cirage depuis un an ou=20
deux...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La porte s'ouvre enfin et deux personnages =
apparaissent.=20
Ce ne sont plus les gardiens habituels de la prison. C'est la =
Securitate. On=20
nous demande sur un ton assez poli de descendre de voiture.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Devant nous se d=E9roule le paysage de la =
Dobroudja. Je le=20
reconnais: des collines st=E9riles, de la terre s=E8che. Nous sommes =E0 =
cent m=E8tres=20
d'une petite station de chemin de fer. Nous formons une colonne gard=E9e =
par six=20
s=E9curistes. L'horloge de la petite gare indique dix heures.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Sous un soleil d=E9j=E0 tr=E8s chaud, nous =
empruntons un chemin=20
couvert d'une poussi=E8re dans laquelle les pieds s'enfoncent jusqu'aux =
chevilles.=20
Le regard s'arr=EAte sur un horizon d=E9solant de collines =
st=E9riles.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous ne parlons pas entre nous. Nous marchons =
lentement,=20
selon le rythme fix=E9 par la garde militaire. Nous passons =E0 c=F4t=E9 =
de quelques=20
petits =E9tangs, peut-=EAtre des eaux r=E9siduelles venues du Danube, =
dans lesquelles=20
se d=E9salt=E8rent quelques buffles. A des centaines de m=E8tres sur la =
gauche, le=20
fleuve se laisse apercevoir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La terreur des d=E9masquages a beau =EAtre loin =
derri=E8re moi,=20
je me sens envahi de tristesse.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les hommes que nous rencontrons sur le chemin =
restent=20
indiff=E9rents. Ils ont forc=E9ment l'habitude de voir des colonnes de =
prisonniers.=20
Nous marchons ainsi pendant une demi-heure. Sur la droite, quelques =
baraques=20
coiffent une colline. Ce doit =EAtre le camp.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Une route en lacets nous conduit en haut de la =
c=F4te,=20
devant le camp, que cernent trois rangs de barbel=E9s avec des miradors =
aux quatre=20
coins.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Deux sentinelles nous arr=EAtent. Le =
s=E9curiste en t=EAte de=20
colonne leur montre un papier, sur lequel nos noms doivent =EAtre =
inscrits ainsi=20
que le nom de la prison d'o=F9 nous venons.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La porte livre une inscription en lettres=20
capitales:</FONT></P>
<P>
<CENTER><FONT color=3D#000000>COLONIE DE TRAVAIL=20
COLUMBIA-CERNAVODA</FONT></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Pass=E9e l'entr=E9e de la "Colonie" (nous =
pr=E9f=E9rons ce nom =E0=20
celui de camp pour ne pas commencer le travail avec des id=E9es =
pr=E9con=E7ues), les=20
s=E9curistes nous arr=EAtent au milieu d'un escalier d'acc=E8s, puis =
s'en=20
vont.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous attendons et ne voyant arriver personne, =
nous nous=20
asseyons =E0 m=EAme la terre s=E9ch=E9e. Le soleil tape sans piti=E9 sur =
la=20
nuque.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les baraques sont neuves; elles doivent =
remonter =E0=20
quelques mois. Sur notre droite, l'une d'elles est couverte d'un toit =
reposant=20
sur six piliers. C'est la cuisine. Six prisonniers s'y =
affairent.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La Colonie est vide. Les hommes doivent =EAtre =
sur le=20
chantier du Canal.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Au bout d'une demi-heure, para=EEt un type en =
civil. Il=20
porte des pantalons clairs d'=E9t=E9 et une chemise satin=E9e bleu =
marine. Sa t=EAte=20
ovale pr=E9sente des cheveux parfaitement ondul=E9s, un front =E9troit, =
des traits=20
r=E9guliers. Je lui donne une trentaine d'ann=E9es. Il se met devant =
nous et fait=20
quelques pas vers l'arri=E8re pour monter sur un talus. Il nous regarde =
tr=E8s=20
attentivement avant de s'=E9claircir la voix.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Sans para=EEtre r=E9fl=E9chir il nous =
dit:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Je suis heureux de voir que l'on a amen=E9 =
dans cette=20
colonie des jeunes gens vigoureux ayant l'amour du travail. Vous allez=20
constituer, bien s=FBr, la brigade la plus =E9nergique pour cette =
grandiose=20
construction du Canal Danube-Mer Noire. Je ne doute pas que vous allez =
demander=20
=E0 =EAtre l=E0 o=F9 le travail est le plus difficile. Quant =E0 moi, je =
suis le=20
responsable de cette colonie. Je m'occupe notamment de la r=E9partition =
du travail=20
par brigade suivant les chantiers et en m=EAme temps je note par des =
appr=E9ciations=20
le comportement des colons sur le lieu de travail.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ici, dans la colonie, vous allez jouir d'une =
belle vie:=20
travail et sant=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Vous serez bien nourris. Le matin, caf=E9 ou =
tisane avec=20
pain et marmelade; =E0 midi, une soupe, un plat de r=E9sistance et du =
pain; le soir,=20
un seul plat sans pain.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le programme de la journ=E9e est le suivant. =
R=E9veil =E0=20
quatre heures et demie. Vous irez tout de suite vous d=E9barbouiller. =
Pour le=20
moment, l'adduction d'eau n'=E9tant pas encore en service, vous vous =
laverez avec=20
l'eau que chaque brigade re=E7oit dans des seaux. Ensuite, gymnastique. =
A cinq=20
heures dix, on vous servira la tisane ou le caf=E9. A cinq heures et =
demie, ce=20
sera le d=E9part vers le chantier. Le travail commence =E0 six heures. =
Le repas de=20
midi sera servi sur le lieu de travail. A six heures du soir, vous =
quitterez le=20
chantier. De retour dans la Colonie, vous vous laverez, vous mangerez et =
vous=20
irez tout de suite vous coucher dans les confortables baraques que la =
direction=20
du Canal a mises =E0 votre disposition. Vous dormirez sur le dos -- =
c'est la r=E8gle=20
-- torse bomb=E9 et sourire aux l=E8vres. En =E9t=E9, les fen=EAtres =
resteront ouvertes=20
pour que les poumons puissent absorber de l'air frais. Donc, "travail et =
sant=E9",=20
telle est notre devise.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Un vrai bond vers le Paradis, me dis-je. Je =
n'avais=20
jamais vu un activiste du parti, mais l'homme qui nous a communiqu=E9 le =
programme=20
"travail et sant=E9" correspond au portrait que l'on m'avait fait, =
avant-guerre,=20
des activistes communistes de l'Union Sovi=E9tique.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il s'appelle Ghinea, mais son nom n'a pas d' =
importance.=20
Ils sont tous pareils.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Avez-vous re=E7u de la nourriture froide =
pour ce midi?=20
demande Ghinea.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Heureusement qu'il lui vient finalement =E0 =
l'esprit de=20
parler nourriture! Nous lui disons que non, et, presque =E0 =
l'unisson:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- On a re=E7u seulement un quart de pain pour =
le repas du=20
soir (42).</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le responsable se montre =
contrari=E9:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Hum, c'est ennuyeux. Je ne sais pas si =E0 =
cette=20
heure-ci on peut encore faire quelque chose. La nourriture est d=E9j=E0 =
au chantier.=20
Je vais voir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous gardons tous les yeux fix=E9s sur =
l'activiste. Il ne=20
lui serait pas si difficile de demander de nous distribuer un quart de =
pain =E0=20
chacun!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il crie vers les prisonniers de la =
cuisine:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Est-ce qu'il reste quelque chose du repas de =
midi dans=20
les faitouts? On a besoin de quatre-vingts portions.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un des cuisiniers vient vers nous et,=20
timidement:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Vous savez qu'on ne pr=E9pare la nourriture =
que pour=20
l'effectif de la Colonie. Je ne sais pas comment on va faire pour ce =
soir non=20
plus. Nous avons re=E7u des aliments comme d'habitude et rien =
d'autre.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le responsable veut montrer qu'il prend des =
initiatives=20
et, surtout, qu'il d=E9fend ceux qui travaillent. Il dit avec =
autorit=E9:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Apportez du gruau du d=E9p=F4t pour =
quatre-vingts portions=20
et pr=E9parez un autre faitout!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Puis se tournant vers nous:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- On n'a pas le choix. C'est une n=E9gligence =
de la part=20
de l'administration; ils n'ont pas tenu compte de votre arriv=E9e =
aujourd'hui.=20
Maintenant, au chantier! Ce soir vous mangerez bien et vous vous =
reposerez.=20
Laissez ici vos affaires parce que pour le moment je ne sais pas quelle =
baraque=20
vous est attribu=E9e.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je reste abasourdi, comme si quelqu'un m'avait =
frapp=E9 sur=20
la t=EAte. "Travail et sant=E9", sans le repas du midi! Je n'ai pas le =
temps de=20
r=E9fl=E9chir =E0 autre chose que six s=E9curistes sont d=E9j=E0 =
l=E0.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>De nouveau en colonne nous repartons sur le =
m=EAme chemin=20
descendant vers le Danube. Les endroits par o=F9 nous passons me =
paraissent=20
maintenant tellement tristes! M=EAme les buffles que j'ai vus en =
arrivant ne sont=20
plus l=E0. Peut-=EAtre ont-ils fini de brouter et sont-ils en train de =
ruminer=20
quelque part =E0 l'ombre.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous avan=E7ons lentement dans une r=E9gion =
inconnue et=20
d=E9sol=E9e.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Aucune maison, aucun =EAtre humain. M=EAme pas =
le cri d'un=20
canard sauvage sur la lande mar=E9cageuse que nous longeons. Et dans =
cette=20
solitude parfaite le soleil frappe sans piti=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Brusquement surgit devant nous le lieu de=20
travail.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Au-del=E0 d'une petite colline, nous entrons =
dans une=20
vall=E9e en pente douce comme un lit de rivi=E8re. Il y a ici plus de =
mille=20
hommes.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La garde qui nous a amen=E9s nous quitte et =
nous restons=20
sur place en attente d'un ordre. Je jette un regard sur la multitude des =

prisonniers. Ici un groupe =E9crase un coin de terre dure, l=E0 quelques =
vieux=20
ramassent des blocs, certains transportent des brouett=E9es tandis que =
d'autres=20
nivellent le terrain. On en voit qui ne font rien, sinon discuter en =
s'appuyant=20
sur les manches de pelle. Sur une hauteur, un camion, les roues =
arri=E8re =E0 moiti=E9=20
enfonc=E9es dans la terre, ronfle, impuissant. La garde militaire est=20
omnipr=E9sente.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les gardiens sont group=E9s en cercle sur une =
hauteur et=20
regardent toute cette masse d=E9sordonn=E9e en activit=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un type en civil fait son apparition et nous =
distribue du=20
travail. Nous devons ramasser des blocs de terre, les mettre dans des =
brouettes=20
et les transporter un peu plus loin. Nous nous mettons =E0 l'oeuvre. =
Quelques uns=20
y d=E9ploient une =E9nergie suspecte. Je fais partie de l'=E9quipe =
affect=E9e au=20
ramassage des blocs de terre. Je commence mon travail et peu =E0 peu, =
avec une=20
lenteur calcul=E9e et le regard au sol, je me rapproche d'un groupe de =
cinq=20
prisonniers appuy=E9s sur leurs pelles.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Apr=E8s le salut d'usage, je les questionne sur =
la vie au=20
camp. L'un d'eux me coupe la parole:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Vous =EAtes de ceux qui viennent de Pitesti? =
Vous avez=20
aussi des fous dans votre brigade? Certains de vos coll=E8gues sont =
venus il y a=20
quelques minutes et ils nous ont dit qu'il fallait travailler dur, sans =
quoi on=20
consomme en pure perte la nourriture; que la classe ouvri=E8re nous =
honore en nous=20
faisant travailler au Canal et que la confiance accord=E9e se =
m=E9rite.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Incapable de donner une r=E9ponse, je reste les =
yeux=20
vagues. Ils me regardent comme s'ils voyaient un autre fou. Toutes =
sortes de=20
sentiments m'envahissent.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Non, il ne faut plus avoir peur de l'arrachage =
des=20
masques.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ici il n'y a plus de Turcanu avec nous, il faut =
donc que=20
nous reprenions une vie normale, comme avant, comme les autres =
prisonniers qui=20
nous entourent!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je me sens seul =E0 c=F4t=E9 de ces gens au =
regard=20
accusateur.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Brusquement, je me d=E9cide =E0 =
parler:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Je ne dirais pas qu'ils sont fous; il s'agit =
d'autre=20
chose.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Puis je tourne le dos, les laissant en plein=20
d=E9sarroi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Oprea, le cogneur de l'H=F4pital 4, =
transform=E9 maintenant=20
en chef d'=E9quipe, me voit et crie:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Salopard, mets-toi tout de suite au travail =
et ne=20
parle plus.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il se pr=E9cipite mais tombe sur une brouette, =
et d=E9vale la=20
butte avec elle. C'est ce qui me sauve.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un peu plus loin, =E0 ma droite, Steiner montre =
=E0 un petit=20
groupe comment il faut frapper avec la pioche: fort et vite. Il est =
tremp=E9 de=20
sueur et tire la langue. Et il y en a d'autres parmi nous qui sont pris =
d'un=20
=E9lan stupide pour construire le Canal Danube-Mer Noire. Je ne sais pas =
encore=20
comment ils s'appellent, mais ils ont d=FB perdre en partie leur =
=E9quilibre mental=20
dans les arrachages de masques de Pitesti. Ils crient et poussent les =
autres au=20
travail. On entend des menaces comme:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Salopards, ne restez pas sans rien faire, =
travaillez=20
comme il faut, sinon la classe ouvri=E8re vous =E9crasera!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Comment se fait-il qu'ils ne soient pas =
tortur=E9s par la=20
faim et la fatigue?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>D'o=F9 leur vient cette =E9nergie alors qu'ils =
n'ont plus que=20
la peau sur les os?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les prisonniers des autres brigades nous =
regardent avec=20
attention. Ils ne peuvent pas comprendre l'origine de cet enthousiasme =
d=E9plac=E9.=20
Je me demande si parmi eux se trouve quelqu'un pour leur fournir =
l'explication=20
d'un tel exc=E8s de z=E8le. Ils ne l'auront pas chez nous! Quand on =
regarde notre=20
brigade, on est frapp=E9 par le rythme anormal des mouvements, les yeux =
sans=20
repos, le travail h=E2tif. On croirait =E0 du dopage.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>C'est une situation ridicule et je ne vois pas =
de=20
solution. Que peut-on faire? Avoir le courage de dire aux autres =
prisonniers=20
qu'ils sont des robots? Ils vont rire et ne pas prendre la chose au =
s=E9rieux.=20
Nous n'avons pas de preuves. Les morts ne parlent pas, et les vivants =
ont peur=20
de montrer les traces de coups. Ainsi, on ne peut rien dire. La =
situation doit=20
nous laisser impassibles.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L'heure de partir est arriv=E9e. L'un apr=E8s =
l'autre, les=20
gardes ram=E8nent leurs brigades d'esclaves au camp, par le chemin plein =
de=20
poussi=E8re. Le soleil est =E0 hauteur d'arbre lorsque nous =
p=E9n=E9trons dans le Camp.=20
On distribue le repas du soir, une soupe de gruau un peu plus =E9paisse =
qu'en=20
prison. Nous, qui venons de Pitesti, avons droit, en sus, =E0 un quart =
de pain=20
pour le repas de midi que nous avons saut=E9. Ainsi, personne ne pourra =
douter que=20
Ghinea est du c=F4t=E9 de ceux qui travaillent.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous recevons ensuite un paquet contenant des =
rasoirs,=20
des savons et des lames. Tout a d=FB =EAtre remis au Camp par la garde =
du fourgon,=20
ce matin =E0 notre arriv=E9e. Nous occupons une baraque avec deux =
chambres. Enfin,=20
on pourra se laver et se d=E9barbouiller.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le soir venu, allong=E9s sur les lits de =
planches, nous=20
nous endormons. Ainsi s'ach=E8ve notre premi=E8re journ=E9e au =
Canal.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P>
<CENTER><FONT color=3D#000000>* * * * *</FONT></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le matin, quand toutes les brigades sont =
parties, nous=20
sommes maintenus sur place pendant quelques minutes, sans aucune =
explication.=20
Entre-temps, le m=E9decin du camp, le docteur Barbu, d=E9tenu lui aussi, =
nous donne=20
quelques conseils:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- C'est mon devoir de vous dire que vous devez =
vous=20
prot=E9ger le plus possible les jambes et les bras du soleil, car ici il =
tape=20
beaucoup plus fort que dans le reste du pays. Il peut s'en suivre des =
blessures=20
assez douloureuses que je n'ai pas la possibilit=E9 de soigner. Tout ce =
dont je=20
dispose =E0 l'infirmerie c'est de quelques pansements et d'une pommade =
qui ne=20
pourrait pas vous =EAtre utile.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Puis, nous reformons la colonne et partons pour =
un=20
nouveau chantier.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous arrivons au bord du Danube, que nous =
allons=20
traverser sur un bac. La garde militaire est toujours avec nous. Le bac =
nous=20
d=E9pose pr=E8s d'une pile de pont.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>On nous donne tout de suite du travail. Ghinea =
nous a=20
envoy=E9s l=E0 o=F9 la vigueur de la jeunesse se r=E9v=E8le =
n=E9cessaire.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il faut que nous chargions d'=E9normes pierres, =
pesant des=20
centaines de kilos chacune, dans des bacs. Ici, on retrouve encore des =
gens qui=20
prennent des initiatives. Ce sont les m=EAmes qu'hier: Oprea, Steiner... =
et un=20
nouveau, Bogdanesco, un grand type aux yeux bleus et au visage attirant. =
Son=20
physique contraste =E9norm=E9ment avec sa fa=E7on de hurler et de donner =
des ordres.=20
Ce genre de comportement donne =E0 croire qu'il a eu, =E0 Pitesti, un =
r=F4le tr=E8s=20
semblable =E0 celui de L=E9vynski.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le travail =E0 faire est sans proportions avec =
nos forces;=20
nous sommes les plus maigres du Camp, si maigres qu'on a l'impression =
qu'il n'y=20
a plus de chair sur nos os.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le soleil se l=E8ve lentement, la chaleur est =
de plus en=20
plus accablante. Il nous est interdit d'entrer dans l'eau. Je l'ai fait =
quand=20
m=EAme en faisant semblant de tomber quand j'=E9tais sur la charpente =
improvis=E9e=20
servant =E0 tra=EEner les pierres. Je me suis rafra=EEchi mais j'ai =
aussit=F4t eu droit=20
=E0 ce que m=E9rite une telle infraction:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Fais attention, salopard; ici on respecte =
les=20
directives de la classe ouvri=E8re!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L'effort physique devient vite =
=E9puisant.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Avec ce brusque passage de l'immobilit=E9 =
carc=E9rale au=20
transport de lourdes pierres sur des charpentes par un soleil de plomb, =
et la=20
souffrance permanente de la faim, on peut imaginer facilement ce qu'est =
le=20
travail au Canal.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>A midi la souffrance est au maximum. Le repas =
n'arrive=20
pas, il faut donc continuer =E0 travailler. On ne fait la pause que pour =

manger.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le repas arrive avec deux heures de retard. On =
nous donne=20
la soupe de gruau. Ensuite c'est du gruau assorti de pruneaux. La =
d=E9ception=20
g=E9n=E9rale est grande, mais certains se disent n=E9anmoins enchant=E9s =
par cette=20
nourriture. Tant de veulerie me d=E9go=FBte.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les menaces des collaborateurs fanatiques sont =
telles=20
qu'au bout de quelques jours de travail certains d'entre nous se =
d=E9noncent=20
r=E9ciproquement, chacun consid=E9rant qu'il travaille plus que les =
autres et que=20
l'autre est un tricheur qui compromet la brigade.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>En quelques jours, nous avons tous la peau qui =
s'en va et=20
les pieds ne sont qu'une blessure. Les conseils du docteur Barbu sont =
entr=E9s par=20
une oreille et ressortis par l'autre. Plus les jours passent, plus la =
vie=20
devient difficile. Il y a aussi le pi=E8tre =E9tat du moral qui est une =
cons=E9quence=20
des "arrachages de masques" de Pitesti. Les deux maux se =
conjuguent.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Si l'un d'entre nous est malade, il n'est pas =
cru. Si un=20
autre fait une pause de quelques secondes, ceux de son =E9quipe =
s'estiment dup=E9s=20
et pour peu que la pause se prolonge, il y a toujours un exalt=E9 pour =
le=20
d=E9noncer. La peur de retourner =E0 Pitesti se lit sur beaucoup de=20
visages.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je n'aurais pas cru qu'ils pourraient en =
arriver =E0 une=20
telle haine. Ce n'est plus de la d=E9ception, mais de l'=E9coeurement. =
Je d=E9teste=20
certains d'entre eux parce qu'ils ne peuvent pas vaincre la=20
d=E9cadence.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Apr=E8s quinze jours au Canal, la terreur de =
Pitesti=20
commence =E0 se faire sentir ici aussi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Quand on nous a communiqu=E9 que nous pourrions =
plus tard=20
=E9crire =E0 la maison pour recevoir des colis avec de la nourriture, =
les cinq=20
robots de notre brigade, second=E9s par quelques fanatiques, devinrent =
furieux.=20
Furieux contre nous, pas contre l'administration du Canal! Parce que =
nous ne=20
travaillons pas assez bien, et que nous manquons de cet =E9lan demand=E9 =
par la=20
classe ouvri=E8re.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Alors, ils sont pass=E9s =E0 l'attaque. Ils =
nous=20
frappent.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les responsables de l'administration sont parmi =
nous, ils=20
voient tout mais ne prennent pas position.<BR></FONT></P>
<P>
<CENTER><FONT color=3D#000000>* * * * *</FONT></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un soir, on nous annonce que, le jour suivant, =
le bon=20
millier de prisonniers que nous sommes =E0 Cernavoda, va =EAtre mut=E9 =
dans le camp=20
Peninsula de Valea Neagra.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>J'apprends que ce camp se trouve =E0 l'autre =
bout de la=20
Dobroudja, pr=E8s de la Mer Noire.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le 25 juin 1950 au matin, nous nous regroupons =
par=20
brigades, pr=EAts =E0 partir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le camp nous donne de la nourriture froide pour =
la=20
journ=E9e. Un quart de pain avec de la marmelade pour midi et un autre =
quart de=20
pain pour le soir. Je suis dans le groupe du dixi=E8me camion. Nous =
devons rester=20
allong=E9s. Deux gardiens sont aux deux coins arri=E8re de la =
cabine.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Une colonne d'environ trente-cinq camions prend =
la route=20
qui traverse la Dobroudja du Danube =E0 la Mer Noire. Nous avan=E7ons =
lentement,=20
comme si nous =E9tions tir=E9s par des chevaux, sous une chaleur =
torride, dans un=20
immense nuage de poussi=E8re. Nous sommes priv=E9s d'eau pour la simple =
raison que=20
nous n'avons pas eu de r=E9cipients pour la prendre.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Vers cinq heures de l'apr=E8s-midi, nous =
arrivons =E0 Valea=20
Neagra, dans le Camp Peninsula. C'est une avanc=E9e de terre qui entre =
dans le lac=20
Siut-Ghiol; d'o=F9 son nom.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>A Columbia les baraques =E9taient regroup=E9es. =
Ici, elles=20
sont align=E9es, sans r=E9gularit=E9 apparente, et tr=E8s espac=E9es. Il =
est probable=20
qu'ils vont en construire d'autres. Les camions nous ont laiss=E9s =E0 =
quelques=20
centaines de m=E8tres des baraques. Par brigades, nous nous sommes assis =
sur=20
l'herbe s=E8che et nous attendons.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Mais voil=E0 que d'autres camions entrent dans =
le camp. A=20
notre grande surprise, ils am=E8nent un groupe de prisonniers de =
Pitesti. De loin,=20
je reconnais Burcea. Il y a aussi Lupasco et Moraresco. Je vois tous =
ceux qui=20
ont quitt=E9 Jilava pour Pitesti en m=EAme temps que moi: Miulesco, =
Matasaru,=20
Baleano, Fuchs.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le coeur serr=E9, je cherche =E0 distinguer =
Turcanu. Il n'y=20
est pas. L=E9vynski non plus. Cela me rassure. C'est comme un jugement =
qui me=20
lib=E9rerait d'une condamnation certaine.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous nous sommes ainsi retrouv=E9s avec ceux =
qui viennent=20
de Pitesti. Ils sont eux aussi environ quatre-vingts. Burcea choisit le =
bon=20
moment pour me dire =E0 voix basse:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Nous avons v=E9cu un mois qui a dur=E9 un =
si=E8cle. Les=20
arrachages de masques et les coups ont pris des proportions sinistres. =
Ceux qui=20
sont rest=E9s l=E0-bas, tu peux consid=E9rer qu'ils vivent en =
enfer.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Puis d'un ton qui r=E9v=E8le sa =
peur:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Ne parle absolument de rien. Il y en a un, =
Tanu Popa,=20
qui d=E9passe L=E9vynski en sauvagerie. J'ai peur que les arrachages de =
masques ne=20
continuent ici. Ce Tanu Popa nous a dit dans le fourgon que nous =
serions, au=20
camp, s=E9par=E9s des autres prisonniers. D'ici l=E0 ne dis plus un seul =
mot sur les=20
d=E9masquages. =C7a pourrait nous renvoyer =E0 Pitesti.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous attendons, mais personne ne vient pour =
nous r=E9partir=20
dans les baraques. Nous constatons que le camp n'a pas d'=E9lectricit=E9 =
et que=20
l'eau est distribu=E9e par portions. Les trois tonneaux qui se trouvent =
=E0 deux=20
cents m=E8tres sont remplis par une citerne. Nous sommes tous affam=E9s. =
Le quart de=20
pain que nous avons re=E7u le soir est fini depuis longtemps.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La poussi=E8re nous recouvre de la t=EAte aux =
pieds. Nous en=20
avons dans les yeux, dans les oreilles, dans le nez. Je suis dans un =
terrible=20
=E9tat de crasse.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Des responsables du camp viennent enfin pour =
nous=20
indiquer les baraques. On nous donne le num=E9ro 13. Ceux qui viennent =
directement=20
de Pitesti ont eu le num=E9ro 14. Les baraques 13 et 14, dans lesquelles =
se=20
trouvent donc ceux de Pitesti, sont effectivement isol=E9es au fond du=20
camp.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La d=E9ception est grande.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous sommes surtout confront=E9s au manque =
d'eau. On nous=20
annonce que deux seaux d'eau seront donn=E9s =E0 chaque brigade. Pour se =
laver on=20
utilisera un tonneau install=E9 =E0 c=F4t=E9 de la baraque. Nous =
recevons chacun deux=20
brocs d'eau que nous utilisons comme nous pouvons pour nous laver un peu =
le=20
visage, le cou, les oreilles et les mains, mais nous lavons le reste =
avec le=20
tonneau. Nous rentrons dans les baraques et nous attendons qu'il fasse=20
noir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le lever est =E0 quatre heures et demie du =
matin. Nous=20
sortons en cale=E7on, la chemise sur l'=E9paule.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Quelle chaleur pour cette heure matinale! La =
journ=E9e=20
s'annonce caniculaire. Le soleil, lev=E9 =E0 hauteur d'arbre, envoie ses =
rayons pour=20
percer le brouillard. Depuis un mois que je me trouve en Dobroudja, le =
ciel ne=20
nous a pas envoy=E9 une seule goutte de pluie.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le plateau o=F9 a lieu le d=E9part vers le =
chantier est=20
d=E9sert. Nous sommes parmi les pionniers du nouveau chantier. Les =
collabos ne=20
nous laissent pas tranquilles. Ils commandent, fixent notre =
r=E9partition, notre=20
comportement. Nous devons =EAtre les meilleurs. C'est ainsi que Tanu =
Popa en a=20
d=E9cid=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Malgr=E9 notre =E9lan, nous avons d=FB sortir =
du camp en=20
dernier. Les responsables ont estim=E9 que c'=E9tait n=E9cessaire pour =
la r=E9partition=20
du travail.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous allons lentement, selon le rythme fix=E9 =
par l'escorte=20
militaire. Ici, ce sont les troupes de la Securitate qui s'occupent de =
la=20
garde.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous traversons un champ o=F9 croissent des =
herbes s=E8ches=20
et poussi=E9reuses, avant de longer une plantation d'abricotiers =E0 =
moiti=E9=20
secs.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Pr=E8s d'un abricotier, trois hommes se =
l=E8vent et se=20
dirigent vers notre colonne. Ils passent devant les deux soldats qui =
sont du=20
c=F4t=E9 gauche et s'approchent de nous, =E0 quelques m=E8tres. Tous les =
trois sont des=20
tziganes d'environ trente ans. Ils ont =F4t=E9 leurs chemises pour =
profiter du=20
soleil matinal. A coup s=FBr, il s'agit de responsables sur le chantier. =
Ils=20
marchent au pas avec nous en nous regardant avec arrogance, un sourire =
narquois=20
aux l=E8vres. Quelques instants apr=E8s nous devons essuyer leurs=20
quolibets.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L'un d'entre eux nous crie d'un ton =
insultant:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Eh, les Manistes!! (43)</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Et celui qui est =E0 c=F4t=E9 de =
moi:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Eh toi, le vert! (44)</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le troisi=E8me dit:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Visez comme y sont moches!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les robots leur font de grands =
sourires.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ils voient en eux, bien entendu, tout ce que la =
classe=20
ouvri=E8re a de meilleur.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L'un des tziganes ne comprend pas leurs =
sourires et=20
lance:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Qu'est-ce que vous avez =E0 =
ricaner?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les trois reprennent ensemble:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Mais qu'est-ce qu'y sont moches!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ils marchent encore un moment =E0 c=F4t=E9 de =
nous puis,=20
brusquement, ils tournent =E0 gauche, s'arr=EAtent =E0 c=F4t=E9 d'un =
tonneau contenant de=20
l'eau couverte de feuilles et s'exposent au soleil. Quand je pense =
qu'=E0 Pitesti=20
des hommes sont d=E9truits au nom de la classe ouvri=E8re! Comment se =
fait-il,=20
Turcanu, que tu ne les aies pas entre tes mains, pour sortir la =
pourriture=20
qu'ils ont en eux?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous arrivons enfin au Canal. Nous voici =E0 =
pied d'oeuvre.=20
D'autres avaient commenc=E9 =E0 piocher avant nous. Le Canal a d=E9j=E0 =
une profondeur=20
d'un m=E8tre sur une longueur de quatre-vingts m=E8tres. Nous apprenons =
que la=20
profondeur doit atteindre quinze m=E8tres. Du c=F4t=E9 de la mer, =
distante d'une=20
quinzaine de kilom=E8tres, les d=E9blais forment des monticules qui nous =
emp=EAchent=20
de voir le littoral. Au fond, sur la droite, une autre brigade est =
d=E9j=E0 au=20
travail.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous recevons tous une brouette, une pioche et =
une pelle.=20
Un responsable nous explique en peu de mots le travail que nous avons =
=E0 faire.=20
On coupe la terre avec la pioche, on la met dans la brouette et on la =
transporte=20
=E0 300 m=E8tres de l=E0 sur un petit chemin. La norme est de trois =
m=E8tres cubes par=20
jour. Vers dix heures, la chaleur est =E9crasante. Le travail devient un =

supplice.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>D'autant que s'y ajoutent les exhortations des =
collabos=20
et les menaces des robots.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Tanu Popa est l=E0 seulement pour d=E9masquer =
ceux qui ne se=20
montrent pas dignes de la confiance accord=E9e par la classe des =
travailleurs.=20
Ainsi, la hantise d'=EAtre renvoy=E9 =E0 Pitesti appara=EEt-elle sur =
beaucoup de=20
visages.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La soif est de plus en plus difficile =E0 =
supporter. Apr=E8s=20
une longue attente, nous recevons finalement un peu d'eau, juste assez =
pour=20
avoir l'impression d'avoir bu.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le retard du repas de midi a accru la faim. En =
guise de=20
pain nous recevons de la <I>mamaliga</I> froide (45); un morceau =
rectangulaire=20
un peu plus grand que le creux de la main et =E9pais de deux =
doigts.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La terre est si dure qu'il faut piocher un =
quart d'heure=20
pour remplir un quart de brouette.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je vis un court moment de bonheur quand je =
retourne la=20
brouette au sommet des tas de terre et que, pendant quelques instants, =
mon=20
regard va vers la mer. Je la vois comme une bande de tissu qui s'efface =
=E0=20
l'horizon. Je pense alors =E0 la libert=E9. Instant fugace mais si riche =
en=20
sentiments exaltants! Parce qu'ici, dans les camps du Canal, il n'est =
pas=20
possible de se repr=E9senter avec plaisir quoi que ce soit de la vie =
d'un=20
prisonnier. Penser que la nourriture va =EAtre meilleure ce soir? Non, =
car elle=20
est toujours aussi mauvaise et insuffisante. Penser que demain on pourra =

peut-=EAtre se laver? Non, aucun signe n'indique qu'ils vont apporter =
assez d'eau.=20
A quelle autre chose pourrait-on penser? A rien, parce que il n'y a plus =

rien.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Et pourtant voila que dans l'uniformit=E9 =
r=E9gnante survient=20
un changement. On nous donne des cartes postales. On nous donne aussi le =

texte:</FONT></P>
<P><TT><FONT color=3D#000000>"Mes chers,</FONT></TT></P>
<P><TT><FONT color=3D#000000>Je vais bien et je pense =E0 vous. Ici nous =
avons tout=20
ce qu'il nous faut. Ce serait bien tout de m=EAme de recevoir quelques =
aliments.=20
La nourriture de la colonie peut caler mais ne coupe pas l'app=E9tit =
pour les=20
bonnes choses. J'ai aussi besoin de quelques v=EAtements =
comme..."</FONT></TT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Pendant les jours torrides de juillet, un =
dimanche apr=E8s=20
midi (le jour du Seigneur est partiellement respect=E9 ici, =E0 partir =
de midi), un=20
ami me fait part d'une grande nouvelle: la guerre a =E9clat=E9 en =
Extr=EAme Orient. Il=20
n'en sait pas plus.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je garde bien s=FBr la nouvelle pour moi, =
puisque=20
l'arrachage des masques a commenc=E9 dans notre brigade.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le premier signe du retour de la terreur s'est =
manifest=E9=20
quand Bogdanesco et Tanu Popa nous ont dit qu'il nous =E9tait interdit =
d'entrer en=20
contact avec les autres prisonniers du camp.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ensuite, quelques-uns d'entre nous ont =E9t=E9 =
battus: ceux=20
qui entravent le travail sur le chantier parce qu'ils ne font pas leur =
quota.=20
Moi je ne l'ai pas atteint et de loin -- un m=E8tre cube =E0 la place de =
trois --=20
mais ces derniers temps j'ai simul=E9 des attaques cardiaques. Je l'ai =
fait chaque=20
jour vers onze heures, quand la chaleur est la plus forte. Je chargeais =
un peu=20
plus une brouette et quand j'arrivais avec elle au sommet, l=E0 o=F9 la =
terre noire,=20
brillante, m'attire pour que je me rafra=EEchisse en elle, je tombais =
sur le dos=20
et soufflais lourdement. Car j'imagine que cela se passe ainsi quand on =
a une=20
attaque cardiaque. Le risque est grand, mais je le prends quand =
m=EAme.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Le commencement de la guerre en =
Extr=EAme-Orient me donne=20
du courage. Apr=E8s beaucoup de r=E9flexions sur le lieu exact et le =
pourquoi de la=20
guerre, j'en arrive =E0 la conclusion que l'Am=E9rique ne tol=E8re plus =
les dictatures=20
communistes. Elle a fait tout ce qu'elle pouvait, mais la patience a des =

limites. L'Am=E9rique ne permet pas que des =EAtres humains soient =
opprim=E9s par des=20
tyrans! C'est la libert=E9 qui doit r=E9gner en ce monde.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La tyrannie est d'abord attaqu=E9e en =
Extr=EAme-Orient, avant=20
qu'elle ne le soit de la m=EAme mani=E8re en Europe. Je ne dois pas =
perdre espoir.=20
L'important est que le pouvoir de la libert=E9 ait commenc=E9 =E0 s'en =
prendre =E0 celui=20
de la violence. Je n'ai jamais dout=E9 que la libert=E9 viendrait aussi =
pour nous.=20
Je ne douterai jamais...</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Alors que le Canal =E9puise nos derni=E8res =
forces, comme par=20
miracle nos colis arrivent. Le contenu nous en est vid=E9 sur des =
couvertures:=20
saucisses, oeufs durs, poulets grill=E9s... mais avari=E9s ( la chaleur =
atteint=20
45=B7), fromage =E0 moiti=E9 moisi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Enfin, nous mangeons =E0 notre faim. Mais qui a =
=E9t=E9 aussi=20
capable de se montrer raisonnable? Dans les jours suivants la diarrh=E9e =
fait des=20
ravages. Au chantier nous nettoyons nos jambes avec de la terre. La =
nourriture=20
ab=EEm=E9e nous retourne l'estomac. Nous vomissons tout et nous =
nettoyons toujours=20
avec de la terre...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le commandant du camp discute avec Tanu Popa et =

Bogdanesco, =E0 quelque vingt m=E8tres de notre baraque. D'apr=E8s ce =
que j'ai entendu=20
dire, il a travaill=E9 au port de Constantza, puis on l'a recrut=E9 sur =
les lieux=20
m=EAmes comme responsable politique.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>De gros probl=E8mes semblent les pr=E9occuper. =
On ne peut pas=20
savoir ce qu'ils se disent, mais on peut facilement le supposer: nous =
sommes=20
entre les mains de ces deux robots. Ils peuvent faire de nous tout ce =
qu'ils=20
veulent. Une demi-heure plus tard, notre crainte se justifie. Une des =
deux=20
chambres est vid=E9e. Ceux qui l'ont occup=E9e sont venus dans la =
n=F4tre. Les=20
<I>prici</I> restent vides.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Une longue table est mise au milieu de la =
chambre. On=20
pose des rideaux aux fen=EAtres.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Personne ne doute plus qu'ils viennent =
d'am=E9nager=20
rapidement une nouvelle chambre-h=F4pital num=E9ro 4.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Tanu Popa devient plus dur que jamais. Il nous =
lance des=20
regards soup=E7onneux. A ses yeux, chacun de nous est un ennemi de la =
classe=20
ouvri=E8re.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Sur le chantier, la vitesse de travail a =
augment=E9.=20
Beaucoup d=E9passent la norme de trois m=E8tres cubes. Non seulement ils =
la=20
d=E9passent mais ils en font le double, et plus encore: six, sept =
m=E8tres cubes.=20
Mais il y en a beaucoup d'autres qui ne font pas le quota. Quant =E0 =
moi,=20
j'utilise toujours le m=EAme stratag=E8me: les attaques cardiaques. Je =
n'y=20
arriverais pas autrement. D'ailleurs, changer du jour au lendemain la =
fa=E7on de=20
travailler, signifierait un arrachage de masque et, peut-=EAtre, le =
retour =E0=20
Pitesti.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La situation s'aggrave sans cesse.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le soir, tous ceux qui ne t=E9moignent pas de =
l'=E9lan=20
demand=E9 par la classe ouvri=E8re, sont amen=E9s dans la nouvelle =
chambre.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ils ne demandent plus =
d'explications.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ils sont allong=E9s sur la table et les coups =
commencent,=20
avec les b=E2tons et des ceintures, comme =E0 la chambre-h=F4pital =
num=E9ro 4. Tout est=20
ex=E9cut=E9 rapidement et automatiquement. Ici, il n'y a pas de temps =
=E0 perdre avec=20
les autocritiques, avec des discussions sur le comportement de celui qui =
est=20
d=E9masqu=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Dans les jours qui suivent, quelques-uns =
perdent leur=20
=E9quilibre mental. Ils sont =E0 deux doigts de la brutalit=E9 des =
robots. Baleano,=20
qui, =E0 Jilava, voyait en chaque gardien un bourreau, est maintenant=20
m=E9connaissable. C'est comme s'il venait d'un autre monde. Il fronce =
les=20
sourcils, nous brutalise et nous donne du "salopards!" Il se montre =
content de=20
l'h=E9bergement, de la nourriture et de l'hygi=E8ne du camp. Toute =
tentative pour=20
l'arr=EAter sur le chemin de la d=E9ch=E9ance est inutile.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les arrachages de masques de Pitesti portent =
leur fruit:=20
la d=E9gradation morale et physique.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Cette d=E9ch=E9ance nous fait souffrir dans =
notre sommeil, au=20
chantier, pendant les repas, partout. Elle domine cette vie d=E9pourvue =
de la=20
moindre trace de r=E9confort, toujours douloureuse, =E2pre, sans =
piti=E9.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P>
<CENTER><FONT color=3D#000000>* * * * *</FONT></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous sommes =E0 la mi-ao=FBt et nous venons de =
commencer le=20
travail quand un "responsable" du camp, suivi par un soldat, vient vers =
nous. Il=20
s'arr=EAte sur notre chantier et, lisant une liste, il cite mon nom. Mon =
coeur bat=20
=E0 se rompre. Burcea est appel=E9 =E0 son tour. Lui non plus ne fait =
pas son=20
quota.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Tout tourne autour de moi: on va nous renvoyer =
=E0 Pitesti!=20
Ici, c'est l'esclavage, mais l=E0-bas c'est l'enfer... Le soldat nous =
emm=E8ne. J'ai=20
a peine le temps de jeter un coup d'oeil vers Dinu Georgesco. Il ne =
parvient=20
qu'=E0 =E9lever la main =E0 la hauteur de la t=EAte et il reste ainsi, =
le regard dans le=20
vide...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le Canal est derri=E8re nous. Quelques pas =
encore et nous=20
ne le verrons plus. Devant nous se trouvent d=E9j=E0 deux dizaines de =
prisonniers=20
qui appartiennent =E0 d'autres brigades. Ils sont eux aussi encadr=E9s =
par des=20
soldats. Quand nous arrivons =E0 leurs c=F4t=E9s je vois la joie sur =
leurs visages!=20
Peu =E0 peu, je reprends confiance. J'apprends qu'il ne s'agit pas de =
retourner =E0=20
Pitesti.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous sommes transf=E9r=E9s dans un autre camp. =
La r=E8gle veut=20
que ceux qui finissent leur peine soient lib=E9r=E9s =E0 partir du camp =
de Poarta=20
Alba, o=F9 l'on peut, en attendant, rester un certain temps; un an, =
deux, on ne=20
sait pas combien.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ainsi, l'arrachage de masques s'arr=EAte ici, =
entre deux=20
dizaines de prisonniers gard=E9s par des soldats.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Sur le chemin du camp mes pens=E9es =
m'entra=EEnent vers un=20
monde, peut-=EAtre =E2pre, mais sans robots ni d=E9masquages. Je me =
consid=E8re comme=20
libre car jusqu'ici j'avais m=EAme peur de penser. A peine sommes-nous =
entr=E9s,=20
qu'un responsable nous dit:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Tout de suite aux baraques pour prendre vos =
affaires.=20
Je veux vous voir ici dans une demi-heure.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je cours. Burcea court lui aussi derri=E8re =
moi. Une fois=20
dans la baraque, en deux secondes j'ai sur les bras tout ce qui =
m'appartient.=20
Avant de franchir la porte je jette un coup d'oeil sur les pricis vides =
o=F9 nous=20
avons =E9t=E9 terroris=E9s pendant six mois, heure par heure, minute par =

minute.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je mets fin imm=E9diatement aux mauvaises =
pens=E9es. Je dois=20
tirer un trait sur cette p=E9riode de ma vie. Je chasse la mort. Je =
cours...=20
Burcea arrive derri=E8re moi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Une demi-heure plus tard nous sommes allong=E9s =
dans le=20
camion. Nous parcourons le m=EAme chemin plein de poussi=E8re, l'un =E0 =
c=F4t=E9 de=20
l'autre, tranquilles, muets, emport=E9s dans un monde qu'=E0 notre guise =
nous=20
jugeons meilleur.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je ne suis plus =E9puis=E9, je ne suis plus =
indiff=E9rent =E0=20
l'avenir et =E0 moi-m=EAme, je ne suis plus celui qui a cess=E9 de =
lutter. Lib=E9r=E9 de=20
l'arrachage des masques, je l=E8ve la t=EAte instinctivement au-dessus =
de la ridelle=20
du camion pour contempler cette fuite vers l'horizon des collines de la=20
Dobroudja, collines d=E9pouill=E9es mais combien fascinantes.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Trois heures plus tard, nous sommes =E0 la =
porte du nouveau=20
camp. Deux sentinelles nous laissent entrer et aussit=F4t un responsable =
nous=20
prend en charge apr=E8s la v=E9rification de la liste de =
noms.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il est onze heures. Le camp, immense, doit bien =
contenir=20
plus de cent baraques. Il me semble une oasis apr=E8s les camps du Canal =
qui se=20
trouvent entre Cernavoda et la Mer Noire. On voit des robinets devant =
les=20
baraques, il y a l'=E9lectricit=E9 et le peu de prisonniers visibles =E0 =
cette heure=20
ne sont pas sales. Tout para=EEt, en fin de compte, plus humain. L'enfer =
est=20
derri=E8re moi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Libres jusqu'=E0 six heures, nous pouvons =
retrouver des=20
amis ou des connaissances comme bon nous semble.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je suis tout seul sur le plateau. Le soleil =
cogne et la=20
terre s=E8che accentue encore la chaleur. Je me dirige vers un =
b=E2timent en=20
construction pour chercher un peu d'ombre, quand je m'entends appeler =
derri=E8re=20
moi. C'est un ami que je n'ai pas vu depuis quelques ann=E9es et je ne =
m'attendais=20
pas =E0 le trouver ici. C'est une agr=E9able surprise. Lorsque je me =
suis retourn=E9,=20
il est rest=E9, en me voyant de face, comme p=E9trifi=E9. Je me rends =
compte que c'est=20
mon aspect qui l'impressionne. Il a fait un mouvement involontaire. Je =
lui=20
explique en quelques mots pourquoi je suis dans cet =E9tat. Je ne lui =
parle pas,=20
bien s=FBr, de l'arrachage des masques. Il ne pourrait m=EAme pas =
comprendre, comme=20
cela, en quelques mots. La prudence d=E9conseille =E9galement toute =
allusion aux=20
choses tenues pour strictement secr=E8tes. Je me borne =E0 l'entretenir =
des=20
conditions de travail et d'h=E9bergement au camp Valea Neagra. Lui, =E0 =
son tour,=20
m'explique rapidement pourquoi il se trouve ici. Il voulait gagner le =
monde=20
libre par la fronti=E8re yougoslave...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il prend brusquement une d=E9cision.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Je vais aux bains pour voir si je peux me =
tremper dans=20
l'eau. Pour cinq cigarettes on arrive parfois =E0 entrer.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il s'en va rapidement et revient cinq minutes =
plus tard=20
avec l'approbation. Nous allons vite vers sa baraque. Je l'attends =
dehors parce=20
que tous ceux de sa brigade dorment. Ils travaillent de nuit.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il m'apporte une chemise propre, une paire de =
cale=E7ons,=20
une serviette, un savon, une lame de rasoir, un miroir de poche. Il me =
donne=20
aussi un morceau de pain et quelques tranches de salami pour manger =
apr=E8s la=20
douche. Il a re=E7u un colis r=E9cemment.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Nous arrivons au bain. Coups discrets =E0 la =
porte. Para=EEt=20
un colosse v=EAtu seulement d'un pantalon. Son corps d=E9mesur=E9 entre =
les bras=20
pendants porte une t=EAte aux yeux terribles, aux l=E8vres minces et =
sans dents de=20
devant. Mon ami m'a dit en chemin que c'est un d=E9tenu de droit commun =
et qu'il=20
est emprisonn=E9 depuis quinze ans.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il me fait un signe de t=EAte pour me dire =
d'entrer, puis=20
ferme la porte =E0 clef. Nous restons seuls. J'ai un peu peur. De toute =
fa=E7on, je=20
suis en pr=E9sence d'un criminel. Par pr=E9caution, je lui souris. Il =
ricane, mais=20
je me rends compte qu'il veut r=E9pondre =E0 mon sourire. Il me fait =
entrer dans une=20
petite chambre o=F9 se trouve un robinet d'eau chaude, ainsi qu'un =
baquet o=F9 je=20
peux tenir tout entier. Nous attendons que la "baignoire" se remplisse.=20
Entre-temps, il me dit qu'il est condamn=E9 =E0 vingt-cinq ans de =
travail forc=E9,=20
mais qu'il esp=E8re =EAtre graci=E9 dans quatre ans. Je m'habitue peu =
=E0 peu =E0 sa=20
pr=E9sence. Il ne me para=EEt plus si terrible. Je lui demande pourquoi =
il a =E9t=E9=20
condamn=E9. Il me dit: "J'ai =E9trangl=E9 un mec". Puis il part, me =
laissant tout=20
seul.</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Je rentre dans l'eau tr=E8s chaude et je reste =
ainsi=20
pendant un certain temps, sans penser ni au pass=E9 ni =E0 l'avenir. =
Quel plaisir!=20
Tout se r=E9duit maintenant =E0 l'heure pr=E9sente: je me suis =
lib=E9r=E9 de la terreur et=20
j'enl=E8ve la crasse qui me recouvre. Comme les minutes passent, les =
strates de=20
salet=E9 s'amollissent. La peau se lib=E8re, les pores s'ouvrent. Je =
suis en train=20
de devenir un autre homme. Le savon fait des merveilles. Je me rase, =
puis me=20
regarde dans le miroir. Je n'ai pas vu mon visage depuis un an et=20
demi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Dieu, que je suis maigre! Les yeux au fond des =
orbites=20
ont un =E9clat =E9trange, les joues sont creuses et les l=E8vres =
livides. Je peux=20
compter mes c=F4tes, les hanches sont deux os saillants. Mais j'ai =
l'impression=20
d'=EAtre en bonne sant=E9. Mes sens ne me trompent pas. Une dizaine de =
m=E9decins ne=20
pourraient pas me convaincre du contraire.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le chef de bain entre et me dit avec une =
expression de=20
regret dans ses yeux effrayants que je dois quitter les =
lieux.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Pendant que je m'essuie il hoche doucement la =
t=EAte de=20
droite =E0 gauche. Il ne dit rien mais je comprends ce qu'il pense: =
maigre, si=20
maigre, et, en plus, des traces de coups sur le dos... En partant je =
veux lui=20
dire au revoir mais il prend ma main, la retourne des deux c=F4t=E9s et =
la regarde=20
comme un dermatologue exp=E9riment=E9 avant de dire:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- La salet=E9 est rentr=E9e profond=E9ment =
dans la peau des=20
mains. Elle aura du mal =E0 partir, mais avec une brosse et beaucoup de =
savon tu y=20
arriveras d'ici quelques semaines.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Je le remercie pour tout, bain et consultation, =
et je=20
sors sur le plateau en plein soleil d'apr=E8s-midi.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Aujourd'hui, 18 ao=FBt 1950, prennent fin sept =
mois de=20
terreur.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Mais il reste dans ma m=E9moire le cri d'un =
homme tortur=E9=20
qui venait de derri=E8re les murs de la prison.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ce n'=E9tait pas un appel =E0 l'aide... =
C'=E9tait un cri de=20
mort.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000><BR></FONT></P>
<P>
<CENTER><B><FONT color=3D#000000>EPILOGUE</FONT></B></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le temps a pass=E9. Au camp de Poarta Alba je =
n'ai plus=20
entendu parler de pourriture =E0 enlever, ni d'arrachages des masques. =
Ainsi, je=20
me consid=E9rais presque comme un homme libre.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les jours se sont =E9coul=E9s les uns apr=E8s =
les autres=20
toujours aussi tristes, angoissants et d=E9solants.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000><BR></FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>J'ai =E9t=E9 lib=E9r=E9 du camp un jour =
pluvieux et froid de la=20
fin de l'hiver. C'=E9tait le 10 mars 1951.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>La veille, dans un bureau de l'administration, =
un=20
officier de la S=E9curitate de Constantza s'est employ=E9 =E0 dire =
quelques mots en=20
t=EAte =E0 t=EAte =E0 chaque lib=E9rable. Quand mon tour est arriv=E9, =
je suis entr=E9 dans le=20
bureau. Il m'a regard=E9 fixement, avant de dire, un sourire =
professionnel aux=20
l=E8vres:</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>-- Vous avez vu beaucoup de choses dans la =
prison et vous=20
avez =E9t=E9 soumis =E0 un r=E9gime qui a pu vous para=EEtre contraire =
aux lois de la=20
R=E9publique. Il n'est pas de ma comp=E9tence de juger ce qui est =
l=E9gal ou ill=E9gal.=20
Mon devoir est seulement de vous pr=E9venir qu'il est interdit de =
d=E9voiler ce qui=20
s'est pass=E9 dans les prisons o=F9 vous avez v=E9cu.<BR></FONT></P>
<P>
<CENTER><FONT color=3D#000000>* * * * *</FONT></CENTER>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>Plusieurs ann=E9es s'=E9coul=E8rent sans que je =
sache ce qui=20
advint =E0 Pitesti et =E0 Peninsula apr=E8s mon d=E9part.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ce n'est qu'au mois du f=E9vrier 1957 que j'ai =
rencontr=E9=20
Dinu Georgesco, qui =E9tait rest=E9 au canal Danube-Mer Noire jusqu'=E0 =
l'=E9t=E9 1953,=20
quand tous les camps ont =E9t=E9 supprim=E9s, puis jusqu'en octobre 1956 =
au=20
p=E9nitencier de Gherla, d'o=F9 il =E0 =E9t=E9 lib=E9r=E9. C'est lui qui =
m'a racont=E9 la suite.=20
Mais on ne sait pas tout, parce que le d=E9but de la terreur demeure =
toujours=20
aur=E9ol=E9 de myst=E8re.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Ce qui s'est produit a Pitesti a =E9t=E9 mis au =
point par le=20
g=E9n=E9ral Nikolsky, qui dirigeait le Minist=E8re de l'Int=E9rieur =
selon les directives=20
de Moscou. Ana Pauker aurait supervis=E9 toute l'op=E9ration. La =
direction de la=20
terreur a =E9t=E9 confi=E9e aux inspecteurs des prisons, les colonels =
D=FClberger et=20
Zeller, promus g=E9n=E9raux apr=E8s 1951.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>En 1947, Eug=E8ne Turcanu fut d=E9tenu =E0 la =
prison de=20
Suceava. Il avait =E9t=E9 condamn=E9, comme il nous l'a dit =E0 Pitesti, =
pour=20
non-d=E9nonciation.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Comment en est-il arriv=E9 l=E0? En tout =E9tat =
de cause, d=E8s=20
les premiers mois de l'entr=E9e des Russes en Roumanie, Turcanu se =
trouvait d=E9j=E0=20
dans les rangs communistes. Avec l'enthousiasme et le z=E8le des =
n=E9ophytes, il=20
=E9chafaudait de grands plans pour l'avenir. Il avait r=E9ussi =E0 =
gagner la confiance=20
des huiles du parti, qui voulaient faire de lui un diplomate. Toutefois, =
des=20
ann=E9es auparavant, Turcanu avait fait partie des Fraternit=E9s de la =
Croix.=20
Converti au communisme mais ne connaissant pas les tactiques cach=E9es =
de son=20
nouveau parti, il ne se pressa pas de d=E9noncer ses anciens amis, =
fr=E8res de la=20
Croix, qui continuaient =E0 l'entretenir de ce que la L=E9gion avait =
=E9t=E9 et allait=20
encore =EAtre, ainsi que de leur activit=E9 pr=E9sente. Sur simple =
d=E9nonciation, les=20
dirigeants communistes de la r=E9gion de Suceava l'emprisonn=E8rent. =
D'o=F9 la ruine=20
de ses plans. Mais les communistes le connaissaient bien. Ils savaient =
qu'il=20
avait trahi et abandonn=E9 la doctrine l=E9gionnaire. Ils savaient, =
surtout, que=20
c'=E9tait un homme pr=EAt =E0 tout pour regagner une position =
perdue.<BR></FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Comment et par qui a-t-il =E9t=E9 pr=E9sent=E9 =
=E0 Nikolsky, qui=20
avait besoin d'un homme de cet acabit pour commencer la terreur =E0 =
Pitesti, voil=E0=20
ce qu'il conviendrait d'=E9claircir un jour.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il est certain que des hommes du Minist=E8re de =
l'Int=E9rieur=20
et peut-=EAtre Nikolsky lui-m=EAme ont visit=E9 souvent et longuement =
Turcanu =E0 la=20
prison de Suceava. Ils lui expos=E8rent ce qu'ils attendaient de lui. =
Turcanu=20
connut ainsi le secret de la r=E9=E9ducation et ce qu'=E9tait =
l'arrachage des masques:=20
l'extirpation de la "pourriture" qui se trouve en l'homme, extirpation =
qui=20
devait se faire co=FBte que co=FBte. Il =E9tait bien plac=E9 pour =
comprendre. N'=E9tait-ce=20
pas, justement, =E0 cause de cette "pourriture" qu'il avait h=E9sit=E9 =
=E0 d=E9noncer ses=20
amis. On lui expliqua qu'un communiste foule aux pieds toute amiti=E9 =
quand les=20
int=E9r=EAts du parti et de la classe ouvri=E8re sont en jeu. Turcanu =
fut convaincu de=20
ce que la cause de son emprisonnement =E9tait la "pourriture" qu'il =
portait=20
toujours au-dedans de lui. Ni le Parti Communiste, ni la classe =
ouvri=E8re, mais=20
la "pourriture", rien que la "pourriture". Et il jura de la sortir de =
lui-m=EAme.=20
Il jura =E9galement qu'il l'extirperait des autres, surtout des =
l=E9gionnaires, ses=20
anciens camarades et amis. En bon instructeur, Nikolsky comprit =
parfaitement=20
qu'il pouvait faire confiance =E0 son apprenti. C'est ainsi que Turcanu =
obtint sa=20
ma=EEtrise.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Une fois la formation termin=E9e, il fallait =
passer aux=20
actes. La prison de Pitesti fut r=E9serv=E9e aux =E9tudiants et l'on =
transf=E9ra les=20
d=E9tenus de droit commun dans d'autres prisons. Une partie des gardiens =
furent=20
mut=E9s et d'autres gardiens, de confiance, prirent leur place. Les =
hommes de=20
Nikolsky les mirent au courant de la haute mission que le parti leur =
confiait et=20
du secret de l'op=E9ration.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Intern=E9 =E0 Pitesti en avril 1949, Turcanu a =
laiss=E9 =E0=20
Suceava des gens qu'il n'avait pas mouchard=E9s, comme l'exige la =
qualit=E9 de=20
membre du parti communiste. Parmi eux se trouvait Alexandru Bogdanovici, =
que je=20
devais conna=EEtre plus tard dans la chambre-h=F4pital num=E9ro 4. A =
l'=E9poque, je=20
n'avais pas compris d'o=F9 venait la haine de Turcanu quand il lui =
disait: "Tu vas=20
mourir de mes propres mains, salopard". Que s'=E9tait-il pass=E9 =E0 =
Suceava? Dans le=20
p=E9nitencier de cette ville de Bucovine, Alexandru Bogdanovici avait =
cr=E9=E9 un=20
groupe, avec bien s=FBr l'accord de la direction de la prison, qui =
s'appelait=20
O.D.C.C (en clair "Organisation des d=E9tenus aux convictions =
communistes").=20
Bogdanovici =E9tait lui aussi de ceux qui =E9taient convaincus de la =
n=E9cessit=E9 de=20
"se r=E9=E9duquer". Pour lui, toutefois, la "r=E9=E9ducation" consistait =
=E0 lire et =E0=20
approfondir les textes marxistes. Le conseil lui en avait =E9t=E9 =
donn=E9 d'ailleurs=20
par son propre p=E8re, membre important du Parti Social D=E9mocrate =
dissident, qui=20
lui avait dit au parloir: "La seule possibilit=E9 de te sauver d'ici est =
une=20
r=E9=E9ducation, formelle, bien s=FBr". A c=F4t=E9 de Bogdanovici se =
trouvait un certain=20
Martinus. Turcanu, avant son transfert =E0 Pitesti, lui avait expos=E9 =
en quelques=20
mots ses projets concernant une r=E9=E9ducation d'un autre type, =E9tant =
entendu que=20
la r=E9=E9ducation dont se vantait Bogdanovici, n'avait absolument =
aucune valeur. On=20
devait se montrer honn=EAte vis-=E0-vis de la classe ouvri=E8re. Il lui =
avait dit=20
qu'on n'avait pas le droit de faire semblant d'=EAtre =E9duqu=E9 comme =
Bogdanovici le=20
faisait, ajoutant qu'il devait observer un secret absolu sur ce qu'il =
venait=20
d'entendre.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Une fois arriv=E9 =E0 Pitesti, Turcanu avait =
tout de suite=20
=E9t=E9 pr=E9sent=E9 au colonel D=FClberger et ils =E9taient =
imm=E9diatement pass=E9s =E0=20
l'action. Il importait de former au plus vite la premi=E8re =E9quipe de =
choc.=20
Turcanu demanda qu'on lui amen=E2t de Suceava les d=E9tenus L=E9vynski =
et Tanu Popa,=20
parce qu'ils jouissaient de toute sa confiance; qu'ils n'=E9taient pas =
hommes =E0=20
c=E9der d'un pas quand on leur aurait expliqu=E9 de quoi il s'agissait. =
L'=E9quipe de=20
choc devait comprendre dix hommes. Ils choisirent quelques d=E9tenus =
(deux ou=20
trois), qui furent introduits dans une chambre isol=E9e de la prison. =
Turcanu et=20
des hommes du Minist=E8re de l'Int=E9rieur se jet=E8rent sur eux. Le =
directeur de la=20
prison, Dumitresco, =E9tait toujours pr=E9sent. Seule explication: ils =
=E9taient des=20
ennemis du peuple et seuls les coups les ram=E8nerait dans le bon =
chemin. Apr=E8s=20
qu'ils eurent =E9t=E9 frapp=E9s plusieurs jours de suite, Turcanu leur =
aurait expliqu=E9=20
de quoi il s'agissait en r=E9alit=E9.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Combien de temps r=E9sist=E8rent-ils? On =
l'ignore. Mais la=20
premi=E8re =E9quipe fut constitu=E9e ainsi. Entre-temps, Tanu Popa et =
L=E9vynski=20
arriv=E8rent de Suceava. Comment proc=E9d=E8rent-ils avec eux, on =
l'ignore=20
=E9galement.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le six d=E9cembre 1949, on amena la premi=E8re =
fourn=E9e de=20
d=E9tenus dans la chambre-h=F4pital num=E9ro 4.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Il semble que Patrascanu a fait partie de la =
premi=E8re=20
=E9quipe de choc, cr=E9=E9e sous les coups de Turcanu et des hommes du =
Minist=E8re de=20
l'Int=E9rieur. A leur tour, ceux-l=E0 robotis=E8rent par les coups =
Gherman, Steiner,=20
Puscasu, Oprea et Rosca. Le 6 d=E9cembre, Bogdanovici, qui avait =E9t=E9 =
lui aussi=20
amen=E9 de Suceava avec Martinus, alla rejoindre dans la =
chambre-h=F4pital num=E9ro 4=20
la premi=E8re s=E9rie. Turcanu lui avait d=E9j=E0 dit qu'il =E9tait un =
salopard qui=20
voulait tromper la classe ouvri=E8re, mais sans lui parler de ce qui =
allait=20
suivre. Martinus, compl=E8tement gagn=E9 =E0 Turcanu, =E9tait lui aussi =
pr=E9sent. Sautant=20
sur Bogdanovici, il le roua de coups avec l'aide de Turcanu. Mais =
Bogdanovici=20
n'imaginait pas encore ce qui l'attendait. Il d=FBt rester dans la =
chambre-h=F4pital=20
4 avec plusieurs =E9quipes de cogneurs, puis, un jour, Turcanu le tua de =
ses=20
propres mains, ainsi qu'il l'avait promis.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Constantin Oprisan connut lui aussi un terrible =
sort.=20
C'=E9tait le chef des Fraternit=E9s de la Croix pour tout le pays. Il =
avait =E9t=E9=20
sp=E9cialement amen=E9 =E0 Pitesti pour subir l'"arrachage des masques". =
Conduit =E0=20
plusieurs reprises dans la m=EAme chambre-h=F4pital 4, il d=FBt passer =
par le couloir=20
des cogneurs, qui le frapp=E8rent jusqu'au sang; ses blessures une fois =
referm=E9es,=20
il redevint leur proie. Ils lui prenaient sa nourriture... Le chef des=20
Fraternit=E9s finit par c=E9der. Il fit son autocritique et parla de la =
sup=E9riorit=E9=20
du mat=E9rialisme sur l'id=E9alisme. Oblig=E9 de se dire convaincu des =
v=E9rit=E9s du=20
marxisme, il =E9tait promen=E9 de chambre en chambre pour que tous les =
l=E9gionnaires=20
l'entendissent. Apr=E8s mon d=E9part pour le Canal, la prison de Pitesti =
=E9tait=20
devenue un enfer. Les coups avaient atteint des proportions sinistres. =
La t=EAte=20
des "d=E9masqu=E9s" =E9tait frapp=E9e contre le ciment. On les battait =
presqu'=E0 mort et=20
on les contraignait =E0 manger leurs excr=E9ments. Leur nourriture =
=E9tait mise dans=20
les W-C. A ce r=E9gime, tous furent "d=E9masqu=E9s", l'un apr=E8s =
l'autre.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Pendant ce temps, au Canal, les =
tortionnaires-robots=20
avaient =E9t=E9 rameut=E9s sur les autres d=E9tenus par le directeur du =
camp,=20
Zamfiresco, et par le commissaire politique Chirion. On les amena dans =
la=20
nouvelle "chambre-h=F4pital num=E9ro 4". Des vieillards, d'anciens =
hommes politiques=20
importants furent battus sur le dos comme les voleurs de chevaux, =
autrefois.=20
Souvent en pr=E9sence du directeur du camp.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le docteur Simionesco, ancien professeur =E0 la =
Facult=E9 de=20
M=E9decine de Bucarest, l'un des meilleurs chirurgiens du pays, se =
trouvait =E0=20
l'=E9poque au camp de Peninsula. On le mit entre les mains de =
Bogdanesco, qui le=20
tortura si f=E9rocement qu'il finit par se jeter dans les barbel=E9s, =
o=F9 il p=E9rit=20
sous le tir de la sentinelle.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Personne ne savait, au Canal, ce qui s'=E9tait =
pass=E9 =E0=20
Pitesti. Il est donc facile de comprendre pourquoi les =E9tudiants de =
Peninsula=20
=E9taient consid=E9r=E9s comme les plus viles fripouilles que le peuple =
roumain ait pu=20
engendrer. C'est exactement ce que Nikolsky avait voulu: faire na=EEtre =
la=20
confusion, le d=E9sespoir et le d=E9go=FBt entre les d=E9tenus =
politiques, entre les=20
g=E9n=E9rations, d=E9structurer tout un pays et tout un =
peuple...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Lorsque la terreur atteignit son point =
culminant, et que=20
les arrachages de masques int=E9rieurs ainsi que les autocritiques =
eurent d=E9truit=20
les derniers d=E9bris de r=E9sistance morale, les terroriseurs et les =
terroris=E9s de=20
Pitesti furent transf=E9r=E9s =E0 la prison de Gherla. Cela sur =
d=E9cision de Nikolsky,=20
qui voulait =E9tendre l'exp=E9rience aux autres prisons. Tanu Popa avait =
=E9t=E9 amen=E9=20
du Canal pour rencontrer Turcanu =E0 Gherla. Ils se mirent =
imm=E9diatement au=20
travail. Dans la chambre num=E9ro 99, au troisi=E8me =E9tage de la =
prison, la terreur=20
commen=E7a; cette fois elle =E9tait dirig=E9e contre les travailleurs et =
les paysans,=20
qui formaient la majorit=E9 de d=E9tenus. On ne leur a pas appliqu=E9 =
=E0 la lettre le=20
programme de Pitesti. Ils furent tout simplement tortur=E9s en tant =
qu'ennemis du=20
peuple. D=E8s les premiers jours, deux paysans tent=E8rent de se =
suicider. On les=20
sauva in extremis.<BR></FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Mais voil=E0 que, quelques mois seulement =
apr=E8s le d=E9but de=20
l'exp=E9rience de robotisation =E0 Gherla, Turcanu et les huit autres =
d=E9mons=20
partirent, encha=EEn=E9s, pour une destination inconnue. Les robots et =
leurs=20
victimes expliqu=E8rent la chose par les variations de volont=E9 de la =
classe=20
ouvri=E8re. Du moment qu'on est en prison, on doit =EAtre encha=EEn=E9. =
La classe=20
ouvri=E8re avait peut-=EAtre demand=E9 =E0 Turcanu d'extirper la =
pourriture des d=E9tenus=20
d'autres prisons. En tout cas, c'en =E9tait fini de la terreur =E0 =
Gherla. Les=20
robots avaient re=E7u l'ordre de ne plus torturer personne. En revanche, =
ils=20
devaient rester vigilants. La prison comptait beaucoup d'ennemis de la =
classe=20
ouvri=E8re et le parti communiste se devait de les conna=EEtre. Il =
fallait les=20
cuisiner, pour conna=EEtre leurs plus secr=E8tes pens=E9es.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Au moment m=EAme o=F9 la bande de Turcanu =
=E9tait appr=E9hend=E9e =E0=20
Gherla, peu avant No=EBl 1952, les tortures syst=E9matiques cess=E8rent =
aussi =E0=20
Peninsula. Les Brigades 13 et 14 furent dissoutes et les =E9tudiants qui =
les=20
composaient =E9parpill=E9s. Il est facile d'imaginer leur r=E9ception =
par les autres=20
d=E9tenus si l'on songe qu'ils passaient pour les plus odieux salopards =
que le=20
peuple roumain ait enfant=E9. A l'=E9poque, on ne se demandait pas s'ils =
=E9taient un=20
authentique produit du peuple roumain! Aucun d'entre eux n'eut le =
courage=20
d'=E9voquer les =E9preuves qu'ils avaient endur=E9es; et parmi ceux qui =
les jugeaient,=20
personne ne s'est pos=E9 la question de savoir pourquoi les plus forts =
et les plus=20
dignes rejetons du pays =E9taient devenus les plus faibles et les plus =
inf=E2mes.=20
Ils se sont content=E9s de coller l'=E9tiquette: "salopards". Quel=20
aveuglement!</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le d=E9sarroi persista dans la conscience des =
=E9tudiants de=20
Gherla jusqu'en 1953-1954. Tous =E9taient persuad=E9s que Turcanu et ses =
d=E9mons se=20
trouvaient dans une autre prison -- peut-=EAtre Aiud -- pour =E9couter =
les=20
autocritiques d'autres cat=E9gories de d=E9tenus consumant en eux la=20
pourriture...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>On finit par apprendre que Turcanu avait =
=E9t=E9 emmen=E9 au=20
Minist=E8re de l'Int=E9rieur et qu'il faisait l'objet d'une enqu=EAte. =
Et lorsque tout=20
un groupe d'anciens =E9tudiants terroris=E9s eut =E9t=E9 transf=E9r=E9 =
de Gherla, personne=20
ne douta plus que les s=E9ances de d=E9masquage avaient d=E9finitivement =
cess=E9. On sut=20
=E9galement qu'un proc=E8s allait avoir lieu et que les terroris=E9s =
seraient appel=E9s=20
comme t=E9moins.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Enfin, apr=E8s trois ann=E9es d'enqu=EAtes, les =
d=E9mons furent=20
traduits en justice. Quand j'appris la nouvelle, les mots de l'officier =
de la=20
Securitate de Constantza me revinrent en m=E9moire: "le r=E9gime auquel =
vous avez=20
=E9t=E9 soumis vous a peut-=EAtre paru non conforme aux lois de la=20
R=E9publique".</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><FONT color=3D#000000>Du reste, toute l'=E9quipe Pauker, Georgesco, =
Luca =E9tait=20
elle aussi tomb=E9e, Ana Pauker ayant repr=E9sent=E9 en Roumanie la =
forme achev=E9e du=20
communisme de type stalinien.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>En ce qui concerne la terreur de Pitesti, elle =
avait =E9t=E9=20
mise au point par cette =E9quipe m=EAme; il suffit de rappeler, =E0 ce =
propos, le=20
suicide de Zeller, ce colonel qui, avec son coll=E8gue D=FClberger, =
avaient suivi de=20
pr=E8s le d=E9roulement des tortures, autocritiques et instruction de =
nouveaux=20
tortionnaires. D=E8s que l'=E9quipe Pauker-Georgesco (46)-Luca eut perdu =
le pouvoir,=20
Zeller se tira une balle dans la t=EAte. S'=E9tait-il retrouv=E9 tout =
d'un coup sans=20
aucune d=E9fense?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000><BR>Le proc=E8s des robots-tortionnaires se =
d=E9roula =E0=20
huis-clos en novembre 1954. Ils =E9taient une vingtaine et les =
enqu=EAtes dur=E8rent=20
trois ans. Soixante terroris=E9s d=E9pos=E8rent comme t=E9moins. Le =
tribunal =E9tait=20
pr=E9sid=E9 par le g=E9n=E9ral Petresco, g=E9n=E9ral de pi=E8tre =
envergure qui pronon=E7a=20
plusieurs millions d'ann=E9es de peine au nom du communisme et de la =
classe=20
ouvri=E8re. L'assistance =E9tait compos=E9e de sommit=E9s du Parti =
Communiste et de la=20
S=E9curitate. Les tortionnaires, dans le box des accus=E9s, toujours =
autour de=20
Turcanu, se trouvaient dans un =E9tat pitoyable. Les trois ann=E9es =
d'enqu=EAte,=20
strictement secr=E8te, avaient durci encore plus leurs visages. Sales et =
mal=20
ras=E9s, dans des tenues =E0 rayures crasseuses, tant=F4t trop amples, =
tant=F4t trop=20
=E9troites, ils faisaient peine =E0 voir.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>L'appel des t=E9moins mit les tortur=E9s face =
aux=20
tortionnaires. La plupart des accus=E9s laissaient se errer leur regard. =
Peut-=EAtre=20
se demandaient-ils pourquoi ils se trouvaient dans ce box. Parce qu'ils =
avaient=20
=E9t=E9 contraints de terroriser apr=E8s avoir =E9t=E9 terroris=E9s =
eux-m=EAmes?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Quand le procureur arracha les v=EAtements que =
portaient=20
les t=E9moins, l'assistance laissa =E9chapper un "oh" =E0 n'en plus =
finir. Les=20
cicatrices =E9taient effrayantes, m=EAme pour leurs yeux de =
professionnels. Aucun=20
des accus=E9s n'osa enlever son v=EAtement pour montrer ses blessures, =
qui=20
n'auraient pas moins impressionn=E9 l'assistance. Pop Cornel avait =
pourtant le dos=20
sillonn=E9 comme un champ, et il se trouvait dans le box des =
accus=E9s.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000><BR></FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Professionnel lui aussi, le procureur fit =
quelques pas=20
devant les jur=E9s, s'inclina, puis se prit la t=EAte entre les mains =
pour pleurer,=20
comme au th=E9=E2tre. Au bout de quelques minutes il se remit et =
poursuivit sa=20
complainte: "des atrocit=E9s pareilles ont pu avoir lieu au XXe =
si=E8cle... dans=20
notre R=E9publique Populaire" Et, de nouveau, il y alla de ses larmes de =

crocodile.<BR></FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les accus=E9s n'esquiss=E8rent aucun geste. Ils =
=E9taient comme=20
p=E9trifi=E9s. Ils n'essay=E8rent pas de se d=E9fendre, ni de demander =
pourquoi certains=20
autres tortionnaires (Gherman, Steiner, Titus Leonida) ne se trouvaient =
pas dans=20
le box. Ni pourquoi Nikolsky, Zeller, D=FClberger, Dumitresco, Ciobanu, =
Mindruta=20
n'=E9taient pas =E0 leurs c=F4t=E9s... Ils supposaient, peut-=EAtre, =
qu'eux aussi avaient=20
=E9t=E9 arr=EAt=E9s, =E0 l'exception de Nikolsky. Au reste, ils ne se =
consid=E9raient pas=20
comme leurs =E9gaux. Parce qu'ils =E9taient les produits alors que les =
autres=20
=E9taient les producteurs?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>On leur permit de prendre la parole, mais ils=20
s'abstinrent. Turcanu fut le seul =E0 se d=E9fendre, en quelque =
mani=E8re. Il plaida=20
les circonstances att=E9nuantes, soutenant que les crimes commis lui =
avaient =E9t=E9=20
conseill=E9s par quelques agents de l'Occident qui s'=E9taient gliss=E9s =
dans la=20
prison, pour compromettre ainsi le parti communiste et la classe=20
ouvri=E8re.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le g=E9n=E9ral Petresco ne souffla mot, pas =
plus que le=20
procureur et l'assistance... Ils avaient tous l'air tr=E8s convaincus de =
la=20
complicit=E9 de l'Occident. Mais on passa rapidement l=E0-dessus. De =
toute fa=E7on, le=20
proc=E8s =E9tait orchestr=E9. L'=E9tait-il par Moscou ou, plut=F4t, par =
les partenaires de=20
Yalta?</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000><BR></FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Le tribunal requit la peine capitale pour les =
monstres=20
pr=E9sents dans le box. Le procureur, pensif, avait tir=E9 la =
conclusion: "Quelle=20
honte pour notre d=E9mocratie!".</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les jur=E9s rendirent leur verdict: la mort. =
Ceux qui se=20
trouvaient dans la salle approuv=E8rent gravement de la t=EAte. La =
mort... Apr=E8s=20
tout, c'=E9tait un spectacle essentiellement d=E9mocrate.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Les d=E9mons condamn=E9s furent ensuite =
amen=E9s =E0 Jilava, o=F9=20
ils devaient attendre la sentence =E9crite.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Un jour, de grand matin, on les tira de leurs =
cellules.=20
Ils quitt=E8rent le R=E9duit pour le c=E9l=E8bre Val des P=EAchers, o=F9 =
l'on ex=E9cute, =E0=20
Jilava, les sentences capitales.<BR></FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>Tout =E9tait d=E9j=E0 pr=EAt: le peloton =
d'ex=E9cution, la fosse=20
commune. Les monstres furent align=E9s devant la fosse. Le commandant du =
peloton=20
cria "feu!" et tous tomb=E8rent d'un seul coup, Turcanu au =
milieu.</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>On les recouvrit de chaux, puis de terre. Les =
monstres au=20
service de l'Occident pourri venaient tous de finir dans la m=EAme=20
fosse...</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>D=FClberger, Dumitresco (le directeur de la =
prison de=20
Pitesti) et quelques gardiens ont =E9t=E9 eux aussi jug=E9s et punis =
(l=E9g=E8rement) pour=20
"n=E9gligence dans le travail", autrement dit pour une faute =
professionnelle:=20
comment avaient-ils pu ne rien voir, alors que, sous leurs yeux, les =
Etats-Unis=20
d'Am=E9rique s'employaient =E0 compromettre le parti communiste et la =
classe=20
ouvri=E8re?</FONT></P>
<P>&nbsp;</P>
<P><B><FONT color=3D#000000>NOTES<BR></FONT></B></P>
<P><FONT color=3D#000000>42) En r=E8gle g=E9n=E9rale, les repas du soir =
des prisons=20
roumaines de l'=E9poque ne comprenaient pas de pain. Sauf pour les cas =
o=F9 les=20
d=E9tenus devaient =EAtre d=E9plac=E9s d'une prison =E0 une autre. En =
quittant la prison=20
de d=E9part, chacun recevait son quart de pain, pour le compte du repas =
suivant,=20
parfois pour deux ou trois. Lorsque le voyage durait plus que pr=E9vu, =
tout le=20
monde restait sur sa faim, et ce d'autant plus que les prisonniers =
n'=E9taient=20
pris en compte par la nouvelle cantine qu'au lendemain de leur =
arriv=E9e. (N. d.=20
T.)</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>43) Partisans de Maniu, chef du Parti National =
Paysan=20
roumain avant la guerre. (N. d. T.)</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>44) Les L=E9gionnaires portaient des chemises =
vertes. (N.=20
d. T.)</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>45) Support le plus courant et le plus =
c=E9l=E8bre de la=20
cuisine populaire roumaine. C'est de la bouille de farine de mais dont =
la=20
consistance, comme l'accompagnement, peut varier =E0 l'infini. (N. d.=20
T.)</FONT></P>
<P><FONT color=3D#000000>46) Teohari Georgesco eut la direction du =
Minist=E8re de=20
l'Int=E9rieur pendant toute la dur=E9e de l'exp=E9rimentation sur les =
cobayes humains=20
de Pitesti. Son vrai nom =E9tait Burah Tescovici. (N. d. T.)</FONT>
<HR align=3Dleft>
<FONT color=3D#000000>Ce texte est la quatri=E8me et derni=E8re partie =
de=20
<I>l'Holocauste des =E2mes</I>, de Gr=E9goire Dumitresco. Il para=EEt en =
fran=E7ais,=20
traduit du roumain par Daniel Dimitriu, publi=E9 avec le concours de Y. =
Cauchois,=20
=E0 la Librairie roumaine antitotalitaire, =E0 Paris, en 1997, dans =
"L'Holocauste=20
d=E9masqu=E9", collection dirig=E9e par Raoul Marin. =A91978, Grigore =
Dumitrescu,=20
Munich, pour la premi=E8re =E9dition.. =A9 1997, Librairie Roumaine =
Antitotalitaire,=20
pour l'=E9dition fran=E7aise.. ISBN 2-908029-10-3. Il est affich=E9 sur =
Internet par=20
la LRA et sous sa responsabilit=E9, sur un emplacement aimablement =
pr=EAt=E9 par=20
l'AAARGH en 1998.</FONT>
<P></P>
<P><FONT color=3D#000000>L'adresse de la Librairie est 5 rue =
Malebranche, 75005=20
Paris, T=E9l: 01 43 54 22 46 et le fax 01 43 26 07 19. Les lecteurs =
int=E9ress=E9s=20
sont pri=E9s de bien vouloir acheter le livre. Pour que les textes =
existent, il=20
faut d'abord que les =E9diteurs publient et vendent les =
livres.</FONT></P>
<P><FONT size=3D-1>+</FONT></P>
<H4>
<HR align=3Dleft noShade>
</H4>
<P><FONT size=3D-1 face=3DArial>Ce texte a =E9t=E9 affich=E9 sur =
Internet =E0 des fins=20
purement =E9ducatives, pour encourager la recherche, sur une base =
non-commerciale=20
et pour une utilisation mesur=E9e par le Secr=E9tariat international de=20
l'Association des Anciens Amateurs de R=E9cits de Guerre et d'Holocauste =
(AAARGH).=20
L'adresse =E9lectronique du Secr=E9tariat est &lt;<A=20
href=3D"mailto:aaarghinternational@hotmail.com">aaarghinternational@hotma=
il.com</A>&gt;.=20
L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, =
USA.</FONT></P>
<P><FONT size=3D-1 face=3DArial>Afficher un texte sur le Web =E9quivaut =
=E0 mettre un=20
document sur le rayonnage d'une biblioth=E8que publique. Cela nous =
co=FBte un peu=20
d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui =
en=20
profite et nous le supposons capable de penser par lui-m=EAme. Un =
lecteur qui va=20
chercher un document sur le Web le fait toujours =E0 ses risques et =
p=E9rils. Quant=20
=E0 l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la =
responsabilit=E9 des=20
autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui =
instituent une=20
censure sp=E9cifique dans certains pays (Allemagne, France, Isra=EBl, =
Suisse,=20
Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agr=E9ment des auteurs qui =
y vivent=20
car ils ne sont pas libres de consentir.</FONT></P>
<P><FONT size=3D-1 face=3DArial>Nous nous pla=E7ons sous la protection =
de l'article 19=20
de la D=E9claration des Droits de l'homme, qui stipule: <BR></FONT><FONT =

color=3D#000000 size=3D-1 face=3DArial>ARTICLE 19 &lt;Tout individu a =
droit =E0 la=20
libert=E9 d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas =
=EAtre=20
inqui=E9t=E9 pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de =
r=E9pandre,=20
sans consid=E9ration de fronti=E8re, les informations et les id=E9es par =
quelque moyen=20
d'expression que ce soit&gt;<BR><B>D=E9claration internationale des =
droits de=20
l'homme,</B> adopt=E9e par l'Assembl=E9e g=E9n=E9rale de l'ONU =E0 =
Paris, le 10 d=E9cembre=20
1948.</FONT><FONT face=3DPalatino>
<HR align=3Dleft>
</FONT>
<P></P>
<H4>
<CENTER><A href=3D"mailto:aaarghinternational@hotmail.com"><FONT=20
face=3DCharcoal>aaarghinternational@hotmail.com</FONT></A></CENTER></H4>
<P>
<CENTER><FONT color=3D#000000 size=3D-1><BR></FONT><B>|</B><FONT =
color=3D#000000>=20
</FONT><A href=3D"http://www.aaargh.codoh.info/fran/LRAT/pitesti1.html"=20
tppabs=3D"http://www.aaargh.com.mx/fran/LRAT/pitesti1.html">Part=20
1</A><B>|</B><FONT color=3D#000000> </FONT><A=20
href=3D"http://www.aaargh.codoh.info/fran/LRAT/pitesti2.html"=20
tppabs=3D"http://www.aaargh.com.mx/fran/LRAT/pitesti2.html">Part =
2</A><FONT=20
color=3D#000000> </FONT><B>|</B><FONT color=3D#000000> </FONT><A=20
href=3D"http://www.aaargh.codoh.info/fran/LRAT/pitesti3.html"=20
tppabs=3D"http://www.aaargh.com.mx/fran/LRAT/pitesti3.html">Part =
3</A><FONT=20
color=3D#000000> </FONT><B>|</B><FONT color=3D#000000> Part 4 =
</FONT><B>|</B>
<HR>
</CENTER>
<P></P>
<P>
<CENTER><B>L'adresse =E9lectronique de ce document est:</B></CENTER>
<P></P>
<P>
<CENTER><B>http://www.abbc.com/aaargh/fran/LRAT/pitesti4.html</B></CENTER=
>
<P></P>
<P>
<CENTER><B>|</B> <B><A href=3D"http://www.aaargh.codoh.info/index.html"=20
tppabs=3D"http://www.aaargh.com.mx/index.html">Accueil =
g=E9n=E9ral</A></B> <B>|</B>=20
<B><A href=3D"http://www.aaargh.codoh.info/fran/fran.html"=20
tppabs=3D"http://www.aaargh.com.mx/fran/fran.html">Accueil =
fran=E7ais</A></B> <B>|=20
</B><A href=3D"http://www.aaargh.codoh.info/fran/inst/search.html"=20
tppabs=3D"http://www.aaargh.com.mx/fran/inst/search.html">CHERCHER SUR =
LE SITE</A>=20
<B>|</B></CENTER>
<P></P>
<P>
<CENTER><B>| </B><A =
href=3D"http://www.aaargh.codoh.info/fran/LRAT/LRAT.html"=20
tppabs=3D"http://www.aaargh.com.mx/fran/LRAT/LRAT.html">LIBRAIRIE =
ROUMAINE=20
ANTITOTALITAIRE</A> |</CENTER>
<P></P>
<P>
<CENTER>
<HR>
</CENTER>
<P></P>
<P> </P></BODY></HTML>
