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Theodore Kaczynski (plus connu sous
le nom de « Unabomber »)
Ce qui suit est une traduction du texte intégral du Manifeste
d'Unabomber.
par FC
1995
traduit par Michel Roudot
Introduction
Psychologie du gauchisme moderne
Sentiment d'infériorité
Sursocialisation
Processus de pouvoir
Activités de substitution
Autonomie
Sources des problèmes sociaux
Perturbation du processus de pouvoir dans la société moderne
Comment certaines personnes s'adaptent
Motivations des scientifiques
La nature de la la liberté
Quelques principes de l'histoire
La société industrialo-technologique ne peut pas être
réformée
Les restrictions à la liberté sont inévitables dans une
société industrielle
Les 'mauvais" aspects de la technologie ne peuvent pas
être séparés des 'bons'
La technologie est une force sociale plus puissante que
l'aspiration vers la liberté
Les problèmes sociaux les plus simples se sont montrés
insolubles
La révolution est plus facile que la réforme
Le contrôle du comportement humain
La race humaine à un carrefour
La souffrance humaine
L'avenir
Stratégie
Deux sortes de technologie
Le danger du gauchisme
Note finale
Notes
INTRODUCTION
1.
2. Il se peut que le système
industrialo-technologique survive ou qu'il s'écroule. S'il survit, il PEUT
finalement permettre un bas niveau de souffrance physique et psychologique,
mais seulement après le passage par une période longue et très douloureuse
d'ajustement et seulement au prix d'avoir réduit de manière permanente les
êtres humains et beaucoup d'autres organismes vivants en produits manufacturés
et en simples rouages de la machine sociale. En outre, si le système survit,
ces conséquences seront inévitables : il n'y a aucun moyen de réformer ou
de modifier le système pour l'empêcher de priver les gens de dignité et
d'autonomie.
3. Si le système s'écroule les
conséquences seront également très douloureuses. Mais plus gros le système
devient, plus désastreux seront les résultats de son effondrement, donc s'il
doit s'écrouler il vaut mieux qu'il s'écroule plus tôt que plus tard.
4. Nous préconisons donc une révolution
contre le système industriel. Cette révolution peut ou non se servir de la
violence : elle peut être soudaine ou peut être un processus relativement
graduel s'étendant sur quelques décennies. Nous ne pouvons rien prévoir de
cela. Mais nous décrivons d'une façon très générale les mesures que ceux qui
détestent le système industriel devraient prendre pour préparer la voie à une
révolution contre cette forme de société. Ce ne doit pas être une révolution
POLITIQUE. Son objet sera de renverser non des gouvernements, mais la base
économique et technologique de la société actuelle.
5. Dans cet article nous prêtons attention
à certains seulement des événements négatifs qui sont issus du système
industrialo-technologique. Nous ne mentionnons que brièvement d'autres
événements ou les ignorons complètement. Cela ne signifie pas que nous
considérons ces autres événements comme sans importance. Pour des raisons
pratiques nous devons limiter notre discussion aux secteurs qui ont reçu une
attention publique insuffisante ou sur lesquels nous avons quelque chose de
nouveau à dire. Par exemple, dans la mesure où il y a des mouvements
environnementaux et de défense de la vie sauvage bien développés, nous avons
très peu écrit sur la dégradation environnementale ou la destruction de la
nature sauvage, bien que nous les considérions comme des sujets extrêmement
importants.
PSYCHOLOGIE
DU GAUCHISME MODERNE
6. Tout le monde ou presque reconnaîtra
que nous vivons dans une société profondément troublée. Une des manifestations
les plus répandues de la folie de notre monde est le gauchisme, donc une
discussion de la psychologie du gauchisme peut servir d'introduction à la
discussion des problèmes de la société moderne en général.
7. Mais qu'est ce que le gauchisme ?
Pendant la première moitié du 20ème siècle le gauchisme aurait
pratiquement pu être identifié avec le socialisme. Aujourd'hui le mouvement est
fragmenté et il n'est pas clair de définir qui peut correctement être appelé un
gauchiste. Quand nous parlons des gauchistes dans cet article nous entendons
principalement les socialistes, les collectivistes, les gens
"politiquement corrects", les féministes, les activistes gays et du
handicap, les activistes des droits des animaux et tout ce genre de gens. Mais
ceux qui sont associés avec un de ces mouvements ne sont pas tous des
gauchistes. Ce que nous essayons de décrire dans la discussion du gauchisme
n'est pas tant un mouvement ou une idéologie qu'un type psychologique, ou
plutôt une collection de types associés. Ainsi, ce que nous entendons par
"le gauchisme" apparaîtra plus clairement au cours de notre
discussion de la psychologie gauchiste (Voir également les paragraphes 227-230.)
8. Même ainsi, notre conception du
gauchisme restera beaucoup moins claire que nous ne le souhaiterions, mais il
ne semble y avoir aucun remède à cela. Tout que nous essayons de faire est
d'indiquer d'une façon grossière et approximative les deux tendances
psychologiques dont nous croyons qu'elles sont la principale motivation du
gauchisme moderne. Nous n'affirmons en aucun cas donner TOUTE la vérité sur la
psychologie gauchiste. De plus, notre discussion est censée ne s'appliquer
qu'au gauchisme moderne. Nous laissons ouverte la question de la mesure dans
laquelle notre discussion pourrait s'appliquer aux gauchistes du 19ème
et du début du 20ème siècle.
9. Nous appelons les deux tendances
psychologiques qui sont à la base du gauchisme moderne "le sentiment
d'infériorité" et "la sursocialisation". Le sentiment
d'infériorité est une caractéristique du gauchisme moderne dans son ensemble,
tandis que la sursocialisation est caractéristique seulement d'un certain
segment du gauchisme moderne; mais ce segment est hautement influent.
SENTIMENT
D'INFÉRIORITÉ
10. Par "sentiment
d'infériorité" nous entendons non seulement le sentiment d'infériorité
dans le sens le plus strict, mais un large spectre de traits associés :
manque d'amour-propre, sentiment d'impuissance, tendances dépressives,
défaitisme, culpabilité, haine de soi, etc. Nous soutenons que les gauchistes
modernes ont tendance à avoir de tels sentiments (probablement plus ou moins
réprimés) et que ces sentiments déterminent de façon décisive la direction du
gauchisme moderne.
11. Quand quelqu'un interprète comme
désobligeant presque tout ce qu'on dit de lui (ou de groupes auxquels il s'identifie)
nous concluons qu'il a un sentiment d'infériorité ou un manque d'amour-propre.
Cette tendance est prononcée parmi les défenseurs des droits des minorités,
qu'ils appartiennent ou non aux groupes minoritaires dont ils défendent les
droits. Ils sont hypersensibles aux mots utilisés pour désigner les minorités.
Les termes "noir", "oriental", "handicapé" ou
"gonzesse" pour un Africain, un Asiatique, un invalide ou une femme
n'avaient à l'origine aucune connotation dérogatoire. "Nana" et
"gonzesse" étaient simplement les équivalents féminins de
"type" ou "mec". Les connotations négatives ont été
attachées à ces termes par les activistes eux-mêmes. Quelques défenseurs des
droits des animaux en sont même venus à rejeter le mot "animal de
compagnie" et insistent sur son remplacement par "compagnon
animal". Les anthropologues gauchistes en font des tonnes pour éviter de
dire quoi que ce soit des peuples primitifs qui pourrait éventuellement être
interprété comme négatif. Ils veulent remplacer le mot "primitif" par
"sans écriture". Ils semblent presque paranoïdes sur tout ce qui
pourrait suggérer que quelque culture primitive que ce soit soit inférieure à
la nôtre. (Ceci n'implique pas que nous pensions que les cultures primitives
SONT inférieures à la nôtre. Nous soulignons simplement l'hypersensibilité des
anthropologues gauchistes.)
12. Ceux qui sont les plus sensibles à la
terminologie "politiquement incorrecte" ne sont pas l'habitant moyen
des ghettos noirs, l'immigrant asiatique, la femme maltraitée ou l'invalide,
mais une minorité d'activistes, dont beaucoup n'appartiennent même à aucun
groupe "opprimé", mais viennent des strates privilégiées de la
société. Le politiquement correct a sa forteresse parmi les professeurs
d'université, qui ont un emploi stable avec un salaire confortable et dont la
majorité sont des hommes blancs hétérosexuels issus de familles bourgeoises.
13. Beaucoup de gauchistes s'identifient
fortement avec les problèmes des groupes qui ont pour image d'être faibles (les
femmes), vaincus (les Indiens d'Amérique), repoussants (les homosexuels), ou
inférieurs d'une autre façon. Les gauchistes eux-mêmes estiment que ces groupes
sont inférieurs. Ils ne s'avoueraient jamais qu'ils ont de tels sentiments,
mais c'est précisément parce qu'ils voient ces groupes comme inférieurs qu'ils
s'identifient avec leurs problèmes. (Nous ne suggérons pas que les femmes, les
Indiens, etc, SOIENT inférieurs; nous pointons seulement un caractère de la
psychologie gauchiste).
14. Les féministes tiennent désespérément
à prouver que les femmes sont aussi fortes et aussi capables que les hommes.
Clairement ils sont harcelés par la crainte que les femmes puissent ne pas être
aussi fortes et aussi capables que des hommes.
15. Les gauchistes ont tendance à détester
tout ce qui a pour image d'être fort, bon et couronné de succès. Ils détestent
l'Amérique, ils détestent la civilisation Occidentale, ils détestent les mâles
blancs, ils détestent la rationalité. Les raisons que les gauchistes donnent de
leur haine de l'Occident, etc, ne correspondent clairement pas avec leurs
motifs réels. Ils DISENT qu'ils détestent l'Ouest parce qu'il est guerrier,
impérialiste, sexiste, ethnocentrique et ainsi de suite, mais si ces mêmes
travers apparaissent dans des pays socialistes ou dans des cultures primitives,
le gauchiste leur trouve des excuses, ou au mieux il admet À CONTRECOEUR
qu'ils existent; tandis qu'il souligne AVEC ENTHOUSIASME (et souvent exagère
énormément ) ces fautes là où elles apparaissent dans la civilisation Occidentale.
Ainsi il est clair que ces fautes ne sont pas le motif réel du gauchiste pour
détester l'Amérique et l'Occident. Il déteste l'Amérique et l'Occident parce
qu'ils sont forts et qu'ils réussissent.
16. Les mots comme "confiance en
soi", "indépendance", "initiative",
"entreprise", "optimisme", etc, n'ont que peu de place dans
le vocabulaire libéral et gauchiste. Le gauchiste est anti-individualiste,
pro-collectiviste. Il veut que la société résolve les besoins de chacun à sa
place, s'occupe de lui. Ce n'est pas le genre de personne qui a une confiance
intérieure en sa propre capacité à résoudre ses propres problèmes et à
satisfaire ses propres besoins. Le gauchiste est opposé au concept de
compétition parce que, au fond de lui, il se voit comme un perdant.
17. Les formes d'art qui plaisent aux
intellectuels gauchistes modernes ont tendance à se concentrer sur le sordide,
la défaite et le désespoir, ou bien ils prennent une tonalité orgiaque,
rejetant tout contrôle rationnel comme s'il n'y avait aucun espoir d'accomplir
quoi que ce soit par le calcul raisonnable et que tout ce qui restait était de
s'immerger dans les sensations du moment.
18. Les philosophes gauchistes modernes
ont tendance à écarter la raison, la science, la réalité objective et à
insister que tout est culturellement relatif. Il est vrai que l'on peut
sérieusement s'interroger sur les fondements de la connaissance scientifique et
sur la façon de définir, si toutefois c'est faisable, le concept de réalité
objective. Mais il est évident que les philosophes gauchistes modernes ne sont
pas simplement des logiciens imperturbables analysant systématiquement les
fondements de la connaissance. Ils sont profondément impliqués émotionnellement
dans leur attaque de la vérité et de la réalité. Ils attaquent ces concepts à
cause de leurs propres besoins psychologiques. D'une part, leur attaque est un
exutoire pour l'hostilité et, dans la mesure où il est couronné de succès, il
satisfait leur recherche de puissance. Ce qui est plus important, le gauchiste
déteste la science et la rationalité parce qu'elles classifient certaines
croyances comme vraies (c'est-à-dire, fructueuses, supérieures) et d'autres
croyances comme fausses (c'est-à-dire des échecs, inférieures). Le sentiment
d'infériorité du gauchiste est si profond qu'il ne peut pas tolérer de
classification de certaines choses comme fructueuses ou supérieures et d'autres
comme ratées ou inférieures. C'est aussi à la base du rejet par beaucoup de
gauchistes du concept de maladie mentale et de l'utilité des tests de quotient
intellectuel. Les gauchistes sont opposés aux explications génétiques des
capacités ou comportements humains parce que ces explications ont tendance à
faire apparaître certaines personnes comme supérieures ou inférieures à
d'autres. Les gauchistes préfèrent donner à la société le crédit ou le blâme
pour les capacités d'un individu ou leur absence de capacités. Ainsi si une
personne est "inférieure" ce n'est pas sa faute, mais celle de la
société, parce qu'il n'a pas été élevé correctement.
19. Le gauchiste n'est pas typiquement le
genre de personne dont le sentiment d'infériorité fait un vantard, un égotiste,
un voyou, un promoteur de soi, un concurrent impitoyable. Ce genre de personne
n'a pas complètement perdu toute foi en soi. Il a un déficit dans son sentiment
de puissance et de valeur personnelle, mais il peut toujours se concevoir comme
ayant la capacité d'être fort et ses efforts pour se montrer fort produisent
son comportement désagréable [1]. Mais le gauchiste est au delà de cela. Son
sentiment d'infériorité est si enraciné qu'il ne peut pas se concevoir comme
individuellement fort et de valeur. De là le collectivisme du gauchiste. Il
peut se sentir fort seulement en tant que membre d'une grande organisation ou
d'un mouvement de masse avec lequel il s'identifie.
20. Remarquons la tendance masochiste des
tactiques gauchistes. Les gauchistes protestent en se couchant devant les
véhicules, ils provoquent intentionnellement les violences de la police ou des
racistes, etc. Ces tactiques peuvent souvent être efficace, mais beaucoup de
gauchistes les utilisent non comme un moyen vers une fin, mais parce qu'ils
PRÉFÈRENT les tactiques masochistes. La haine de soi est un trait gauchiste.
21. Les gauchistes peuvent prétendre que
leur activisme est motivé par la compassion ou par des principes moraux et les
principes moraux jouent vraiment un rôle pour le gauchiste du type
sursocialisé. Mais la compassion et les principes moraux ne peuvent pas être
les motifs principaux de l'activisme gauchiste. L'hostilité est un composant
trop saillant du comportement gauchiste; comme l'est la recherche du pouvoir.
De plus, beaucoup de comportement gauchistes ne sont pas rationnellement
calculés pour être avantageux pour les gens que les gauchistes prétendent
essayer d'aider. Par exemple, si on croit que la discrimination positive est
bonne pour les noirs, cela a-t-il un sens d'exiger une discrimination positive
en termes hostiles ou dogmatiques ? Évidemment il serait plus productif de
prendre une approche diplomatique et conciliante qui ferait des concessions au
moins verbales et symboliques aux blancs qui pensent que la discrimination
positive est une discrimination contre eux. Mais les activistes gauchistes ne
prennent pas cette approche parce qu'elle ne satisferait pas leurs besoins
émotionnels. Aider les noirs n'est pas leur but réel. Au contraire, les
problèmes raciaux leur servent d'excuse pour exprimer leur propre hostilité et leur
besoin frustré de puissance. De cette manière ils nuisent en réalité aux noirs,
parce que l'attitude hostile des activistes envers la majorité blanche a
tendance à intensifier la haine raciale.
22. Si notre société n'avait aucun
problème social du tout, les gauchistes devraient INVENTER des problèmes pour
se donner une excuse pour faire des histoires.
23. Nous soulignons que ce qui précède ne
prétend pas être une description précise de quiconque pourrait être considéré
comme gauchiste. C'est seulement une indication sommaire d'une tendance
générale du gauchisme.
SURSOCIALISATION
24. Les psychologues utilisent le terme
"socialisation" pour désigner le processus par lequel les enfants
sont formés à penser et agir comme la société l'exige. On dit qu'une personne
est bien socialisée si elle croit et obéit au code moral de sa société et
s'insère bien comme un rouage de cette société. Il peut sembler insensé de dire
que beaucoup de gauchistes sont sur-socialisés, puisque le gauchiste est perçu
comme un rebelle. Néanmoins, la position peut être défendue. Beaucoup de
gauchistes ne sont pas aussi rebelles qu'ils le semblent.
25. Le code moral de notre société est si
exigeant que personne ne peut penser, ressentir et agir d'une façon
complètement morale. Par exemple, nous sommes censés ne haïr personne,
cependant à peu près tout le monde déteste quelqu'un à un moment ou un autre,
qu'il se l'avoue ou non. Certaines personnes sont si fortement socialisées que
l'effort pour penser, pour ressentir et agir moralement leur impose un fardeau
sévère. Pour éviter le sentiment de culpabilité, ils doivent continuellement se
mentir sur leurs motifs et trouver des explications morales à des sentiments et
des actions qui ont en réalité une origine non-morale. Nous utilisons le terme
"sursocialisé" pour décrire ces gens. [2]
26. La sursocialisation peut mener à une
mauvaise opinion de soi, un sentiment d'impuissance, au défaitisme, à la
culpabilité, etc. Un des moyens les plus importants par lesquels notre société
socialise les enfants est de leur faire honte de comportement ou de discours
contraires aux attentes de la société. Si on en fait trop, ou si un enfant
particulier est spécialement susceptible à de tels sentiments, il finit par
avoir honte de LUI-MÊME. De plus la pensée et le comportement de la personne
sursocialisée sont plus limités par les attentes de la société que ceux de la
personne faiblement socialisée. La majorité des gens s'engage dans une quantité
significative de mauvais comportements. Ils mentent, ils commettent de petits
vols, ils violent le code de la route, ils tirent au flanc au travail, ils
détestent quelqu'un, ils disent des choses rancunières ou ils font des
sournoiseries pour passer devant un autre. La personne sursocialisée ne peut
pas faire ces choses, ou si elle les fait elle éprouve de la honte et de la
haine de soi. La personne sursocialisée ne peut même pas éprouver, sans
culpabilité, des pensées ou des sentiments qui sont contraire à la morale
acceptée; elle ne peut pas avoir des pensées "malpropres". Et la
socialisation n'est pas seulement une question de morale; nous sommes
socialisés pour nous conformer à beaucoup de normes de comportement qui ne
relèvent pas de la morale. Ainsi la personne sursocialisée est tenue par une
laisse psychologique et passe sa vie sur des rails que la société a fixés pour
elle. Chez beaucoup de personnes sursocialisées ceci se traduit par un
sentiment de contrainte et d'impuissance qui peut être une souffrance sévère.
Nous suggérons que la sursocialisation est parmi les plus sérieuses cruautés
que les êtres humains infligent à d'autres.
27. Nous soutenons qu'un segment très
important et influent de la gauche moderne est sursocialisé et que leur
sursocialisation est très importante dans la détermination de la direction du
gauchisme moderne. Les gauchistes du type sursocialisé ont tendance à être des
intellectuels ou des membres de la bourgeoisie. Remarquez que les
universitaires [3] constituent le segment le plus fortement
socialisé de notre société et aussi le segment le plus à gauche.
28. Le gauchiste du type sursocialisé
essaye d'enlever sa laisse psychologique et d'affirmer son autonomie en se
rebellant. Mais il n'est ordinairement pas assez fort pour se rebeller contre
les valeurs les plus fondamentales de la société. En général, les buts des
gauchistes d'aujourd'hui ne sont PAS en conflit avec la morale acceptée. Au
contraire, le gauchiste prend un principe moral accepté, l'adopte comme sien et
accuse ensuite la société de violer ce principe. Exemples : l'égalité
raciale, l'égalité des sexes, aider les pauvres, la paix par opposition à la
guerre, la non-violence en général, la liberté d'expression, la bonté envers
les animaux. Plus fondamentalement, le devoir qu'a l'individu de servir la
société et le devoir qu'a la société de s'occuper de l'individu. Tout ceci sont
des valeurs profondément enracinées dans notre société (ou au moins sa
bourgeoisie [4]) depuis longtemps. Ces valeurs sont
explicitement ou implicitement exprimées ou présupposées dans la plus grande
part de ce qui nous est présenté par les médias grand public et le système
éducatif. Les gauchistes, particulièrement ceux du type sursocialisé, ne se
rebellent normalement pas contre ces principes, mais justifient leur hostilité
à la société en assurant (avec un certain degré de vérité) que la société ne
vit pas en accord avec ces principes.
29. Voici une illustration de la façon
dont le gauchiste sursocialisé montre son véritable attachement aux attitudes
conventionnelles de notre société en prétendant être en rébellion contre elle.
Beaucoup de gauchistes militent pour la discrimination positive, pour placer
des noirs à des postes prestigieux, pour une meilleure éducation dans les
écoles noires et plus d'argent pour ces écoles; ils considèrent le mode de vie
du "sous-prolétariat" noir comme un déshonneur social. Ils veulent
intégrer l'homme noir dans le système, en faire un cadre d'entreprise, un
avocat, un scientifique tout comme les bourgeois blancs. Les gauchistes
répondront que la dernière chose qu'ils veulent est de faire de l'homme noir
une copie du Blanc; au contraire, ils veulent préserver la culture Noire
américaine. Mais en quoi consiste cette conservation de la culture Noire
américaine ? Cela peut difficilement consister en quoi que ce soit de plus
que manger black, écouter de la musique black, porter des vêtements black et
aller à une église ou une mosquée black. Autrement dit, cela peut s'exprimer
seulement dans des questions superficielles. Dans tout les aspects ESSENTIELS
les gauchistes du type sursocialisé veulent voir l'homme noir se conformer aux
idéaux bourgeois blancs. Ils veulent le faire étudier des sujets techniques,
devenir un cadre ou un scientifique, passer sa vie à monter l'échelle sociale
pour prouver que les noirs sont aussi bons que les blancs. Ils veulent rendre
les pères noirs "responsables". Ils veulent que les gangs noirs
deviennent non violents, etc. Mais ce sont exactement là les valeurs du système
industrialo-technologique. Le système se moque du genre de musique qu'un homme
écoute, du genre de vêtements qu'il porte ou à quelle religion il croit tant
qu'il étudie à l'école, a un travail respectable, monte l'échelle sociale, est
un parent "responsable", est non violent et ainsi de suite. En fait,
quelles que soient ses dénégations, le gauchiste sursocialisé veut intégrer
l'homme noir dans le système et lui faire adopter ses valeurs.
30. Nous ne prétendons certainement pas
que les gauchistes, même du type sursocialisé, ne se rebellent JAMAIS contre
les valeurs fondamentales de notre société. Clairement ils le font parfois .
Quelques gauchistes sursocialisés se sont tellement rebellés contre un des
principes les plus importants de la société moderne qu'ils se sont engagés dans
la violence physique. De leur propre aveu, la violence est pour eux une forme
de "libération". Autrement dit, en commettant des violences ils
passent à travers les contraintes psychologiques qui leur ont été inculquées.
Parce qu'ils sont sursocialisés ces contraintes les ont plus restraints que
d'autres; d'où leur besoin de s'en libérer. Mais ils justifient ordinairement
leur rébellion en termes de valeurs dominantes. S'ils s'engagent dans la
violence ils revendiquent se battre contre le racisme ou quelque chose
d'équivalent.
31. Nous nous rendons compte que beaucoup
d'objections pourraient être soulevées contre le croquis sommaire qui précéde
sur la psychologie gauchiste. La situation réelle est complexe et s'approcher
d'une description complète de ce sujet prendrait plusieurs volumes même si les
données nécessaires étaient disponibles. Nous revendiquons seulement avoir
indiqué très grossièrement les deux tendances les plus importantes dans la
psychologie du gauchisme moderne.
32. Les problèmes du gauchiste sont
indicatifs des problèmes de notre société dans son ensemble. Le manque d'amour
propre, les tendances dépressives et le défaitisme ne sont pas limités à la
gauche. Bien qu'ils soient particulièrement remarquables dans la gauche, ils
sont répandus dans notre société. Et la société d'aujourd'hui essaye de nous
socialiser dans une mesure plus grande que n'importe quelle société précédente.
Les experts nous disent même comment manger, comment faire de l'exercice,
comment faire l'amour, comment élever nos gosses et ainsi de suite.
PROCESSUS DE
POUVOIR
33. Les humains ont un besoin (probablement
biologique) de quelque chose que nous appellerons "le processus de
pouvoir". C'est en relation étroite avec le besoin de pouvoir (qui est
largement reconnu) mais ce n'est pas tout à fait la même chose. Le processus de
pouvoir comporte quatre éléments. Nous appelons les trois les plus nettement
définis le but, l'effort et l'atteinte du but. (Chacun a besoin de buts dont
l'atteinte exige un effort et a besoin de réussir dans la réalisation d'au
moins certains de ses buts). Le quatrième élément est plus difficile à définir
et n'est peut être pas nécessaire pour chacun. Nous l'appelons l'autonomie et
le discuterons plus tard (paragraphes 42-44).
34. Considérons le cas hypothétique d'un
homme qui pourrait avoir tout ce qu'il veut juste en le souhaitant. Un tel
homme a le pouvoir, mais il développera de sérieux problèmes psychologiques.
D'abord il s'amusera beaucoup, mais bientôt il s'ennuiera intensément et sera
démoralisé. Finalement il peut devenir cliniquement dépressif. L'histoire
montre que les aristocraties inactives ont tendance à devenir décadentes. Ce
n'est pas vrai des aristocraties agressives qui doivent lutter pour maintenir
leur pouvoir. Mais les aristocraties inactives, sans inquiétude, qui n'ont
aucun besoin de se manifester deviennent habituellement ennuyées, hédonistes et
démoralisées, bien qu'elles aient le pouvoir. Cela montre que le pouvoir ne
suffit pas. Il faut avoir des buts vers lesquels exercer son pouvoir.
35. Chacun a des buts; au minimum obtenir
les nécessités physiques de la vie : l'alimentation, l'eau et les
vêtements et l'abri que le climat rend nécessaires. Mais l'aristocrate inactif
obtient ces choses sans effort. De là son ennui et sa démoralisation.
36. Le non accomplissement de buts
importants aboutit à la mort si les buts sont des nécessités physiques et à la
frustration si le non accomplissement des buts est compatible avec la survie.
L'échec systématique à atteindre ses buts tout au long de la vie aboutit au
défaitisme, à une mauvaise opinion de soi ou à la dépression.
37. Ainsi, pour éviter des problèmes
psychologiques sérieux, un être humain a besoin de buts dont l'accomplissement
exige un effort et il doit avoir un taux raisonnable de succès dans la
réalisation de ses buts.
ACTIVITÉS DE
SUBSTITUTION
38. Mais tous les aristocrates inactif ne
deviennent pas ennuyés et démoralisés. Par exemple, l'empereur Hirohito, au
lieu de s'enfoncer dans l'hédonisme décadent, s'est consacré à la biologie
marine, un domaine dans lequel il est devenu une sommité. Quand les gens n'ont
pas besoin de se donner du mal pour satisfaire leurs besoins physiques ils se
donnent souvent des buts artificiels. Dans de nombreux cas ils poursuivent
alors ces buts avec la même énergie et le même engagement émotionnel qu'ils
auraient autrement mis dans la recherche des nécessités physiques. Ainsi les
aristocrates de l'Empire Romain avaient leur prétentions littéraire; beaucoup
d'aristocrates européens d'il y a quelques siècles investissaient un temps et
une énergie énorme dans la chasse, bien qu'ils n'avaient certainement pas
besoin de toute cette viande; d'autres aristocraties ont rivalisé de statut par
l'affichage complexe de richesses; et quelques aristocrates, comme Hirohito, se
sont tournés vers la science.
39. Nous utilisons le terme "activité
de substitution" pour désigner une activité qui est dirigée vers un but
artificiel que les gens se donnent simplement pour y travailler, ou disons,
simplement pour "l'accomplissement" qu'ils trouvent à poursuivre ce
but. Voici un principe de base pour l'identification d'activités de
substitution. Étant donné une personne qui consacre beaucoup de temps et
d'énergie à la poursuite d'un but X, demandez vous ceci : s'il devait
consacrer la plus grande partie de son temps et de son énergie à la
satisfaction de ses besoins biologiques et si cet effort lui demandait
d'utiliser ses capacités physiques et mentales d'une façon variée et
intéressante, se sentirait-il sérieusement privé parce qu'il n'a pas atteint le
but X ? Si la réponse est non, alors la poursuite du but X par cette
personne est une activité de substitution. Les études d'Hirohito en biologie
marine constituaient clairement une activité de substitution, car il est à peu
près certain que si Hirohito avait dû passer son temps sur des tâches
non-scientifiques intéressantes pour obtenir les nécessités de la vie, il ne se
serait pas senti privé de ne pas tout connaître de l'anatomie et des cycles de
vie des animaux marins. D'un autre côté la poursuite du sexe et de l'amour
n'est par exemple pas une activité de substitution, parce que la plupart des
gens, même si leur existence était satisfaisante par ailleurs, se sentiraient
privées si elles passaient leur vie sans jamais avoir un rapport avec un membre
du sexe opposé. (Mais la poursuite d'une quantité excessive de sexe, de plus
qu'on n'en a vraiment besoin, peut être une activité de substitution).
40. Dans la société industrielle moderne
seul un effort minimal est nécessaire pour satisfaire ses besoins physiques. Il
suffit de suivre une formation pour acquérir une petite compétence technique,
et ensuite de venir travailler à l'heure et de se dépenser très modestement
pour gagner sa vie. Les seuls pré-requis sont un niveau modéré d'intelligence
et surtout, la simple OBÉISSANCE. Si vous les avez, la société s'occupe de vous
du berceau à la tombe. (Oui, il y a un sous-prolétariat qui ne peut pas
considérer que les nécessités physiques sont assurées, mais nous parlons ici de
société dans son ensemble). Ainsi il n'est pas surprenant que la société
moderne soit pleine d'activités de substitution. Celles-ci incluent le travail
scientifique, l'accomplissement sportif, le travail humanitaire, la création
artistique et littéraire, grimper l'échelle hiérarchique, l'acquisition
d'argent et de biens matériels très au-delà du point auquel ils cessent de
donner aucune satisfaction physique complémentaire et l'activisme social quand
il adresse des questions qui ne sont pas importantes pour l'activiste personnellement,
comme dans le cas des activistes blancs qui travaillent pour les droits de
minorités non blanches. Ce ne sont pas toujours de pures activités de
substitution, car pour beaucoup de gens elles peuvent être motivées en partie
par des besoins autres que le besoin d'avoir un certain but à poursuivre. Le
travail scientifique peut être motivé en partie par la recherche du prestige,
la création artistique par un besoin d'exprimer ses sentiments, l'activisme
social militant par l'hostilité. Mais pour la plupart des gens qui les
poursuivent, ces activités sont en grande mesure des activités de substitution.
Par exemple, la majorité de scientifiques reconnaîtra probablement que
"l'accomplissement" qu'ils tirent de leur travail est plus important
que l'argent et le prestige qu'ils gagnent.
41. Pour beaucoup sinon la plupart des
gens, les activités de substitution sont moins satisfaisantes que la poursuite
de buts réels (c'est-à-dire des buts que les gens voudraient atteindre même si
leur besoin du processus de pouvoir était déjà accompli). Une indication en est
le fait que, dans beaucoup ou la plupart des cas, les gens qui sont
profondément impliqué dans des activités de substitution ne sont pas
satisfaits, jamais au repos. Ainsi l'amasseur d'argent lutte constamment pour
de plus en plus de richesses. Le scientifique a à peine résolu un problème
qu'il passe au suivant. Le coureur de fond s'entraîne pour courir toujours plus
loin et plus vite. Beaucoup de personnes qui poursuivent des activités de
substitution diront qu'ils obtiennent beaucoup plus de satisfactions dans ces
activités que dans la question "terre à terre" de satisfaire leurs
besoins biologiques, mais c'est parce que dans notre société l'effort
nécessaire pour satisfaire ses besoins biologiques a été réduit à une
bagatelle. Ce qui est plus important, dans notre société les gens ne satisfont
pas leurs besoins biologiques de façon AUTONOME, mais en fonctionnant comme les
parties d'une machine sociale immense. Au contraire, les gens ont généralement
beaucoup d'autonomie dans la poursuite de leurs activités de substitution.
AUTONOMIE
43. Il est vrai que certains individus
semblent avoir peu de besoin d'autonomie. Soit leur attirance pour le pouvoir
est faible ou ils la satisfont en s'identifiant avec une organisation puissante
à laquelle ils appartiennent. Et ensuite il y a les types irréfléchis, animaux
qui semblent être satisfaits par une sensation purement physique de pouvoir (le
bon soldat de combat, qui trouve son sens du pouvoir en développant des
compétences de combat qu'il est très heureux d'utiliser en obéissance aveugle à
ses supérieurs).
44. Mais pour la plupart des gens c'est
par le processus de pouvoir -avoir un but, faire un effort AUTONOME et
atteindre le but - que le respect de soi, la confiance en soi et le sens du
pouvoir sont acquis. Quand on n'a pas d'occasion adéquate d'accomplir le
processus de pouvoir les conséquences en sont (suivant l'individu et la façon
dont le processus de pouvoir est perturbé) l'ennui, la démoralisation, la
mauvaise opinion de soi, le sentiment d'infériorité, le défaitisme, la
dépression, l'inquiétude, la culpabilité, la frustration, l'hostilité, les
mauvais traitements au conjoint ou aux enfants, l'hédonisme insatiable, le
comportement sexuel anormal, les troubles du sommeil, les désordres
alimentaires, etc [6].
SOURCES DES
PROBLÈMES SOCIAUX
45. N'importe lequel des symptômes
précédents peut se présenter dans n'importe quelle société, mais dans la
société industrielle moderne ils sont présents à une échelle massive. Nous ne
sommes pas les premiers à mentionner que le monde semble aujourd'hui devenir
fou. Ce genre de choses n'est pas normal pour les sociétés humaines. Il y a de
bonnes raisons de croire que l'homme primitif subissait moins de stress et de
frustrations et était plus satisfait de son mode de vie que l'homme moderne. Il
est vrai que tout n'était pas douceur et lumière dans les sociétés primitives.
Les violences envers les femmes sont communes parmi les aborigènes australiens,
la transexualité était assez commune parmi certaines des tribus indiennes
américaines. Mais il apparaît vraiment qu'EN GÉNÉRAL les types de problèmes que
nous avons listés dans le paragraphe précédent étaient beaucoup moins communs
parmi les peuples primitifs qu'ils ne le sont dans la société moderne.
46. Nous attribuons les problèmes sociaux
et psychologiques de la société moderne au fait que que la société exige que
les gens vivent dans des conditions radicalement différentes de celles dans
lesquelles la race humaine s'est développée et se comportent de façons qui sont
en conflit avec les modèles de comportement que la race humaine a développés en
vivant dans les conditions précédentes. Il apparaît clairement de ce que nous
avons déjà écrit que nous considérons le manque d'occasion de faire
correctement l'expérience du processus de pouvoir comme la plus importante des
conditions anormales auxquelles la société moderne soumet les gens. Mais ce
n'est pas la seule. Avant de traiter de la perturbation du processus de pouvoir
comme une source de problèmes sociaux nous discuterons quelques autres sources.
47. Parmi les conditions anormales
présentes dans la société industrielle moderne il y a la densité excessive de
population, l'isolement de l'homme de la nature, la rapidité excessive du
changement social et l'effondrement des communautés naturelles à petite échelle
comme la famille étendue, le village ou la tribu.
48. Il est bien connu que l'entassement
augmente le stress et l'agression. Le degré d'entassement qui existe
aujourd'hui et l'isolement de l'homme de la nature sont les conséquences du
progrès technique. Toutes les sociétés préindustrielles étaient principalement
rurales.
49. Pour les sociétés primitives le monde
naturel (qui ne change d'habitude que lentement) fournissait une structure
stable et donc une sensation de sécurité. Dans le monde moderne c'est la
société humaine qui domine la nature plutôt que le contraire et la société moderne
change très rapidement par suite du changement technologique. Ainsi il n'y a
aucune structure stable.
50. Les conservateurs sont des
imbéciles : Ils geignent sur la décrépitude des valeurs traditionnelles,
et cependant ils encouragent avec enthousiasme le progrès technique et la
croissance économique. Apparemment il ne leur arrive jamais de penser que vous
ne pouvez pas faire des changements rapides, radicaux de la technologie et de
l'économie d'une société sans causer aussi des changements rapides de tous les
autres aspects de la société et que ces changements rapides détruisent
inévitablement les valeurs traditionnelles.
52. Supposons qu'un fonctionnaire public
ou un cadre de société nomme son cousin, son ami ou son coreligionnaire à une
position plutôt que de nommer la personne la plus qualifiée pour le poste. Il a
permis à la loyauté personnelle de remplacer sa loyauté au système et c'est du
"népotisme" ou de la "discrimination", qui sont tous deux
des péchés épouvantables dans la société moderne. Les sociétés potentiellement
industrielles qui ne sont pas arrivées à subordonner les loyautés personnelles
ou locales à la loyauté au système sont ordinairement très inefficaces. (Voyez
l'Amérique Latine.) Ainsi une société industrielle avancée ne peut tolérer que
les communautés à petite échelle émasculées, apprivoisées et transformées en
outils du système. [7]
53. La surpopulation, le changement rapide
et l'effondrement des communautés ont été largement reconnus comme des sources
de problèmes sociaux. Mais nous ne croyons pas qu'ils soient suffisants pour
justifier l'étendue des problèmes que l'on observe aujourd'hui.
54. Quelques villes préindustrielles
étaient très grandes et peuplées, cependant leurs habitants ne semblent pas
avoir souffert de problèmes psychologiques du même niveau que l'homme moderne.
En Amérique aujourd'hui il y a encore des secteurs ruraux peu peuplés et nous y
trouvons les mêmes problèmes que dans les zones urbaines, quoique ces problèmes
tendent à être moins aigus dans les secteurs ruraux. Ainsi l'entassement ne
semble pas être le facteur décisif.
55. Sur les territoires en croissance de
la frontière américaine pendant le 19ème siècle, la mobilité de la
population a probablement éclaté des familles étendues et des groupes sociaux à
petite échelle au moins dans la même mesure qu'aujourd'hui. En fait, beaucoup
de familles nucléaires ont vécu par choix dans un isolement tel, n'ayant aucun
voisin à moins de plusieurs milles, qu'ils n'appartenaient à aucune communauté,
et cependant ils ne semblent pas avoir développé de problèmes associés.
56. En outre, le changement dans la
société de la frontière américaine était très rapide et profond. Un homme
pouvait naître et être élevé dans une cabane en bois, hors de portée de l'ordre
public et nourri en grande partie de viande sauvage; et, arrivé à la vieillesse,
avoir un travail régulier et vivre dans une communauté soumise à une police
efficace. C'était un changement plus profond que celui qui arrive typiquement
dans la vie d'un individu moderne, et pourtant cela ne semble pas avoir
entraîné de problèmes psychologiques. En fait, la société américaine du 19ème
siècle avait une tonalité optimiste et pleine d'assurance, très différente de
celle de la société d'aujourd'hui. [8]
57. La différence, argumentons nous, est
que l'homme moderne a le sentiment (en grande partie justifiée) que le
changement lui est IMPOSÉ, tandis que l'habitant de la frontière au 19ème
siècle avait le sentiment (aussi en grande partie justifié) que c'est lui qui
créait le changement, par son choix propre. Par exemple un pionnier
s'installait sur un morceau de terre de son choix et en faisait une ferme par
son propre effort. À cette époque un comté entier pouvait avoir seulement deux
ou trois cents habitants et était une entité beaucoup plus isolée et autonome
qu'un comté moderne. Ainsi le fermier pionnier participait comme membre d'un
groupe relativement petit à la création d'une nouvelle communauté ordonnée. On
peut bien mettre en doute le fait que la création de cette communauté était une
amélioration, mais en tout cas elle satisfaisait le besoin de processus de
pouvoir du pionnier.
58. Il serait possible de donner d'autres
exemples de sociétés dans lesquelles il y a eu un changement rapide, avec ou
sans liens communautaires serrés, sans qu'il y ait la sorte d'aberration
comportementale massive que l'on voit dans la société industrielle
d'aujourd'hui. Nous affirmons que la cause la plus importante des problèmes
sociaux et psychologiques de la société moderne est le fait que les gens ont
des occasions insuffisantes d'accomplir d'une façon normale le processus de
pouvoir. Nous ne voulons pas dire que la société moderne est la seule dans
laquelle le processus de pouvoir a été perturbé. La plupart sinon toutes les sociétés
civilisées ont probablement interféré avec le processus de pouvoir dans une
plus ou moins grande mesure. Mais dans la société industrielle moderne le
problème est devenu particulièrement aigu. Le gauchisme, au moins dans sa forme
récente (deuxième moitié du 20ème siècle), est en partie un symptôme
de privation du processus de pouvoir.
PERTURBATION
DU PROCESSUS DE POUVOIR DANS
59. Nous divisons les motivations humaines
en trois groupes : (1) les motivations qui peuvent être satisfaites par un
l'effort minimal; (2) celles qui peuvent être satisfaites, mais seulement au
prix d'un sérieux effort; (3) celles qui ne peuvent pas être correctement
satisfaites quel que soit l'effort qu'on fait. Le processus de pouvoir est le
processus de satisfaction des motivations du deuxième groupe. Plus il y a de
motivations dans le troisième groupe, plus il y a de frustration, de colère,
finalement de défaitisme, de dépression, etc.
60. Dans la société industrielle moderne
les motivations naturelles humaines ont tendance à être refoulées dans les
premier et troisième groupes et le deuxième groupe a tendance à consister de
plus en plus en motivations artificiellement créées.
61. Dans les sociétés primitives, les
nécessités physiques tombent généralement dans le groupe 2 : on peut les
obtenir, mais seulement au prix d'un sérieux effort. Mais la société moderne a
tendance à garantir les nécessités physiques à chacun [9] en échange d'un effort seulement minime, par là
les besoins physiques sont repoussés dans le groupe 1. (On peut ne pas être
d'accord sur le fait que l'effort nécessaire pour un travail est
"minime"; mais d'habitude, dans les niveaux d'emplois bas à moyens,
le plus gros de l'effort qui est exigé est simplement celui d'obéissance. Vous
êtes assis ou debout où on vous dit d'être assis ou debout et faites ce que
l'on vous dit de faire de la façon qu'on vous dit de le faire. Vous devez
rarement vous dépenser sérieusement et en tout cas vous n'avez pratiquement pas
d'autonomie dans le travail, ce qui fait que le besoin du processus de pouvoir
n'est pas bien accompli).
62. Les besoins sociaux, comme le sexe,
l'amour et le statut, restent souvent dans le groupe 2 dans la société moderne,
selon la situation de l'individu [10]. Mais, à part les gens qui ont une motivation
particulièrement forte pour le statut, l'effort requis pour accomplir les motivations
sociales est insuffisant pour satisfaire correctement le besoin du processus de
pouvoir.
63. Donc des besoins artificiels ont été
créés qui tombent dans le groupe 2, et par là servent le besoin du processus de
pouvoir. On a inventé la publicité et le marketing qui font beaucoup de gens
penser qu'ils ont besoin de choses que leurs grands-parents n'ont jamais
désirées ou même rêvées. Cela demande de sérieux efforts pour gagner assez
d'argent pour satisfaire ces besoins artificiels, par là ils tombent dans le
groupe 2. (Mais voyez les paragraphes 80-82). L'homme moderne doit satisfaire son besoin
du processus de pouvoir en grande partie par la poursuite des besoins artificiels
créés par la publicité et l'industrie du marketing [11] et par des activités de substitution.
64. Il semble que pour beaucoup de
personnes, peut-être la majorité, ces formes artificielles du processus de
pouvoir soient insuffisantes. Un thème qui apparaît de façon répétée dans les
oeuvres des critiques sociaux de la deuxième moitié du 20ème siècle
est le sentiment d'irrésolution qui touche beaucoup de gens dans la société
moderne. (Cette irrésolution est souvent appelée par d'autres noms comme
"anomie" ou "vacuité bourgeoise"). Nous suggérons que la
soit-disant "crise d'identité" soit en réalité une recherche de
motivation, souvent pour s'engager dans une activité de substitution
appropriée. Il se peut que l'existentialisme soit en grande mesure une réponse
à l'irrésolution de la vie moderne [12]. La recherche de "l'accomplissement"
est très répandue dans la société moderne. Mais nous pensons que pour la
majorité des gens une activité dont le but principal est l'accomplissement
(c'est-à-dire une activité de substitution) n'apporte pas un accomplissement
complètement satisfaisant. Autrement dit, elle ne satisfait pas entièrement le
besoin du processus de pouvoir. (Voir le paragraphe 41). Ce besoin ne peut être entièrement satisfait
que par les activités qui ont un but externe, comme des nécessités physiques,
le sexe, l'amour, le statut, la vengeance, etc.
65. De plus, là où les buts sont
poursuivis en gagnant de l'argent, par la promotion sociale ou une autre façon
de fonctionner comme partie du système, la plupart des gens ne sont pas en
position de poursuivre leurs buts de manière AUTONOME. La plupart des ouvriers
sont employés de quelqu'un d'autre et, comme nous l'avons signalé dans le
paragraphe 61, doivent passer leurs journées à faire ce qu'on
leur dit de faire de la façon qu'on leur dit de le faire. Même la plupart des
gens qui sont dans les affaires pour eux eux mêmes n'ont qu'une autonomie
limitée. C'est une plainte récurrente des petits commerçants et des
entrepreneurs qu'ils ont les mains liées par une règlementation excessive du
gouvernement. Certains de ces règlements sont indubitablement inutiles, mais,
pour la plupart, les lois gouvernementales sont des parties essentielles et
inévitables de notre société extrêmement complexe. Une grande partie du petit
commerce fonctionne aujourd'hui sur le système de franchise. Il a été indiqué
dans le "Wall Street Journal" il y a quelques années que beaucoup de
sociétés de franchise exigent des demandeurs de franchises un test de
personnalité qui est conçu pour EXCLURE ceux qui font preuve de créativité et
d'initiative, parce que ces personnes ne sont pas suffisamment dociles pour
suivre avec obéissance le système de franchise. Cela exclut du petit commerce
beaucoup des gens qui ont le plus besoin d'autonomie.
66. Aujourd'hui les gens vivent plus en
vertu ce que le système fait POUR eux ou LEUR fait qu'en vertu ce qu'ils font
pour eux mêmes. Et ce qu'ils font pour eux mêmes est fait de plus en plus
suivant des directions fixées par le système. Les occasions ont tendance à être
celles que le système fournit, les occasions doivent être exploitées en accord
avec les règles et les règlements [13] et les techniques prescrites par des experts
doivent être suivies pour qu'il y ait une chance de succès.
67. Ainsi le processus de pouvoir est
perturbé dans notre société par un manque de buts réels et un manque
d'autonomie dans la poursuite des buts. Mais il est aussi perturbé à cause de
ces motivations humaines qui tombent dans le groupe 3 : les motivations
que l'on ne peut pas correctement satisfaire quel que soit l'effort qu'on leur
consacre. Une de ces motivations est le besoin de sécurité. Nos vies dépendent
de décisions prises par d'autres gens; nous n'avons aucun contrôle de ces
décisions et ordinairement nous ne connaissons même pas les gens qui les
prennent. ("Nous vivons dans un monde dans lequel relativement peu de gens
- peut-être 500 ou 1 000 - prennent les décisions importantes" - Philip B.
Heymann de
68. On peut objecter que l'homme primitif
est physiquement moins en sécurité que l'homme moderne, comme on peut le voir
par son espérance de vie plus courte; donc l'homme moderne souffre de moins, et
non de plus que la quantité d'insécurité qui est normale pour des êtres
humains. Mais la sécurité psychologique ne correspond pas exactement avec la
sécurité physique. Ce qui nous fait nous SENTIR en sécurité n'est pas tant la
sécurité objective que le sentiment de confiance dans notre capacité à prendre
soin de nous. L'homme primitif, menacé par un animal féroce ou par la faim,
peut se battre pour se défendre ou se déplacer à la recherche de nourriture. Il
n'a aucune certitude de succès dans ces efforts, mais il n'est en aucun cas
impuissant contre les choses qui le menacent. L'individu moderne au contraire
est menacé par beaucoup de choses contre lesquelles il est impuissant; les
accidents nucléaires, les cancérigènes dans l'alimentation, la pollution environnementale,
la guerre, l'augmentation des impôts, l'invasion de sa vie privée par des
grosses organisations, les phénomènes sociaux ou économiques nationaux qui
peuvent perturber son mode de vie.
69. Il est vrai que l'homme primitif est
impuissant contre certaines des choses qui le menacent; la maladie par exemple.
Mais il peut accepter le risque de maladie stoïquement. Il fait partie de la
nature de choses, ce n'est la faute de personne, à moins que ce ne soit la
faute de quelque démon imaginaire et impersonnel. Mais ce qui menace l'individu
moderne a tendance à être SYNTHÉTIQUE. Ce n'est pas le résultat du hasard, mais
lui est IMPOSÉ par d'autres personnes dont il est incapable, en tant
qu'individu, d'influencer les décisions. Par conséquent il se sent frustré,
humilié et en colère.
70. Ainsi l'homme primitif a en grande
partie sa sécurité entre ses propres mains (en tant qu'individu ou membre d'un
PETIT groupe) tandis que la sécurité de l'homme moderne est entre les mains de
personnes ou d'organisations qui sont trop distantes ou trop grandes pour qu'il
soit personnellement capable de les influencer. Donc la motivation de l'homme
moderne pour la sécurité a tendance à tomber dans des groupes 1 et 3; dans
certains secteurs (l'alimentation, l'abri, etc) sa sécurité est assurée au prix
seulement d'un effort insignifiant, tandis que dans d'autres secteurs il NE
PEUT PAS atteindre la sécurité. (Ce qui précède simplifie énormément la
situation réelle, mais indique vraiment d'une façon grossière et générale
comment la condition de l'homme moderne diffère de celle de l'homme primitif).
71. Les gens ont beaucoup de motivations
transitoires ou impulsives qui sont nécessairement contrecarrées dans la vie
moderne, et tombent par là dans le groupe 3. On peut se mettre en colère, mais
la société moderne ne peut pas permettre de se battre. Dans beaucoup de
situations elle ne permet pas même l'agression verbale. Quand on va quelque
part on peut être pressé, ou on peut être en humeur de voyager lentement, mais
on n'a généralement pas d'autre choix que de suivre le flux du trafic et
d'obéir aux feux de circulation. On peut vouloir faire son travail d'une façon
différente, mais d'habitude on ne peut travailler que selon les règles fixées
par son employeur. De beaucoup d'autres façons encore, l'homme moderne est
ligoté par un réseau de règles et de règlements (explicites ou implicites) qui
contrecarre beaucoup de ses impulsions et se heurte ainsi au processus de
pouvoir. On ne peut pas se passer de la plupart de ces règlements , parce
qu'ils sont nécessaires au fonctionnement de la société industrielle.
72. La société moderne est par certains
aspects extrêmement permissive. Dans les questions qui sont sans rapport avec
le fonctionnement du système nous pouvons généralement faire ce qui nous plaît.
Nous pouvons croire en n'importe quelle religion (tant qu'elle n'encourage pas
de comportement dangereux pour le système). Nous pouvons coucher avec qui nous
aimons (tant que nous pratiquons "des rapports sexuels protégés").
Nous pouvons faire tout ce que nous aimons tant que c'est SANS IMPORTANCE. Mais
dans toutes les questions IMPORTANTES le système tend de plus en plus à réguler
notre comportement
73. Le comportement n'est pas seulement
régulé par des règles explicites ou par le gouvernement. Le contrôle est
souvent exercé par une contrainte indirecte ou par la pression psychologique ou
la manipulation, et par des organisations autres que le gouvernement, ou par le
système dans son ensemble. La plupart des grandes organisations utilisent une
forme ou une autre de propagande [14] pour manipuler l'attitude ou le comportement
des gens. La propagande n'est pas limitée à la publicité, et parfois elle n'est
même pas consciemment conçue comme de la propagande par les gens qui la font.
Par exemple, le contenu des programmes de divertissement est une forme
puissante de propagande. Un exemple de contrainte indirecte : il n'y a
aucune loi qui dit que nous devons aller travailler chaque jour et suivre les
ordres de notre employeur. Légalement il n'y a rien pour nous empêcher d'aller
vivre dans la nature comme les primitifs ou d'entrer nous mêmes dans les
affaires. Mais en pratique il reste très peu de terres sauvages disponibles et
il n'y a de la place dans l'économie que pour un nombre limité de petits
commerçants. Par là la plupart d'entre nous ne peuvent survivre que comme
employé de quelqu'un d'autre.
74. Nous suggérons que l'obsession pour la
longévité, et le maintien de l'énergie physique et de l'attrait sexuel jusqu'à
un âge avancé, chez l'homme moderne est un symptôme de non accomplissement
résultant d'une privation dans le processus de pouvoir. "La crise de la
quarantaine" est aussi un tel symptôme. Tout comme le manque d'intérêt à
avoir des enfants qui est assez commun dans la société moderne, mais presque
inouï dans des sociétés primitives.
75. Dans les sociétés primitive la vie est
une succession d'étapes. Les besoins et les buts d'une étape ayant été
accomplis, il n'y a aucune répugnance particulière à passer à l'étape suivante.
Un jeune homme accomplit le processus de pouvoir en devenant un chasseur,
chassant non pour le sport ou pour l'accomplissement, mais pour obtenir de la
viande qui est nécessaire pour se nourrir. (Chez les jeunes femmes le processus
est plus complexe, avec un accent plus grand sur le pouvoir social; nous ne le
discuterons pas ici.) Cette phase étant passée avec succès, le jeune homme n'a
aucune répugnance à s'installer dans les responsabilités d'élever une famille.
(Par contraste, certaines personnes modernes reportent indéfiniment d'avoir des
enfants parce qu'ils sont trop occupés à rechercher quelque
"accomplissement". Nous suggérons que l'accomplissement dont ils ont
besoin est l'expérience adéquate du processus de pouvoir - avec des buts réels
au lieu des buts artificiels d'activités de substitution). De nouveau, ayant
avec succès élevé ses enfants, et accompli le processus de pouvoir en leur
fournissant leurs nécessités physiques, l'homme primitif estime que son travail
est terminé et il est prêt à accepter la vieillesse (s'il survit jusque là) et
la mort. Beaucoup de personnes modernes, au contraire, sont gênées par la
perspective de la mort, comme on peut le voir par les efforts qu'ils font pour
essayer d'entretenir leur condition physique, leur apparence et leur santé.
Nous soutenons que c'est en raison du non accomplissement résultant du fait
qu'ils n'ont jamais utilisé leur force physique, n'ont jamais accompli le
processus de pouvoir en utilisant leur corps d'une façon sérieuse. Ce n'est pas
l'homme primitif, qui a utilisé son corps quotidiennement pour des buts
pratiques, qui craint les détériorations de l'âge, mais l'homme moderne, qui
n'a jamais eu d'utilisation pratique pour son corps au-delà de la marche de sa
voiture à sa maison. C'est l'homme dont le besoin de processus de pouvoir a été
satisfait pendant sa vie qui est le mieux préparé à accepter la fin de cette
vie.
76. En réponse aux arguments de cette
section quelqu'un dira, "
COMMENT
CERTAINES PERSONNES S'ADAPTENT
77. Tout le monde dans la société
industrialo-technologique ne souffre pas de problèmes psychologiques. Quelques
personnes prétendent même être tout à fait satisfaites de la société comme elle
est. Nous discutons maintenant certaines des raisons pour lesquelles les gens
diffèrent à ce point dans leur réponse à la société moderne.
78. D'abord, il y a sans aucun doute des
différences dans l'instinct de pouvoir. Les individus avec une attirance faible
pour le pouvoir peuvent avoir relativement peu de besoin d'accomplir le
processus de pouvoir, ou au moins un besoin relativement faible d'autonomie
dans le processus de pouvoir. Ce sont les types dociles qui auraient été
heureux comme nègres de plantation dans le Vieux Sud. (Nous ne voulons pas nous
moquer "des nègres de plantation" du Vieux Sud. À leur crédit, la
plupart des esclaves n'étaient PAS contents de leur servitude. Mais nous nous
moquons des gens qui SONT contents de la servitude.)
79. Certains peuvent avoir une motivation
exceptionnelle, dont la poursuite satisfait leur besoin du processus de
pouvoir. Par exemple, ceux qui ont une motivation exceptionnellement forte pour
le statut social peuvent passer leur vie entière à monter l'échelle sociale
sans jamais s'ennuyer de ce jeu.
80. Les gens varient dans leur sensibilité
à la publicité et au marketing. Certains sont si susceptibles que, même s'ils
font beaucoup d'argent, ils ne peuvent pas satisfaire leur constante envie pour
les nouveaux jouets brillants que le marketing agite devant leurs yeux. Donc
ils se sentent toujours financièrement en difficulté même si leur revenu est
élevé et leurs envies sont contrecarrées.
81. Certains ont une faible sensibilité à
la publicité et au marketing. Ce sont les gens qui ne sont pas intéressés par
l'argent. L'acquisition de biens matériels ne sert pas leur besoin du processus
de pouvoir.
82. Ceux qui ont une sensibilité moyenne à
la publicité et au marketing sont capables de gagner assez d'argent pour
satisfaire leurs envies de marchandises et de service, mais seulement au prix
d'un effort sérieux (heures supplémentaires, travail de complément, promotion,
etc). Par là l'acquisition de biens matériels sert leur besoin du processus de
pouvoir. Mais il ne s'ensuit pas nécessairement que leur besoin est entièrement
satisfait. Ils peuvent avoir une autonomie insuffisante dans le processus de
pouvoir (leur travail peut consister à suivre des ordres) et certaines de leurs
motivations peuvent être contrecarrés (par exemple, la sécurité, l'agression).
(Nous sommes coupables de simplification excessive dans les paragraphes 80-82 parce que nous avons supposé que le désir
d'acquisition matérielle est entièrement une création de la publicité et du
marketing. Bien sûr ce n'est pas si simple [11]).
83. Certains satisfont en partie leur
besoin du pouvoir en s'identifiant avec une organisation puissante ou un
mouvement de masse. Un individu manquant de buts ou de pouvoir rejoint un
mouvement ou une organisation, adopte ses buts comme les siens propres,
travaille ensuite vers ces buts. Quand certains des buts sont atteints,
l'individu, bien que ses efforts personnels aient joué seulement une rôle
insignifiant dans leur accomplissement, ressent (par son identification avec le
mouvement ou l'organisation) la même chose que s'il avait accompli le processus
de pouvoir. Ce phénomène a été exploité par les fascistes, les nazis et les
communistes. Notre société l'utilise, aussi, quoique moins brutalement. Par
exemple : Manuel Noriega était irritant pour les Etats-Unis (but :
punir Noriega). Les Etats-Unis ont envahi le Panama (effort) et ont puni
Noriega (accomplissement du but). Les Etats-Unis ont accompli le processus de
pouvoir et beaucoup d'Américains, à cause de leur identification avec les
Etats-Unis, ont éprouvé le processus de pouvoir par délégation. De là
l'approbation publique généralisée de l'invasion du Panama; elle a donné aux
gens une sensation de pouvoir [15]. Nous voyons le même phénomène dans les
armées, les sociétés, les partis politiques, les organisations humanitaires,
les mouvements religieux ou idéologiques. Les mouvements gauchistes
particulièrement ont tendance à attirer les gens qui cherchent à satisfaire
leur besoin de pouvoir. Mais pour la plupart l'identification avec une grande
organisation ou un mouvement de masse ne satisfait pas entièrement le besoin du
pouvoir.
84. Une autre voie par laquelle les gens
satisfont leur besoin du processus de pouvoir est par des activités de
substitution. Comme nous l'avons expliqué dans les paragraphes 38-40, une activité de substitution est dirigée
vers un but artificiel que l'individu poursuit pour
"l'accomplissement" qu'il obtient en poursuivant ce but, pas parce
qu'il doit atteindre le but lui-même. Par exemple, il n'y a aucun motif
pratique pour se bâtir d'énormes muscles, pour envoyer une bille dans un trou
ou acquérir une série complète de timbres-postes. Pourtant beaucoup de gens
dans notre société se consacrent avec passion au culturisme, au golf ou à la
philatélie. Certains sont plus "conformistes" que d'autres et
accordent donc plus aisément de l'importance à une activité de substitution
simplement parce que les gens autour d'eux la traitent comme importante ou
parce que la société leur dit que c'est important. C'est pourquoi certains
deviennent très appliqués dans des activités essentiellement insignifiantes
comme le sport, ou le bridge, ou les échecs, ou des recherches savantes
mystérieuses, tandis que d'autres qui sont plus clairvoyants ne voient jamais
ces choses que comme les activités de substitution qu'elles sont et ne leur
attachent jamais par conséquent assez d'importance pour satisfaire leur besoin
du processus de pouvoir. Il reste seulement à souligner que dans de nombreux
cas la manière de gagner sa vie est aussi une activité de substitution. Pas une
PURE activité de substitution, puisqu'une partie du motif de l'activité est de
gagner les nécessités physiques et (pour certains) le statut social et le
superflu que la publicité leur fait vouloir. Mais beaucoup de gens mettent dans
leur travail beaucoup plus d'efforts que nécessaire pour gagner l'argent et le
statut dont ils ont besoin et cet effort supplémentaire constitue une activité
de substitution. Cet effort supplémentaire, avec l'investissement émotionnel
qui l'accompagne, est une des forces les plus puissantes qui pousse le
développement continuel et le perfectionnement du système, avec des
conséquences négatives pour la liberté individuelle (voir le paragraphe 131). Particulièrement, pour les scientifiques et
les ingénieurs les plus créatifs, le travail a tendance à être en grande partie
une activité de substitution. Ce point est si important qu'il mérite une
discussion séparée, que nous donnerons dans un moment (paragraphes 87-92).
85. Dans cette section nous avons expliqué
comment beaucoup de gens dans la société moderne satisfont plus ou moins leur
besoin du processus de pouvoir. Mais nous pensons que pour la majorité des gens
le besoin du processus de pouvoir n'est pas entièrement accompli. En premier
lieu, ceux qui ont un besoin insatiable de statut, ou qui sont fermement
"accrochés" à une activité de substitution, ou qui s'identifient suffisamment
avec un mouvement ou une organisation pour satisfaire leur besoin de pouvoir,
sont des personnalités exceptionnelles. Les autres ne sont pas entièrement
satisfaits par les activités de substitution ou par l'identification avec une
organisation (voir les paragraphes 41, 64). En second lieu, trop de contrôle est imposé
par le système, par des règlements explicites ou par la socialisation, ce qui
aboutit à un manque d'autonomie et à la frustration en raison de
l'impossibilité d'atteindre certains buts et de la nécessité de freiner trop
d'impulsions.
86. Mais même si la plupart des gens dans
la société industrialo-technologique étaient tout à fait satisfaites, nous (FC)
serions toujours opposés à cette forme de société, parce que (parmi d'autres
raisons) nous considérons comme avilissant d'accomplir son besoin du processus
de pouvoir par des activités de substitution ou par l'identification avec une
organisation, plutôt que par la poursuite de buts réels.
MOTIVATIONS
DES SCIENTIFIQUES
87. La science et la technologie
fournissent les exemples les plus importants d'activités de substitution.
Quelques scientifiques prétendent qu'ils sont motivés par "la
curiosité", cette notion est simplement absurde. La plupart des
scientifiques travaillent sur des problème hautement spécialisés qui ne sont
l'objet d'aucune curiosité normale. Par exemple, est-ce qu'un astronome, un
mathématicien ou un entomologiste est curieux des propriétés de
l'isopropyltrimethylmethane ? Bien sûr que non. Seul un chimiste est
curieux d'une telle chose et il est curieux de cela seulement parce que la
chimie est son activité de substitution. Est-ce que le chimiste est curieux de
la classification correcte d'une nouvelle espèce de scarabée ? Non. Cette
question est intéressante seulement pour l'entomologiste et il ne s'y intéresse
que parce que l'entomologie est son activité de substitution. Si le chimiste et
l'entomologiste devaient se dépenser sérieusement pour obtenir les nécessités
physiques et si cet effort occupait leurs capacités d'une façon intéressante,
mais non scientifique, alors ils se moqueraient de l'isopropyltrimethylmethane
ou de la classification des scarabées. Supposons que le manque de fonds pour
les études de troisième cycle ait mené le chimiste à devenir courtier
d'assurance au lieu de chimiste. Dans ce cas il aurait été très intéressé par
des questions d'assurance, mais ne se serait soucié en rien de
l'isopropyltrimethylmethane. En tout cas il n'est pas normal de mettre dans la
satisfaction de la simple curiosité le volume de temps et d'effort que les
scientifiques mettent dans leur travail. L'explication par la "curiosité"
de la motivation des scientifiques ne tient tout simplement pas.
89. Il en est de même des scientifiques en
général. Avec de rares exceptions possibles, leur motif n'est ni la curiosité,
ni le désir de profiter à l'humanité, mais le besoin d'accomplir le processus
de pouvoir : avoir un but (un problème scientifique à résoudre), faire un
effort (la recherche) et atteindre le but (la solution du problème). La science
est une activité de substitution parce que les scientifiques travaillent
principalement pour l'accomplissement qu'ils trouvent dans le travail lui-même.
90. Bien sûr, ce n'est pas aussi simple.
D'autres motivations jouent effectivement un rôle pour beaucoup de
scientifiques. Argent et statut par exemple. Certains scientifiques peuvent
être des gens du type qui ont un besoin insatiable de statut (voir le
paragraphe 79) et cela peut être la principale motivation
pour leur travail. Il n'y a aucun doute que la majorité des scientifiques,
comme la majorité de la population générale, est plus ou moins sensible à la
publicité et au marketing et a besoin d'argent pour satisfaire l'envie de
marchandises et de services. Ainsi la science n'est pas une PURE activité de
substitution. Mais c'est en grande mesure une activité de substitution.
91. De plus, la science et la technologie
constituent un puissant mouvement de masse et beaucoup de scientifiques
satisfont leur besoin de pouvoir par l'identification avec ce mouvement de
masse (voir le paragraphe 83).
92. Ainsi la science marche au pas
aveuglément, sans respect pour le bien-être réel de la race humaine ou pour une
autre norme, obéissant seulement aux besoins psychologiques des scientifiques
et des politiques et cadres de société qui financent la recherche.
93. Nous allons montrer que la société
industrialo-technologique ne peut pas être réformée de façon à l'empêcher de
rétrécir peu à peu la sphère de la liberté humaine. Mais comme
"liberté" est un mot qui peut être interprété de beaucoup de façons,
nous devons d'abord faire comprendre de quelle liberté nous parlons.
94. Par "liberté" nous désignons
l'occasion d'accomplir le processus de pouvoir, avec des buts réels et non les
buts artificiels d'activités de substitution, et sans interférence,
manipulation ou supervision de qui que ce soit, particulièrement d'aucune
grande organisation. La liberté veut dire avoir le contrôle (en tant
qu'individu ou membre d'un PETIT groupe) des questions vitales de son
existence; l'alimentation, les vêtements, le couvert et la défense contre
toutes les menaces qui peuvent être présentes dans son environnement. La
liberté veut dire avoir le pouvoir; pas le pouvoir de contrôler d'autres
personnes mais le pouvoir de contrôler les circonstances de sa propre vie. On
n'a pas de liberté si un autre (particulièrement une grande organisation) a le
pouvoir sur soi, quelque bienveillant, tolérant et permissif qu'il soit. Il est
important de ne pas confondre la liberté avec la simple permission (voir le paragraphe
72).
95. Il se dit que nous vivons dans une
société libre parce que nous avons un certain nombre de droits
constitutionnellement garantis. Mais ceux-ci ne sont pas aussi importants
qu'ils le semblent. Le degré de liberté personnelle qui existe dans une société
est déterminé plus par la structure économique et technique de la société que
par ses lois ou sa forme de gouvernement [16]. La plupart des nations indiennes de Nouvelle
Angleterre étaient des monarchies et beaucoup des Cités-Etats de
96. Quant à nos droits constitutionnels,
considérez par exemple celui de
97. Les droits constitutionnels sont
utiles jusqu'à un certain point, mais ils ne servent pas à garantir beaucoup
plus que ce qu'on pourrait appeler la conception bourgeoise de la liberté.
Selon la conception bourgeoise, un homme "libre" est essentiellement
un élément d'une machine sociale et a seulement un certain jeu de libertés
prescrites et délimitées; les libertés qui sont conçues pour servir les besoins
de la machine sociale plus que ceux de l'individu. Ainsi l'homme
"libre" selon le bourgeois a la liberté économique parce que cela
promeut la croissance et le progrès; il a
98. Un dernier point doit être précisé
dans cette section : On ne devrait pas considérer que quelqu'un a assez de
liberté simplement parce qu'il DIT qu'il en a assez. La liberté est limitée en
partie par un contrôle psychologique dont les gens sont inconscients, et de
plus les idées de beaucoup sur ce en quoi constitue la liberté sont basées plus
selon les conventions sociales que par leurs besoins réels. Par exemple, il est
probable que beaucoup de gauchistes du type sursocialisé diraient que la plupart
des gens, y compris eux-mêmes sont trop peu socialisés plutôt que trop,
pourtant le gauchiste sursocialisé paye un lourd tribut psychologique pour son
haut niveau de socialisation.
QUELQUES P