Theodore Kaczynski (plus connu sous le nom de « Unabomber »)

 

Ce qui suit est une traduction du texte intégral du Manifeste d'Unabomber.


LA SOCIETE INDUSTRIELLE ET SON AVENIR

par FC

 

1995

 

 

traduit par Michel Roudot

Introduction
Psychologie du gauchisme moderne
Sentiment d'infériorité
Sursocialisation
Processus de pouvoir
Activités de substitution
Autonomie
Sources des problèmes sociaux
Perturbation du processus de pouvoir dans la société moderne
Comment certaines personnes s'adaptent
Motivations des scientifiques
La nature de la la liberté
Quelques principes de l'histoire
La société industrialo-technologique ne peut pas être réformée
Les restrictions à la liberté sont inévitables dans une société industrielle
Les 'mauvais" aspects de la technologie ne peuvent pas être séparés des 'bons'
La technologie est une force sociale plus puissante que l'aspiration vers la liberté
Les problèmes sociaux les plus simples se sont montrés insolubles
La révolution est plus facile que la réforme
Le contrôle du comportement humain
La race humaine à un carrefour
La souffrance humaine
L'avenir
Stratégie
Deux sortes de technologie
Le danger du gauchisme
Note finale
Notes

 

 

 

INTRODUCTION

1. La Révolution Industrielle et ses conséquences ont été un désastre pour la race humaine. Ils ont énormément augmenté l'espérance de vie de ceux d'entre nous qui vivons dans des pays "avancés", mais ils ont déstabilisé la société, ont rendu la vie peu satisfaisante, ont soumis les êtres humains à des indignités, ont conduit à des souffrances psychologiques généralisées (à des souffrances physiques aussi dans le Tiers-Monde) et ont infligé des dégâts sévères au monde naturel. La poursuite du développement de la technologie empirera la situation. Elle soumettra certainement les êtres humains à des indignités plus grandes et infligera des dégâts plus grands au monde naturel, elle mènera probablement à une rupture sociale et des souffrances psychologiques plus grandes et elle peut mener à plus de souffrances physiques même dans les pays "avancés".

2. Il se peut que le système industrialo-technologique survive ou qu'il s'écroule. S'il survit, il PEUT finalement permettre un bas niveau de souffrance physique et psychologique, mais seulement après le passage par une période longue et très douloureuse d'ajustement et seulement au prix d'avoir réduit de manière permanente les êtres humains et beaucoup d'autres organismes vivants en produits manufacturés et en simples rouages de la machine sociale. En outre, si le système survit, ces conséquences seront inévitables : il n'y a aucun moyen de réformer ou de modifier le système pour l'empêcher de priver les gens de dignité et d'autonomie.

3. Si le système s'écroule les conséquences seront également très douloureuses. Mais plus gros le système devient, plus désastreux seront les résultats de son effondrement, donc s'il doit s'écrouler il vaut mieux qu'il s'écroule plus tôt que plus tard.

4. Nous préconisons donc une révolution contre le système industriel. Cette révolution peut ou non se servir de la violence : elle peut être soudaine ou peut être un processus relativement graduel s'étendant sur quelques décennies. Nous ne pouvons rien prévoir de cela. Mais nous décrivons d'une façon très générale les mesures que ceux qui détestent le système industriel devraient prendre pour préparer la voie à une révolution contre cette forme de société. Ce ne doit pas être une révolution POLITIQUE. Son objet sera de renverser non des gouvernements, mais la base économique et technologique de la société actuelle.

5. Dans cet article nous prêtons attention à certains seulement des événements négatifs qui sont issus du système industrialo-technologique. Nous ne mentionnons que brièvement d'autres événements ou les ignorons complètement. Cela ne signifie pas que nous considérons ces autres événements comme sans importance. Pour des raisons pratiques nous devons limiter notre discussion aux secteurs qui ont reçu une attention publique insuffisante ou sur lesquels nous avons quelque chose de nouveau à dire. Par exemple, dans la mesure où il y a des mouvements environnementaux et de défense de la vie sauvage bien développés, nous avons très peu écrit sur la dégradation environnementale ou la destruction de la nature sauvage, bien que nous les considérions comme des sujets extrêmement importants.

PSYCHOLOGIE DU GAUCHISME MODERNE

6. Tout le monde ou presque reconnaîtra que nous vivons dans une société profondément troublée. Une des manifestations les plus répandues de la folie de notre monde est le gauchisme, donc une discussion de la psychologie du gauchisme peut servir d'introduction à la discussion des problèmes de la société moderne en général.

7. Mais qu'est ce que le gauchisme ? Pendant la première moitié du 20ème siècle le gauchisme aurait pratiquement pu être identifié avec le socialisme. Aujourd'hui le mouvement est fragmenté et il n'est pas clair de définir qui peut correctement être appelé un gauchiste. Quand nous parlons des gauchistes dans cet article nous entendons principalement les socialistes, les collectivistes, les gens "politiquement corrects", les féministes, les activistes gays et du handicap, les activistes des droits des animaux et tout ce genre de gens. Mais ceux qui sont associés avec un de ces mouvements ne sont pas tous des gauchistes. Ce que nous essayons de décrire dans la discussion du gauchisme n'est pas tant un mouvement ou une idéologie qu'un type psychologique, ou plutôt une collection de types associés. Ainsi, ce que nous entendons par "le gauchisme" apparaîtra plus clairement au cours de notre discussion de la psychologie gauchiste (Voir également les paragraphes 227-230.)

8. Même ainsi, notre conception du gauchisme restera beaucoup moins claire que nous ne le souhaiterions, mais il ne semble y avoir aucun remède à cela. Tout que nous essayons de faire est d'indiquer d'une façon grossière et approximative les deux tendances psychologiques dont nous croyons qu'elles sont la principale motivation du gauchisme moderne. Nous n'affirmons en aucun cas donner TOUTE la vérité sur la psychologie gauchiste. De plus, notre discussion est censée ne s'appliquer qu'au gauchisme moderne. Nous laissons ouverte la question de la mesure dans laquelle notre discussion pourrait s'appliquer aux gauchistes du 19ème et du début du 20ème siècle.

9. Nous appelons les deux tendances psychologiques qui sont à la base du gauchisme moderne "le sentiment d'infériorité" et "la sursocialisation". Le sentiment d'infériorité est une caractéristique du gauchisme moderne dans son ensemble, tandis que la sursocialisation est caractéristique seulement d'un certain segment du gauchisme moderne; mais ce segment est hautement influent.

SENTIMENT D'INFÉRIORITÉ

10. Par "sentiment d'infériorité" nous entendons non seulement le sentiment d'infériorité dans le sens le plus strict, mais un large spectre de traits associés : manque d'amour-propre, sentiment d'impuissance, tendances dépressives, défaitisme, culpabilité, haine de soi, etc. Nous soutenons que les gauchistes modernes ont tendance à avoir de tels sentiments (probablement plus ou moins réprimés) et que ces sentiments déterminent de façon décisive la direction du gauchisme moderne.

11. Quand quelqu'un interprète comme désobligeant presque tout ce qu'on dit de lui (ou de groupes auxquels il s'identifie) nous concluons qu'il a un sentiment d'infériorité ou un manque d'amour-propre. Cette tendance est prononcée parmi les défenseurs des droits des minorités, qu'ils appartiennent ou non aux groupes minoritaires dont ils défendent les droits. Ils sont hypersensibles aux mots utilisés pour désigner les minorités. Les termes "noir", "oriental", "handicapé" ou "gonzesse" pour un Africain, un Asiatique, un invalide ou une femme n'avaient à l'origine aucune connotation dérogatoire. "Nana" et "gonzesse" étaient simplement les équivalents féminins de "type" ou "mec". Les connotations négatives ont été attachées à ces termes par les activistes eux-mêmes. Quelques défenseurs des droits des animaux en sont même venus à rejeter le mot "animal de compagnie" et insistent sur son remplacement par "compagnon animal". Les anthropologues gauchistes en font des tonnes pour éviter de dire quoi que ce soit des peuples primitifs qui pourrait éventuellement être interprété comme négatif. Ils veulent remplacer le mot "primitif" par "sans écriture". Ils semblent presque paranoïdes sur tout ce qui pourrait suggérer que quelque culture primitive que ce soit soit inférieure à la nôtre. (Ceci n'implique pas que nous pensions que les cultures primitives SONT inférieures à la nôtre. Nous soulignons simplement l'hypersensibilité des anthropologues gauchistes.)

12. Ceux qui sont les plus sensibles à la terminologie "politiquement incorrecte" ne sont pas l'habitant moyen des ghettos noirs, l'immigrant asiatique, la femme maltraitée ou l'invalide, mais une minorité d'activistes, dont beaucoup n'appartiennent même à aucun groupe "opprimé", mais viennent des strates privilégiées de la société. Le politiquement correct a sa forteresse parmi les professeurs d'université, qui ont un emploi stable avec un salaire confortable et dont la majorité sont des hommes blancs hétérosexuels issus de familles bourgeoises.

13. Beaucoup de gauchistes s'identifient fortement avec les problèmes des groupes qui ont pour image d'être faibles (les femmes), vaincus (les Indiens d'Amérique), repoussants (les homosexuels), ou inférieurs d'une autre façon. Les gauchistes eux-mêmes estiment que ces groupes sont inférieurs. Ils ne s'avoueraient jamais qu'ils ont de tels sentiments, mais c'est précisément parce qu'ils voient ces groupes comme inférieurs qu'ils s'identifient avec leurs problèmes. (Nous ne suggérons pas que les femmes, les Indiens, etc, SOIENT inférieurs; nous pointons seulement un caractère de la psychologie gauchiste).

14. Les féministes tiennent désespérément à prouver que les femmes sont aussi fortes et aussi capables que les hommes. Clairement ils sont harcelés par la crainte que les femmes puissent ne pas être aussi fortes et aussi capables que des hommes.

15. Les gauchistes ont tendance à détester tout ce qui a pour image d'être fort, bon et couronné de succès. Ils détestent l'Amérique, ils détestent la civilisation Occidentale, ils détestent les mâles blancs, ils détestent la rationalité. Les raisons que les gauchistes donnent de leur haine de l'Occident, etc, ne correspondent clairement pas avec leurs motifs réels. Ils DISENT qu'ils détestent l'Ouest parce qu'il est guerrier, impérialiste, sexiste, ethnocentrique et ainsi de suite, mais si ces mêmes travers apparaissent dans des pays socialistes ou dans des cultures primitives, le gauchiste leur trouve des excuses, ou au mieux il admet À CONTRECOEUR qu'ils existent; tandis qu'il souligne AVEC ENTHOUSIASME (et souvent exagère énormément ) ces fautes là où elles apparaissent dans la civilisation Occidentale. Ainsi il est clair que ces fautes ne sont pas le motif réel du gauchiste pour détester l'Amérique et l'Occident. Il déteste l'Amérique et l'Occident parce qu'ils sont forts et qu'ils réussissent.

16. Les mots comme "confiance en soi", "indépendance", "initiative", "entreprise", "optimisme", etc, n'ont que peu de place dans le vocabulaire libéral et gauchiste. Le gauchiste est anti-individualiste, pro-collectiviste. Il veut que la société résolve les besoins de chacun à sa place, s'occupe de lui. Ce n'est pas le genre de personne qui a une confiance intérieure en sa propre capacité à résoudre ses propres problèmes et à satisfaire ses propres besoins. Le gauchiste est opposé au concept de compétition parce que, au fond de lui, il se voit comme un perdant.

17. Les formes d'art qui plaisent aux intellectuels gauchistes modernes ont tendance à se concentrer sur le sordide, la défaite et le désespoir, ou bien ils prennent une tonalité orgiaque, rejetant tout contrôle rationnel comme s'il n'y avait aucun espoir d'accomplir quoi que ce soit par le calcul raisonnable et que tout ce qui restait était de s'immerger dans les sensations du moment.

18. Les philosophes gauchistes modernes ont tendance à écarter la raison, la science, la réalité objective et à insister que tout est culturellement relatif. Il est vrai que l'on peut sérieusement s'interroger sur les fondements de la connaissance scientifique et sur la façon de définir, si toutefois c'est faisable, le concept de réalité objective. Mais il est évident que les philosophes gauchistes modernes ne sont pas simplement des logiciens imperturbables analysant systématiquement les fondements de la connaissance. Ils sont profondément impliqués émotionnellement dans leur attaque de la vérité et de la réalité. Ils attaquent ces concepts à cause de leurs propres besoins psychologiques. D'une part, leur attaque est un exutoire pour l'hostilité et, dans la mesure où il est couronné de succès, il satisfait leur recherche de puissance. Ce qui est plus important, le gauchiste déteste la science et la rationalité parce qu'elles classifient certaines croyances comme vraies (c'est-à-dire, fructueuses, supérieures) et d'autres croyances comme fausses (c'est-à-dire des échecs, inférieures). Le sentiment d'infériorité du gauchiste est si profond qu'il ne peut pas tolérer de classification de certaines choses comme fructueuses ou supérieures et d'autres comme ratées ou inférieures. C'est aussi à la base du rejet par beaucoup de gauchistes du concept de maladie mentale et de l'utilité des tests de quotient intellectuel. Les gauchistes sont opposés aux explications génétiques des capacités ou comportements humains parce que ces explications ont tendance à faire apparaître certaines personnes comme supérieures ou inférieures à d'autres. Les gauchistes préfèrent donner à la société le crédit ou le blâme pour les capacités d'un individu ou leur absence de capacités. Ainsi si une personne est "inférieure" ce n'est pas sa faute, mais celle de la société, parce qu'il n'a pas été élevé correctement.

19. Le gauchiste n'est pas typiquement le genre de personne dont le sentiment d'infériorité fait un vantard, un égotiste, un voyou, un promoteur de soi, un concurrent impitoyable. Ce genre de personne n'a pas complètement perdu toute foi en soi. Il a un déficit dans son sentiment de puissance et de valeur personnelle, mais il peut toujours se concevoir comme ayant la capacité d'être fort et ses efforts pour se montrer fort produisent son comportement désagréable [1]. Mais le gauchiste est au delà de cela. Son sentiment d'infériorité est si enraciné qu'il ne peut pas se concevoir comme individuellement fort et de valeur. De là le collectivisme du gauchiste. Il peut se sentir fort seulement en tant que membre d'une grande organisation ou d'un mouvement de masse avec lequel il s'identifie.

20. Remarquons la tendance masochiste des tactiques gauchistes. Les gauchistes protestent en se couchant devant les véhicules, ils provoquent intentionnellement les violences de la police ou des racistes, etc. Ces tactiques peuvent souvent être efficace, mais beaucoup de gauchistes les utilisent non comme un moyen vers une fin, mais parce qu'ils PRÉFÈRENT les tactiques masochistes. La haine de soi est un trait gauchiste.

21. Les gauchistes peuvent prétendre que leur activisme est motivé par la compassion ou par des principes moraux et les principes moraux jouent vraiment un rôle pour le gauchiste du type sursocialisé. Mais la compassion et les principes moraux ne peuvent pas être les motifs principaux de l'activisme gauchiste. L'hostilité est un composant trop saillant du comportement gauchiste; comme l'est la recherche du pouvoir. De plus, beaucoup de comportement gauchistes ne sont pas rationnellement calculés pour être avantageux pour les gens que les gauchistes prétendent essayer d'aider. Par exemple, si on croit que la discrimination positive est bonne pour les noirs, cela a-t-il un sens d'exiger une discrimination positive en termes hostiles ou dogmatiques ? Évidemment il serait plus productif de prendre une approche diplomatique et conciliante qui ferait des concessions au moins verbales et symboliques aux blancs qui pensent que la discrimination positive est une discrimination contre eux. Mais les activistes gauchistes ne prennent pas cette approche parce qu'elle ne satisferait pas leurs besoins émotionnels. Aider les noirs n'est pas leur but réel. Au contraire, les problèmes raciaux leur servent d'excuse pour exprimer leur propre hostilité et leur besoin frustré de puissance. De cette manière ils nuisent en réalité aux noirs, parce que l'attitude hostile des activistes envers la majorité blanche a tendance à intensifier la haine raciale.

22. Si notre société n'avait aucun problème social du tout, les gauchistes devraient INVENTER des problèmes pour se donner une excuse pour faire des histoires.

23. Nous soulignons que ce qui précède ne prétend pas être une description précise de quiconque pourrait être considéré comme gauchiste. C'est seulement une indication sommaire d'une tendance générale du gauchisme.

SURSOCIALISATION

24. Les psychologues utilisent le terme "socialisation" pour désigner le processus par lequel les enfants sont formés à penser et agir comme la société l'exige. On dit qu'une personne est bien socialisée si elle croit et obéit au code moral de sa société et s'insère bien comme un rouage de cette société. Il peut sembler insensé de dire que beaucoup de gauchistes sont sur-socialisés, puisque le gauchiste est perçu comme un rebelle. Néanmoins, la position peut être défendue. Beaucoup de gauchistes ne sont pas aussi rebelles qu'ils le semblent.

25. Le code moral de notre société est si exigeant que personne ne peut penser, ressentir et agir d'une façon complètement morale. Par exemple, nous sommes censés ne haïr personne, cependant à peu près tout le monde déteste quelqu'un à un moment ou un autre, qu'il se l'avoue ou non. Certaines personnes sont si fortement socialisées que l'effort pour penser, pour ressentir et agir moralement leur impose un fardeau sévère. Pour éviter le sentiment de culpabilité, ils doivent continuellement se mentir sur leurs motifs et trouver des explications morales à des sentiments et des actions qui ont en réalité une origine non-morale. Nous utilisons le terme "sursocialisé" pour décrire ces gens. [2]

26. La sursocialisation peut mener à une mauvaise opinion de soi, un sentiment d'impuissance, au défaitisme, à la culpabilité, etc. Un des moyens les plus importants par lesquels notre société socialise les enfants est de leur faire honte de comportement ou de discours contraires aux attentes de la société. Si on en fait trop, ou si un enfant particulier est spécialement susceptible à de tels sentiments, il finit par avoir honte de LUI-MÊME. De plus la pensée et le comportement de la personne sursocialisée sont plus limités par les attentes de la société que ceux de la personne faiblement socialisée. La majorité des gens s'engage dans une quantité significative de mauvais comportements. Ils mentent, ils commettent de petits vols, ils violent le code de la route, ils tirent au flanc au travail, ils détestent quelqu'un, ils disent des choses rancunières ou ils font des sournoiseries pour passer devant un autre. La personne sursocialisée ne peut pas faire ces choses, ou si elle les fait elle éprouve de la honte et de la haine de soi. La personne sursocialisée ne peut même pas éprouver, sans culpabilité, des pensées ou des sentiments qui sont contraire à la morale acceptée; elle ne peut pas avoir des pensées "malpropres". Et la socialisation n'est pas seulement une question de morale; nous sommes socialisés pour nous conformer à beaucoup de normes de comportement qui ne relèvent pas de la morale. Ainsi la personne sursocialisée est tenue par une laisse psychologique et passe sa vie sur des rails que la société a fixés pour elle. Chez beaucoup de personnes sursocialisées ceci se traduit par un sentiment de contrainte et d'impuissance qui peut être une souffrance sévère. Nous suggérons que la sursocialisation est parmi les plus sérieuses cruautés que les êtres humains infligent à d'autres.

27. Nous soutenons qu'un segment très important et influent de la gauche moderne est sursocialisé et que leur sursocialisation est très importante dans la détermination de la direction du gauchisme moderne. Les gauchistes du type sursocialisé ont tendance à être des intellectuels ou des membres de la bourgeoisie. Remarquez que les universitaires [3] constituent le segment le plus fortement socialisé de notre société et aussi le segment le plus à gauche.

28. Le gauchiste du type sursocialisé essaye d'enlever sa laisse psychologique et d'affirmer son autonomie en se rebellant. Mais il n'est ordinairement pas assez fort pour se rebeller contre les valeurs les plus fondamentales de la société. En général, les buts des gauchistes d'aujourd'hui ne sont PAS en conflit avec la morale acceptée. Au contraire, le gauchiste prend un principe moral accepté, l'adopte comme sien et accuse ensuite la société de violer ce principe. Exemples : l'égalité raciale, l'égalité des sexes, aider les pauvres, la paix par opposition à la guerre, la non-violence en général, la liberté d'expression, la bonté envers les animaux. Plus fondamentalement, le devoir qu'a l'individu de servir la société et le devoir qu'a la société de s'occuper de l'individu. Tout ceci sont des valeurs profondément enracinées dans notre société (ou au moins sa bourgeoisie [4]) depuis longtemps. Ces valeurs sont explicitement ou implicitement exprimées ou présupposées dans la plus grande part de ce qui nous est présenté par les médias grand public et le système éducatif. Les gauchistes, particulièrement ceux du type sursocialisé, ne se rebellent normalement pas contre ces principes, mais justifient leur hostilité à la société en assurant (avec un certain degré de vérité) que la société ne vit pas en accord avec ces principes.

29. Voici une illustration de la façon dont le gauchiste sursocialisé montre son véritable attachement aux attitudes conventionnelles de notre société en prétendant être en rébellion contre elle. Beaucoup de gauchistes militent pour la discrimination positive, pour placer des noirs à des postes prestigieux, pour une meilleure éducation dans les écoles noires et plus d'argent pour ces écoles; ils considèrent le mode de vie du "sous-prolétariat" noir comme un déshonneur social. Ils veulent intégrer l'homme noir dans le système, en faire un cadre d'entreprise, un avocat, un scientifique tout comme les bourgeois blancs. Les gauchistes répondront que la dernière chose qu'ils veulent est de faire de l'homme noir une copie du Blanc; au contraire, ils veulent préserver la culture Noire américaine. Mais en quoi consiste cette conservation de la culture Noire américaine ? Cela peut difficilement consister en quoi que ce soit de plus que manger black, écouter de la musique black, porter des vêtements black et aller à une église ou une mosquée black. Autrement dit, cela peut s'exprimer seulement dans des questions superficielles. Dans tout les aspects ESSENTIELS les gauchistes du type sursocialisé veulent voir l'homme noir se conformer aux idéaux bourgeois blancs. Ils veulent le faire étudier des sujets techniques, devenir un cadre ou un scientifique, passer sa vie à monter l'échelle sociale pour prouver que les noirs sont aussi bons que les blancs. Ils veulent rendre les pères noirs "responsables". Ils veulent que les gangs noirs deviennent non violents, etc. Mais ce sont exactement là les valeurs du système industrialo-technologique. Le système se moque du genre de musique qu'un homme écoute, du genre de vêtements qu'il porte ou à quelle religion il croit tant qu'il étudie à l'école, a un travail respectable, monte l'échelle sociale, est un parent "responsable", est non violent et ainsi de suite. En fait, quelles que soient ses dénégations, le gauchiste sursocialisé veut intégrer l'homme noir dans le système et lui faire adopter ses valeurs.

30. Nous ne prétendons certainement pas que les gauchistes, même du type sursocialisé, ne se rebellent JAMAIS contre les valeurs fondamentales de notre société. Clairement ils le font parfois . Quelques gauchistes sursocialisés se sont tellement rebellés contre un des principes les plus importants de la société moderne qu'ils se sont engagés dans la violence physique. De leur propre aveu, la violence est pour eux une forme de "libération". Autrement dit, en commettant des violences ils passent à travers les contraintes psychologiques qui leur ont été inculquées. Parce qu'ils sont sursocialisés ces contraintes les ont plus restraints que d'autres; d'où leur besoin de s'en libérer. Mais ils justifient ordinairement leur rébellion en termes de valeurs dominantes. S'ils s'engagent dans la violence ils revendiquent se battre contre le racisme ou quelque chose d'équivalent.

31. Nous nous rendons compte que beaucoup d'objections pourraient être soulevées contre le croquis sommaire qui précéde sur la psychologie gauchiste. La situation réelle est complexe et s'approcher d'une description complète de ce sujet prendrait plusieurs volumes même si les données nécessaires étaient disponibles. Nous revendiquons seulement avoir indiqué très grossièrement les deux tendances les plus importantes dans la psychologie du gauchisme moderne.

32. Les problèmes du gauchiste sont indicatifs des problèmes de notre société dans son ensemble. Le manque d'amour propre, les tendances dépressives et le défaitisme ne sont pas limités à la gauche. Bien qu'ils soient particulièrement remarquables dans la gauche, ils sont répandus dans notre société. Et la société d'aujourd'hui essaye de nous socialiser dans une mesure plus grande que n'importe quelle société précédente. Les experts nous disent même comment manger, comment faire de l'exercice, comment faire l'amour, comment élever nos gosses et ainsi de suite.

PROCESSUS DE POUVOIR

33. Les humains ont un besoin (probablement biologique) de quelque chose que nous appellerons "le processus de pouvoir". C'est en relation étroite avec le besoin de pouvoir (qui est largement reconnu) mais ce n'est pas tout à fait la même chose. Le processus de pouvoir comporte quatre éléments. Nous appelons les trois les plus nettement définis le but, l'effort et l'atteinte du but. (Chacun a besoin de buts dont l'atteinte exige un effort et a besoin de réussir dans la réalisation d'au moins certains de ses buts). Le quatrième élément est plus difficile à définir et n'est peut être pas nécessaire pour chacun. Nous l'appelons l'autonomie et le discuterons plus tard (paragraphes 42-44).

34. Considérons le cas hypothétique d'un homme qui pourrait avoir tout ce qu'il veut juste en le souhaitant. Un tel homme a le pouvoir, mais il développera de sérieux problèmes psychologiques. D'abord il s'amusera beaucoup, mais bientôt il s'ennuiera intensément et sera démoralisé. Finalement il peut devenir cliniquement dépressif. L'histoire montre que les aristocraties inactives ont tendance à devenir décadentes. Ce n'est pas vrai des aristocraties agressives qui doivent lutter pour maintenir leur pouvoir. Mais les aristocraties inactives, sans inquiétude, qui n'ont aucun besoin de se manifester deviennent habituellement ennuyées, hédonistes et démoralisées, bien qu'elles aient le pouvoir. Cela montre que le pouvoir ne suffit pas. Il faut avoir des buts vers lesquels exercer son pouvoir.

35. Chacun a des buts; au minimum obtenir les nécessités physiques de la vie : l'alimentation, l'eau et les vêtements et l'abri que le climat rend nécessaires. Mais l'aristocrate inactif obtient ces choses sans effort. De là son ennui et sa démoralisation.

36. Le non accomplissement de buts importants aboutit à la mort si les buts sont des nécessités physiques et à la frustration si le non accomplissement des buts est compatible avec la survie. L'échec systématique à atteindre ses buts tout au long de la vie aboutit au défaitisme, à une mauvaise opinion de soi ou à la dépression.

37. Ainsi, pour éviter des problèmes psychologiques sérieux, un être humain a besoin de buts dont l'accomplissement exige un effort et il doit avoir un taux raisonnable de succès dans la réalisation de ses buts.

ACTIVITÉS DE SUBSTITUTION

38. Mais tous les aristocrates inactif ne deviennent pas ennuyés et démoralisés. Par exemple, l'empereur Hirohito, au lieu de s'enfoncer dans l'hédonisme décadent, s'est consacré à la biologie marine, un domaine dans lequel il est devenu une sommité. Quand les gens n'ont pas besoin de se donner du mal pour satisfaire leurs besoins physiques ils se donnent souvent des buts artificiels. Dans de nombreux cas ils poursuivent alors ces buts avec la même énergie et le même engagement émotionnel qu'ils auraient autrement mis dans la recherche des nécessités physiques. Ainsi les aristocrates de l'Empire Romain avaient leur prétentions littéraire; beaucoup d'aristocrates européens d'il y a quelques siècles investissaient un temps et une énergie énorme dans la chasse, bien qu'ils n'avaient certainement pas besoin de toute cette viande; d'autres aristocraties ont rivalisé de statut par l'affichage complexe de richesses; et quelques aristocrates, comme Hirohito, se sont tournés vers la science.

39. Nous utilisons le terme "activité de substitution" pour désigner une activité qui est dirigée vers un but artificiel que les gens se donnent simplement pour y travailler, ou disons, simplement pour "l'accomplissement" qu'ils trouvent à poursuivre ce but. Voici un principe de base pour l'identification d'activités de substitution. Étant donné une personne qui consacre beaucoup de temps et d'énergie à la poursuite d'un but X, demandez vous ceci : s'il devait consacrer la plus grande partie de son temps et de son énergie à la satisfaction de ses besoins biologiques et si cet effort lui demandait d'utiliser ses capacités physiques et mentales d'une façon variée et intéressante, se sentirait-il sérieusement privé parce qu'il n'a pas atteint le but X ? Si la réponse est non, alors la poursuite du but X par cette personne est une activité de substitution. Les études d'Hirohito en biologie marine constituaient clairement une activité de substitution, car il est à peu près certain que si Hirohito avait dû passer son temps sur des tâches non-scientifiques intéressantes pour obtenir les nécessités de la vie, il ne se serait pas senti privé de ne pas tout connaître de l'anatomie et des cycles de vie des animaux marins. D'un autre côté la poursuite du sexe et de l'amour n'est par exemple pas une activité de substitution, parce que la plupart des gens, même si leur existence était satisfaisante par ailleurs, se sentiraient privées si elles passaient leur vie sans jamais avoir un rapport avec un membre du sexe opposé. (Mais la poursuite d'une quantité excessive de sexe, de plus qu'on n'en a vraiment besoin, peut être une activité de substitution).

40. Dans la société industrielle moderne seul un effort minimal est nécessaire pour satisfaire ses besoins physiques. Il suffit de suivre une formation pour acquérir une petite compétence technique, et ensuite de venir travailler à l'heure et de se dépenser très modestement pour gagner sa vie. Les seuls pré-requis sont un niveau modéré d'intelligence et surtout, la simple OBÉISSANCE. Si vous les avez, la société s'occupe de vous du berceau à la tombe. (Oui, il y a un sous-prolétariat qui ne peut pas considérer que les nécessités physiques sont assurées, mais nous parlons ici de société dans son ensemble). Ainsi il n'est pas surprenant que la société moderne soit pleine d'activités de substitution. Celles-ci incluent le travail scientifique, l'accomplissement sportif, le travail humanitaire, la création artistique et littéraire, grimper l'échelle hiérarchique, l'acquisition d'argent et de biens matériels très au-delà du point auquel ils cessent de donner aucune satisfaction physique complémentaire et l'activisme social quand il adresse des questions qui ne sont pas importantes pour l'activiste personnellement, comme dans le cas des activistes blancs qui travaillent pour les droits de minorités non blanches. Ce ne sont pas toujours de pures activités de substitution, car pour beaucoup de gens elles peuvent être motivées en partie par des besoins autres que le besoin d'avoir un certain but à poursuivre. Le travail scientifique peut être motivé en partie par la recherche du prestige, la création artistique par un besoin d'exprimer ses sentiments, l'activisme social militant par l'hostilité. Mais pour la plupart des gens qui les poursuivent, ces activités sont en grande mesure des activités de substitution. Par exemple, la majorité de scientifiques reconnaîtra probablement que "l'accomplissement" qu'ils tirent de leur travail est plus important que l'argent et le prestige qu'ils gagnent.

41. Pour beaucoup sinon la plupart des gens, les activités de substitution sont moins satisfaisantes que la poursuite de buts réels (c'est-à-dire des buts que les gens voudraient atteindre même si leur besoin du processus de pouvoir était déjà accompli). Une indication en est le fait que, dans beaucoup ou la plupart des cas, les gens qui sont profondément impliqué dans des activités de substitution ne sont pas satisfaits, jamais au repos. Ainsi l'amasseur d'argent lutte constamment pour de plus en plus de richesses. Le scientifique a à peine résolu un problème qu'il passe au suivant. Le coureur de fond s'entraîne pour courir toujours plus loin et plus vite. Beaucoup de personnes qui poursuivent des activités de substitution diront qu'ils obtiennent beaucoup plus de satisfactions dans ces activités que dans la question "terre à terre" de satisfaire leurs besoins biologiques, mais c'est parce que dans notre société l'effort nécessaire pour satisfaire ses besoins biologiques a été réduit à une bagatelle. Ce qui est plus important, dans notre société les gens ne satisfont pas leurs besoins biologiques de façon AUTONOME, mais en fonctionnant comme les parties d'une machine sociale immense. Au contraire, les gens ont généralement beaucoup d'autonomie dans la poursuite de leurs activités de substitution.

AUTONOMIE

42. L'autonomie comme partie du processus de pouvoir peut ne pas être nécessaire pour chaque individu. Mais la plupart des gens ont besoin d'un degré plus ou moins grand d'autonomie dans la poursuite de leurs buts. Leurs efforts doivent être entrepris de leur propre initiative et doivent être sous leur propre direction et contrôle. Malgré tout la plupart des personnes n'ont pas besoin de manifester cette initiative, direction et contrôle en tant qu'individus uniques. Il est d'habitude suffisant d'agir comme membre d'un PETIT groupe. Ainsi si une demi-douzaine de personnes discutent d'un but entre eux et font un effort commun couronné de succès pour atteindre ce but, leur besoin du processus de pouvoir sera accompli. Mais s'ils travaillent conformément aux ordres rigides transmis d'en haut qui ne leur laissent aucune latitude pour des décisions autonomes et des initiatives, alors leur besoin du processus de pouvoir ne sera pas accompli. Il en est de même quand les décisions sont prises sur des bases collectives si le groupe qui prend la décision collective est si grand que le rôle de chaque individu est insignifiant [5]

43. Il est vrai que certains individus semblent avoir peu de besoin d'autonomie. Soit leur attirance pour le pouvoir est faible ou ils la satisfont en s'identifiant avec une organisation puissante à laquelle ils appartiennent. Et ensuite il y a les types irréfléchis, animaux qui semblent être satisfaits par une sensation purement physique de pouvoir (le bon soldat de combat, qui trouve son sens du pouvoir en développant des compétences de combat qu'il est très heureux d'utiliser en obéissance aveugle à ses supérieurs).

44. Mais pour la plupart des gens c'est par le processus de pouvoir -avoir un but, faire un effort AUTONOME et atteindre le but - que le respect de soi, la confiance en soi et le sens du pouvoir sont acquis. Quand on n'a pas d'occasion adéquate d'accomplir le processus de pouvoir les conséquences en sont (suivant l'individu et la façon dont le processus de pouvoir est perturbé) l'ennui, la démoralisation, la mauvaise opinion de soi, le sentiment d'infériorité, le défaitisme, la dépression, l'inquiétude, la culpabilité, la frustration, l'hostilité, les mauvais traitements au conjoint ou aux enfants, l'hédonisme insatiable, le comportement sexuel anormal, les troubles du sommeil, les désordres alimentaires, etc [6].

SOURCES DES PROBLÈMES SOCIAUX

45. N'importe lequel des symptômes précédents peut se présenter dans n'importe quelle société, mais dans la société industrielle moderne ils sont présents à une échelle massive. Nous ne sommes pas les premiers à mentionner que le monde semble aujourd'hui devenir fou. Ce genre de choses n'est pas normal pour les sociétés humaines. Il y a de bonnes raisons de croire que l'homme primitif subissait moins de stress et de frustrations et était plus satisfait de son mode de vie que l'homme moderne. Il est vrai que tout n'était pas douceur et lumière dans les sociétés primitives. Les violences envers les femmes sont communes parmi les aborigènes australiens, la transexualité était assez commune parmi certaines des tribus indiennes américaines. Mais il apparaît vraiment qu'EN GÉNÉRAL les types de problèmes que nous avons listés dans le paragraphe précédent étaient beaucoup moins communs parmi les peuples primitifs qu'ils ne le sont dans la société moderne.

46. Nous attribuons les problèmes sociaux et psychologiques de la société moderne au fait que que la société exige que les gens vivent dans des conditions radicalement différentes de celles dans lesquelles la race humaine s'est développée et se comportent de façons qui sont en conflit avec les modèles de comportement que la race humaine a développés en vivant dans les conditions précédentes. Il apparaît clairement de ce que nous avons déjà écrit que nous considérons le manque d'occasion de faire correctement l'expérience du processus de pouvoir comme la plus importante des conditions anormales auxquelles la société moderne soumet les gens. Mais ce n'est pas la seule. Avant de traiter de la perturbation du processus de pouvoir comme une source de problèmes sociaux nous discuterons quelques autres sources.

47. Parmi les conditions anormales présentes dans la société industrielle moderne il y a la densité excessive de population, l'isolement de l'homme de la nature, la rapidité excessive du changement social et l'effondrement des communautés naturelles à petite échelle comme la famille étendue, le village ou la tribu.

48. Il est bien connu que l'entassement augmente le stress et l'agression. Le degré d'entassement qui existe aujourd'hui et l'isolement de l'homme de la nature sont les conséquences du progrès technique. Toutes les sociétés préindustrielles étaient principalement rurales. La Révolution industrielle a énormément augmenté la taille des villes et la proportion de la population qui y vit, et la technologie agricole moderne a permis à la Terre de supporter une population beaucoup plus dense que cela n'a jamais été le cas auparavant. (De plus, la technologie renforce les effets de l'entassement parce qu'elle met des pouvoirs perturbateurs plus importants entre les mains des gens. Par exemple, toutes sortes d'appareils bruyants : tondeuses à moteur, radios, motos, etc. Si l'utilisation de ces engins n'est pas restreint, les gens qui veulent la paix et le calme sont frustrés par le bruit. Si leur utilisation est limitée, les gens qui utilisent les engins sont frustrés par les règlements.. .. Mais si ces machines n'avaient jamais été inventées il n'y aurait eu aucun conflit et aucune frustration de produite).

49. Pour les sociétés primitives le monde naturel (qui ne change d'habitude que lentement) fournissait une structure stable et donc une sensation de sécurité. Dans le monde moderne c'est la société humaine qui domine la nature plutôt que le contraire et la société moderne change très rapidement par suite du changement technologique. Ainsi il n'y a aucune structure stable.

50. Les conservateurs sont des imbéciles : Ils geignent sur la décrépitude des valeurs traditionnelles, et cependant ils encouragent avec enthousiasme le progrès technique et la croissance économique. Apparemment il ne leur arrive jamais de penser que vous ne pouvez pas faire des changements rapides, radicaux de la technologie et de l'économie d'une société sans causer aussi des changements rapides de tous les autres aspects de la société et que ces changements rapides détruisent inévitablement les valeurs traditionnelles.

51. L'effondrement des valeurs traditionnelles implique dans une certaine mesure l'effondrement des liens qui maintiennent la structure des groupes sociaux traditionnels à petite échelle. La désintégration des groupes sociaux à petite échelle est aussi provoquée par le fait que les conditions modernes exigent ou incitent souvent les individus à se déplacer dans de nouveaux lieux, à se séparer de leurs communautés. Au delà de ceci, une société technologique DOIT affaiblir les liens familiaux et les communautés locales pour fonctionner efficacement. Dans la société moderne la loyauté d'un individu doit aller d'abord au système et seulement ensuite à une communauté à petite échelle, parce que si les loyautés internes des communautés à petite échelle étaient plus fortes que la loyauté au système, ces communautés rechercheraient leur propre avantage aux dépens du système.

52. Supposons qu'un fonctionnaire public ou un cadre de société nomme son cousin, son ami ou son coreligionnaire à une position plutôt que de nommer la personne la plus qualifiée pour le poste. Il a permis à la loyauté personnelle de remplacer sa loyauté au système et c'est du "népotisme" ou de la "discrimination", qui sont tous deux des péchés épouvantables dans la société moderne. Les sociétés potentiellement industrielles qui ne sont pas arrivées à subordonner les loyautés personnelles ou locales à la loyauté au système sont ordinairement très inefficaces. (Voyez l'Amérique Latine.) Ainsi une société industrielle avancée ne peut tolérer que les communautés à petite échelle émasculées, apprivoisées et transformées en outils du système. [7]

53. La surpopulation, le changement rapide et l'effondrement des communautés ont été largement reconnus comme des sources de problèmes sociaux. Mais nous ne croyons pas qu'ils soient suffisants pour justifier l'étendue des problèmes que l'on observe aujourd'hui.

54. Quelques villes préindustrielles étaient très grandes et peuplées, cependant leurs habitants ne semblent pas avoir souffert de problèmes psychologiques du même niveau que l'homme moderne. En Amérique aujourd'hui il y a encore des secteurs ruraux peu peuplés et nous y trouvons les mêmes problèmes que dans les zones urbaines, quoique ces problèmes tendent à être moins aigus dans les secteurs ruraux. Ainsi l'entassement ne semble pas être le facteur décisif.

55. Sur les territoires en croissance de la frontière américaine pendant le 19ème siècle, la mobilité de la population a probablement éclaté des familles étendues et des groupes sociaux à petite échelle au moins dans la même mesure qu'aujourd'hui. En fait, beaucoup de familles nucléaires ont vécu par choix dans un isolement tel, n'ayant aucun voisin à moins de plusieurs milles, qu'ils n'appartenaient à aucune communauté, et cependant ils ne semblent pas avoir développé de problèmes associés.

56. En outre, le changement dans la société de la frontière américaine était très rapide et profond. Un homme pouvait naître et être élevé dans une cabane en bois, hors de portée de l'ordre public et nourri en grande partie de viande sauvage; et, arrivé à la vieillesse, avoir un travail régulier et vivre dans une communauté soumise à une police efficace. C'était un changement plus profond que celui qui arrive typiquement dans la vie d'un individu moderne, et pourtant cela ne semble pas avoir entraîné de problèmes psychologiques. En fait, la société américaine du 19ème siècle avait une tonalité optimiste et pleine d'assurance, très différente de celle de la société d'aujourd'hui. [8]

57. La différence, argumentons nous, est que l'homme moderne a le sentiment (en grande partie justifiée) que le changement lui est IMPOSÉ, tandis que l'habitant de la frontière au 19ème siècle avait le sentiment (aussi en grande partie justifié) que c'est lui qui créait le changement, par son choix propre. Par exemple un pionnier s'installait sur un morceau de terre de son choix et en faisait une ferme par son propre effort. À cette époque un comté entier pouvait avoir seulement deux ou trois cents habitants et était une entité beaucoup plus isolée et autonome qu'un comté moderne. Ainsi le fermier pionnier participait comme membre d'un groupe relativement petit à la création d'une nouvelle communauté ordonnée. On peut bien mettre en doute le fait que la création de cette communauté était une amélioration, mais en tout cas elle satisfaisait le besoin de processus de pouvoir du pionnier.

58. Il serait possible de donner d'autres exemples de sociétés dans lesquelles il y a eu un changement rapide, avec ou sans liens communautaires serrés, sans qu'il y ait la sorte d'aberration comportementale massive que l'on voit dans la société industrielle d'aujourd'hui. Nous affirmons que la cause la plus importante des problèmes sociaux et psychologiques de la société moderne est le fait que les gens ont des occasions insuffisantes d'accomplir d'une façon normale le processus de pouvoir. Nous ne voulons pas dire que la société moderne est la seule dans laquelle le processus de pouvoir a été perturbé. La plupart sinon toutes les sociétés civilisées ont probablement interféré avec le processus de pouvoir dans une plus ou moins grande mesure. Mais dans la société industrielle moderne le problème est devenu particulièrement aigu. Le gauchisme, au moins dans sa forme récente (deuxième moitié du 20ème siècle), est en partie un symptôme de privation du processus de pouvoir.

PERTURBATION DU PROCESSUS DE POUVOIR DANS LA SOCIÉTÉ MODERNE

59. Nous divisons les motivations humaines en trois groupes : (1) les motivations qui peuvent être satisfaites par un l'effort minimal; (2) celles qui peuvent être satisfaites, mais seulement au prix d'un sérieux effort; (3) celles qui ne peuvent pas être correctement satisfaites quel que soit l'effort qu'on fait. Le processus de pouvoir est le processus de satisfaction des motivations du deuxième groupe. Plus il y a de motivations dans le troisième groupe, plus il y a de frustration, de colère, finalement de défaitisme, de dépression, etc.

60. Dans la société industrielle moderne les motivations naturelles humaines ont tendance à être refoulées dans les premier et troisième groupes et le deuxième groupe a tendance à consister de plus en plus en motivations artificiellement créées.

61. Dans les sociétés primitives, les nécessités physiques tombent généralement dans le groupe 2 : on peut les obtenir, mais seulement au prix d'un sérieux effort. Mais la société moderne a tendance à garantir les nécessités physiques à chacun [9] en échange d'un effort seulement minime, par là les besoins physiques sont repoussés dans le groupe 1. (On peut ne pas être d'accord sur le fait que l'effort nécessaire pour un travail est "minime"; mais d'habitude, dans les niveaux d'emplois bas à moyens, le plus gros de l'effort qui est exigé est simplement celui d'obéissance. Vous êtes assis ou debout où on vous dit d'être assis ou debout et faites ce que l'on vous dit de faire de la façon qu'on vous dit de le faire. Vous devez rarement vous dépenser sérieusement et en tout cas vous n'avez pratiquement pas d'autonomie dans le travail, ce qui fait que le besoin du processus de pouvoir n'est pas bien accompli).

62. Les besoins sociaux, comme le sexe, l'amour et le statut, restent souvent dans le groupe 2 dans la société moderne, selon la situation de l'individu [10]. Mais, à part les gens qui ont une motivation particulièrement forte pour le statut, l'effort requis pour accomplir les motivations sociales est insuffisant pour satisfaire correctement le besoin du processus de pouvoir.

63. Donc des besoins artificiels ont été créés qui tombent dans le groupe 2, et par là servent le besoin du processus de pouvoir. On a inventé la publicité et le marketing qui font beaucoup de gens penser qu'ils ont besoin de choses que leurs grands-parents n'ont jamais désirées ou même rêvées. Cela demande de sérieux efforts pour gagner assez d'argent pour satisfaire ces besoins artificiels, par là ils tombent dans le groupe 2. (Mais voyez les paragraphes 80-82). L'homme moderne doit satisfaire son besoin du processus de pouvoir en grande partie par la poursuite des besoins artificiels créés par la publicité et l'industrie du marketing [11] et par des activités de substitution.

64. Il semble que pour beaucoup de personnes, peut-être la majorité, ces formes artificielles du processus de pouvoir soient insuffisantes. Un thème qui apparaît de façon répétée dans les oeuvres des critiques sociaux de la deuxième moitié du 20ème siècle est le sentiment d'irrésolution qui touche beaucoup de gens dans la société moderne. (Cette irrésolution est souvent appelée par d'autres noms comme "anomie" ou "vacuité bourgeoise"). Nous suggérons que la soit-disant "crise d'identité" soit en réalité une recherche de motivation, souvent pour s'engager dans une activité de substitution appropriée. Il se peut que l'existentialisme soit en grande mesure une réponse à l'irrésolution de la vie moderne [12]. La recherche de "l'accomplissement" est très répandue dans la société moderne. Mais nous pensons que pour la majorité des gens une activité dont le but principal est l'accomplissement (c'est-à-dire une activité de substitution) n'apporte pas un accomplissement complètement satisfaisant. Autrement dit, elle ne satisfait pas entièrement le besoin du processus de pouvoir. (Voir le paragraphe 41). Ce besoin ne peut être entièrement satisfait que par les activités qui ont un but externe, comme des nécessités physiques, le sexe, l'amour, le statut, la vengeance, etc.

65. De plus, là où les buts sont poursuivis en gagnant de l'argent, par la promotion sociale ou une autre façon de fonctionner comme partie du système, la plupart des gens ne sont pas en position de poursuivre leurs buts de manière AUTONOME. La plupart des ouvriers sont employés de quelqu'un d'autre et, comme nous l'avons signalé dans le paragraphe 61, doivent passer leurs journées à faire ce qu'on leur dit de faire de la façon qu'on leur dit de le faire. Même la plupart des gens qui sont dans les affaires pour eux eux mêmes n'ont qu'une autonomie limitée. C'est une plainte récurrente des petits commerçants et des entrepreneurs qu'ils ont les mains liées par une règlementation excessive du gouvernement. Certains de ces règlements sont indubitablement inutiles, mais, pour la plupart, les lois gouvernementales sont des parties essentielles et inévitables de notre société extrêmement complexe. Une grande partie du petit commerce fonctionne aujourd'hui sur le système de franchise. Il a été indiqué dans le "Wall Street Journal" il y a quelques années que beaucoup de sociétés de franchise exigent des demandeurs de franchises un test de personnalité qui est conçu pour EXCLURE ceux qui font preuve de créativité et d'initiative, parce que ces personnes ne sont pas suffisamment dociles pour suivre avec obéissance le système de franchise. Cela exclut du petit commerce beaucoup des gens qui ont le plus besoin d'autonomie.

66. Aujourd'hui les gens vivent plus en vertu ce que le système fait POUR eux ou LEUR fait qu'en vertu ce qu'ils font pour eux mêmes. Et ce qu'ils font pour eux mêmes est fait de plus en plus suivant des directions fixées par le système. Les occasions ont tendance à être celles que le système fournit, les occasions doivent être exploitées en accord avec les règles et les règlements [13] et les techniques prescrites par des experts doivent être suivies pour qu'il y ait une chance de succès.

67. Ainsi le processus de pouvoir est perturbé dans notre société par un manque de buts réels et un manque d'autonomie dans la poursuite des buts. Mais il est aussi perturbé à cause de ces motivations humaines qui tombent dans le groupe 3 : les motivations que l'on ne peut pas correctement satisfaire quel que soit l'effort qu'on leur consacre. Une de ces motivations est le besoin de sécurité. Nos vies dépendent de décisions prises par d'autres gens; nous n'avons aucun contrôle de ces décisions et ordinairement nous ne connaissons même pas les gens qui les prennent. ("Nous vivons dans un monde dans lequel relativement peu de gens - peut-être 500 ou 1 000 - prennent les décisions importantes" - Philip B. Heymann de la Faculté de Droit de Harvard, citée par Anthony Lewis, "New-York Times", le 21 avril 1995). Nos vies dépendent du fait que des standards de sécurité sont correctement mis en oeuvre dans une centrale nucléaire; de la quantité autorisée de pesticides dans notre alimentation ou de pollution dans notre air; de l'habileté (ou incompétence) de notre docteur; perdre ou décrocher un travail peut dépendre de décisions prises par des économistes du gouvernement ou des cadres de sociétés; et ainsi de suite. La plupart des individus ne sont pas en position de se protéger contre ces menaces dans une mesure plus que très limitée. La recherche individuelle de la sécurité est donc contrecarrée, ce qui mène au sentiment d'impuissance.

68. On peut objecter que l'homme primitif est physiquement moins en sécurité que l'homme moderne, comme on peut le voir par son espérance de vie plus courte; donc l'homme moderne souffre de moins, et non de plus que la quantité d'insécurité qui est normale pour des êtres humains. Mais la sécurité psychologique ne correspond pas exactement avec la sécurité physique. Ce qui nous fait nous SENTIR en sécurité n'est pas tant la sécurité objective que le sentiment de confiance dans notre capacité à prendre soin de nous. L'homme primitif, menacé par un animal féroce ou par la faim, peut se battre pour se défendre ou se déplacer à la recherche de nourriture. Il n'a aucune certitude de succès dans ces efforts, mais il n'est en aucun cas impuissant contre les choses qui le menacent. L'individu moderne au contraire est menacé par beaucoup de choses contre lesquelles il est impuissant; les accidents nucléaires, les cancérigènes dans l'alimentation, la pollution environnementale, la guerre, l'augmentation des impôts, l'invasion de sa vie privée par des grosses organisations, les phénomènes sociaux ou économiques nationaux qui peuvent perturber son mode de vie.

69. Il est vrai que l'homme primitif est impuissant contre certaines des choses qui le menacent; la maladie par exemple. Mais il peut accepter le risque de maladie stoïquement. Il fait partie de la nature de choses, ce n'est la faute de personne, à moins que ce ne soit la faute de quelque démon imaginaire et impersonnel. Mais ce qui menace l'individu moderne a tendance à être SYNTHÉTIQUE. Ce n'est pas le résultat du hasard, mais lui est IMPOSÉ par d'autres personnes dont il est incapable, en tant qu'individu, d'influencer les décisions. Par conséquent il se sent frustré, humilié et en colère.

70. Ainsi l'homme primitif a en grande partie sa sécurité entre ses propres mains (en tant qu'individu ou membre d'un PETIT groupe) tandis que la sécurité de l'homme moderne est entre les mains de personnes ou d'organisations qui sont trop distantes ou trop grandes pour qu'il soit personnellement capable de les influencer. Donc la motivation de l'homme moderne pour la sécurité a tendance à tomber dans des groupes 1 et 3; dans certains secteurs (l'alimentation, l'abri, etc) sa sécurité est assurée au prix seulement d'un effort insignifiant, tandis que dans d'autres secteurs il NE PEUT PAS atteindre la sécurité. (Ce qui précède simplifie énormément la situation réelle, mais indique vraiment d'une façon grossière et générale comment la condition de l'homme moderne diffère de celle de l'homme primitif).

71. Les gens ont beaucoup de motivations transitoires ou impulsives qui sont nécessairement contrecarrées dans la vie moderne, et tombent par là dans le groupe 3. On peut se mettre en colère, mais la société moderne ne peut pas permettre de se battre. Dans beaucoup de situations elle ne permet pas même l'agression verbale. Quand on va quelque part on peut être pressé, ou on peut être en humeur de voyager lentement, mais on n'a généralement pas d'autre choix que de suivre le flux du trafic et d'obéir aux feux de circulation. On peut vouloir faire son travail d'une façon différente, mais d'habitude on ne peut travailler que selon les règles fixées par son employeur. De beaucoup d'autres façons encore, l'homme moderne est ligoté par un réseau de règles et de règlements (explicites ou implicites) qui contrecarre beaucoup de ses impulsions et se heurte ainsi au processus de pouvoir. On ne peut pas se passer de la plupart de ces règlements , parce qu'ils sont nécessaires au fonctionnement de la société industrielle.

72. La société moderne est par certains aspects extrêmement permissive. Dans les questions qui sont sans rapport avec le fonctionnement du système nous pouvons généralement faire ce qui nous plaît. Nous pouvons croire en n'importe quelle religion (tant qu'elle n'encourage pas de comportement dangereux pour le système). Nous pouvons coucher avec qui nous aimons (tant que nous pratiquons "des rapports sexuels protégés"). Nous pouvons faire tout ce que nous aimons tant que c'est SANS IMPORTANCE. Mais dans toutes les questions IMPORTANTES le système tend de plus en plus à réguler notre comportement

73. Le comportement n'est pas seulement régulé par des règles explicites ou par le gouvernement. Le contrôle est souvent exercé par une contrainte indirecte ou par la pression psychologique ou la manipulation, et par des organisations autres que le gouvernement, ou par le système dans son ensemble. La plupart des grandes organisations utilisent une forme ou une autre de propagande [14] pour manipuler l'attitude ou le comportement des gens. La propagande n'est pas limitée à la publicité, et parfois elle n'est même pas consciemment conçue comme de la propagande par les gens qui la font. Par exemple, le contenu des programmes de divertissement est une forme puissante de propagande. Un exemple de contrainte indirecte : il n'y a aucune loi qui dit que nous devons aller travailler chaque jour et suivre les ordres de notre employeur. Légalement il n'y a rien pour nous empêcher d'aller vivre dans la nature comme les primitifs ou d'entrer nous mêmes dans les affaires. Mais en pratique il reste très peu de terres sauvages disponibles et il n'y a de la place dans l'économie que pour un nombre limité de petits commerçants. Par là la plupart d'entre nous ne peuvent survivre que comme employé de quelqu'un d'autre.

74. Nous suggérons que l'obsession pour la longévité, et le maintien de l'énergie physique et de l'attrait sexuel jusqu'à un âge avancé, chez l'homme moderne est un symptôme de non accomplissement résultant d'une privation dans le processus de pouvoir. "La crise de la quarantaine" est aussi un tel symptôme. Tout comme le manque d'intérêt à avoir des enfants qui est assez commun dans la société moderne, mais presque inouï dans des sociétés primitives.

75. Dans les sociétés primitive la vie est une succession d'étapes. Les besoins et les buts d'une étape ayant été accomplis, il n'y a aucune répugnance particulière à passer à l'étape suivante. Un jeune homme accomplit le processus de pouvoir en devenant un chasseur, chassant non pour le sport ou pour l'accomplissement, mais pour obtenir de la viande qui est nécessaire pour se nourrir. (Chez les jeunes femmes le processus est plus complexe, avec un accent plus grand sur le pouvoir social; nous ne le discuterons pas ici.) Cette phase étant passée avec succès, le jeune homme n'a aucune répugnance à s'installer dans les responsabilités d'élever une famille. (Par contraste, certaines personnes modernes reportent indéfiniment d'avoir des enfants parce qu'ils sont trop occupés à rechercher quelque "accomplissement". Nous suggérons que l'accomplissement dont ils ont besoin est l'expérience adéquate du processus de pouvoir - avec des buts réels au lieu des buts artificiels d'activités de substitution). De nouveau, ayant avec succès élevé ses enfants, et accompli le processus de pouvoir en leur fournissant leurs nécessités physiques, l'homme primitif estime que son travail est terminé et il est prêt à accepter la vieillesse (s'il survit jusque là) et la mort. Beaucoup de personnes modernes, au contraire, sont gênées par la perspective de la mort, comme on peut le voir par les efforts qu'ils font pour essayer d'entretenir leur condition physique, leur apparence et leur santé. Nous soutenons que c'est en raison du non accomplissement résultant du fait qu'ils n'ont jamais utilisé leur force physique, n'ont jamais accompli le processus de pouvoir en utilisant leur corps d'une façon sérieuse. Ce n'est pas l'homme primitif, qui a utilisé son corps quotidiennement pour des buts pratiques, qui craint les détériorations de l'âge, mais l'homme moderne, qui n'a jamais eu d'utilisation pratique pour son corps au-delà de la marche de sa voiture à sa maison. C'est l'homme dont le besoin de processus de pouvoir a été satisfait pendant sa vie qui est le mieux préparé à accepter la fin de cette vie.

76. En réponse aux arguments de cette section quelqu'un dira, "la Société doit trouver un moyen de donner aux gens l'occasion d'accomplir le processus de pouvoir". Pour ces gens la valeur de l'occasion est détruite par le fait même que la société la leur donne. Ce qu'ils ont besoin est de trouver ou créer leurs propres occasions. Tant que le système leur DONNE leurs occasions il les a toujours en laisse. Pour atteindre l'autonomie ils doivent se débarrasser de cette laisse.

COMMENT CERTAINES PERSONNES S'ADAPTENT

77. Tout le monde dans la société industrialo-technologique ne souffre pas de problèmes psychologiques. Quelques personnes prétendent même être tout à fait satisfaites de la société comme elle est. Nous discutons maintenant certaines des raisons pour lesquelles les gens diffèrent à ce point dans leur réponse à la société moderne.

78. D'abord, il y a sans aucun doute des différences dans l'instinct de pouvoir. Les individus avec une attirance faible pour le pouvoir peuvent avoir relativement peu de besoin d'accomplir le processus de pouvoir, ou au moins un besoin relativement faible d'autonomie dans le processus de pouvoir. Ce sont les types dociles qui auraient été heureux comme nègres de plantation dans le Vieux Sud. (Nous ne voulons pas nous moquer "des nègres de plantation" du Vieux Sud. À leur crédit, la plupart des esclaves n'étaient PAS contents de leur servitude. Mais nous nous moquons des gens qui SONT contents de la servitude.)

79. Certains peuvent avoir une motivation exceptionnelle, dont la poursuite satisfait leur besoin du processus de pouvoir. Par exemple, ceux qui ont une motivation exceptionnellement forte pour le statut social peuvent passer leur vie entière à monter l'échelle sociale sans jamais s'ennuyer de ce jeu.

80. Les gens varient dans leur sensibilité à la publicité et au marketing. Certains sont si susceptibles que, même s'ils font beaucoup d'argent, ils ne peuvent pas satisfaire leur constante envie pour les nouveaux jouets brillants que le marketing agite devant leurs yeux. Donc ils se sentent toujours financièrement en difficulté même si leur revenu est élevé et leurs envies sont contrecarrées.

81. Certains ont une faible sensibilité à la publicité et au marketing. Ce sont les gens qui ne sont pas intéressés par l'argent. L'acquisition de biens matériels ne sert pas leur besoin du processus de pouvoir.

82. Ceux qui ont une sensibilité moyenne à la publicité et au marketing sont capables de gagner assez d'argent pour satisfaire leurs envies de marchandises et de service, mais seulement au prix d'un effort sérieux (heures supplémentaires, travail de complément, promotion, etc). Par là l'acquisition de biens matériels sert leur besoin du processus de pouvoir. Mais il ne s'ensuit pas nécessairement que leur besoin est entièrement satisfait. Ils peuvent avoir une autonomie insuffisante dans le processus de pouvoir (leur travail peut consister à suivre des ordres) et certaines de leurs motivations peuvent être contrecarrés (par exemple, la sécurité, l'agression). (Nous sommes coupables de simplification excessive dans les paragraphes 80-82 parce que nous avons supposé que le désir d'acquisition matérielle est entièrement une création de la publicité et du marketing. Bien sûr ce n'est pas si simple [11]).

83. Certains satisfont en partie leur besoin du pouvoir en s'identifiant avec une organisation puissante ou un mouvement de masse. Un individu manquant de buts ou de pouvoir rejoint un mouvement ou une organisation, adopte ses buts comme les siens propres, travaille ensuite vers ces buts. Quand certains des buts sont atteints, l'individu, bien que ses efforts personnels aient joué seulement une rôle insignifiant dans leur accomplissement, ressent (par son identification avec le mouvement ou l'organisation) la même chose que s'il avait accompli le processus de pouvoir. Ce phénomène a été exploité par les fascistes, les nazis et les communistes. Notre société l'utilise, aussi, quoique moins brutalement. Par exemple : Manuel Noriega était irritant pour les Etats-Unis (but : punir Noriega). Les Etats-Unis ont envahi le Panama (effort) et ont puni Noriega (accomplissement du but). Les Etats-Unis ont accompli le processus de pouvoir et beaucoup d'Américains, à cause de leur identification avec les Etats-Unis, ont éprouvé le processus de pouvoir par délégation. De là l'approbation publique généralisée de l'invasion du Panama; elle a donné aux gens une sensation de pouvoir [15]. Nous voyons le même phénomène dans les armées, les sociétés, les partis politiques, les organisations humanitaires, les mouvements religieux ou idéologiques. Les mouvements gauchistes particulièrement ont tendance à attirer les gens qui cherchent à satisfaire leur besoin de pouvoir. Mais pour la plupart l'identification avec une grande organisation ou un mouvement de masse ne satisfait pas entièrement le besoin du pouvoir.

84. Une autre voie par laquelle les gens satisfont leur besoin du processus de pouvoir est par des activités de substitution. Comme nous l'avons expliqué dans les paragraphes 38-40, une activité de substitution est dirigée vers un but artificiel que l'individu poursuit pour "l'accomplissement" qu'il obtient en poursuivant ce but, pas parce qu'il doit atteindre le but lui-même. Par exemple, il n'y a aucun motif pratique pour se bâtir d'énormes muscles, pour envoyer une bille dans un trou ou acquérir une série complète de timbres-postes. Pourtant beaucoup de gens dans notre société se consacrent avec passion au culturisme, au golf ou à la philatélie. Certains sont plus "conformistes" que d'autres et accordent donc plus aisément de l'importance à une activité de substitution simplement parce que les gens autour d'eux la traitent comme importante ou parce que la société leur dit que c'est important. C'est pourquoi certains deviennent très appliqués dans des activités essentiellement insignifiantes comme le sport, ou le bridge, ou les échecs, ou des recherches savantes mystérieuses, tandis que d'autres qui sont plus clairvoyants ne voient jamais ces choses que comme les activités de substitution qu'elles sont et ne leur attachent jamais par conséquent assez d'importance pour satisfaire leur besoin du processus de pouvoir. Il reste seulement à souligner que dans de nombreux cas la manière de gagner sa vie est aussi une activité de substitution. Pas une PURE activité de substitution, puisqu'une partie du motif de l'activité est de gagner les nécessités physiques et (pour certains) le statut social et le superflu que la publicité leur fait vouloir. Mais beaucoup de gens mettent dans leur travail beaucoup plus d'efforts que nécessaire pour gagner l'argent et le statut dont ils ont besoin et cet effort supplémentaire constitue une activité de substitution. Cet effort supplémentaire, avec l'investissement émotionnel qui l'accompagne, est une des forces les plus puissantes qui pousse le développement continuel et le perfectionnement du système, avec des conséquences négatives pour la liberté individuelle (voir le paragraphe 131). Particulièrement, pour les scientifiques et les ingénieurs les plus créatifs, le travail a tendance à être en grande partie une activité de substitution. Ce point est si important qu'il mérite une discussion séparée, que nous donnerons dans un moment (paragraphes 87-92).

85. Dans cette section nous avons expliqué comment beaucoup de gens dans la société moderne satisfont plus ou moins leur besoin du processus de pouvoir. Mais nous pensons que pour la majorité des gens le besoin du processus de pouvoir n'est pas entièrement accompli. En premier lieu, ceux qui ont un besoin insatiable de statut, ou qui sont fermement "accrochés" à une activité de substitution, ou qui s'identifient suffisamment avec un mouvement ou une organisation pour satisfaire leur besoin de pouvoir, sont des personnalités exceptionnelles. Les autres ne sont pas entièrement satisfaits par les activités de substitution ou par l'identification avec une organisation (voir les paragraphes 41, 64). En second lieu, trop de contrôle est imposé par le système, par des règlements explicites ou par la socialisation, ce qui aboutit à un manque d'autonomie et à la frustration en raison de l'impossibilité d'atteindre certains buts et de la nécessité de freiner trop d'impulsions.

86. Mais même si la plupart des gens dans la société industrialo-technologique étaient tout à fait satisfaites, nous (FC) serions toujours opposés à cette forme de société, parce que (parmi d'autres raisons) nous considérons comme avilissant d'accomplir son besoin du processus de pouvoir par des activités de substitution ou par l'identification avec une organisation, plutôt que par la poursuite de buts réels.

MOTIVATIONS DES SCIENTIFIQUES

87. La science et la technologie fournissent les exemples les plus importants d'activités de substitution. Quelques scientifiques prétendent qu'ils sont motivés par "la curiosité", cette notion est simplement absurde. La plupart des scientifiques travaillent sur des problème hautement spécialisés qui ne sont l'objet d'aucune curiosité normale. Par exemple, est-ce qu'un astronome, un mathématicien ou un entomologiste est curieux des propriétés de l'isopropyltrimethylmethane ? Bien sûr que non. Seul un chimiste est curieux d'une telle chose et il est curieux de cela seulement parce que la chimie est son activité de substitution. Est-ce que le chimiste est curieux de la classification correcte d'une nouvelle espèce de scarabée ? Non. Cette question est intéressante seulement pour l'entomologiste et il ne s'y intéresse que parce que l'entomologie est son activité de substitution. Si le chimiste et l'entomologiste devaient se dépenser sérieusement pour obtenir les nécessités physiques et si cet effort occupait leurs capacités d'une façon intéressante, mais non scientifique, alors ils se moqueraient de l'isopropyltrimethylmethane ou de la classification des scarabées. Supposons que le manque de fonds pour les études de troisième cycle ait mené le chimiste à devenir courtier d'assurance au lieu de chimiste. Dans ce cas il aurait été très intéressé par des questions d'assurance, mais ne se serait soucié en rien de l'isopropyltrimethylmethane. En tout cas il n'est pas normal de mettre dans la satisfaction de la simple curiosité le volume de temps et d'effort que les scientifiques mettent dans leur travail. L'explication par la "curiosité" de la motivation des scientifiques ne tient tout simplement pas.

88. L'explication par "le bien de l'humanité" ne marche pas mieux. Certaines activités scientifiques n'ont aucune relation imaginable avec le bien-être de la race humaine - la plus grande partie de l'archéologie ou de la linguistique comparée par exemple. D'autres secteurs des sciences présentent des dangers évidents. Pourtant les scientifiques dans ces secteurs sont aussi enthousiastes pour leur travail que ceux qui développent des vaccins ou étudient la pollution athmosphérique. Considérez le cas du Dr Edouard Teller, qui avait un engagement émotionnel évident dans la promotion des centrales nucléaires. Cette engagement était il issu d'un désir de profiter à l'humanité ? S'il en est ainsi alors pourquoi le Dr Teller ne s'est il pas engagé émotionnellement pour d'autres causes "humanitaires" ? S'il était si humanitaire alors pourquoi a-t-il aidé à développer la bombe H ? Comme avec beaucoup d'autres accomplissements scientifiques, on peut sérieusement se poser la question de savoir si les centrales nucléaires profitent vraiment à l'humanité. L'électricité bon marché est elle plus importante que l'accumulation des déchêts et le risque d'accidents ? Le Dr Teller a vu seulement un côté de la question. Clairement son engagement émotionnel dans l'énergie nucléaire n'a pas surgi d'un désir "de profiter à l'humanité" mais d'un accomplissement personnel qu'il a tiré de son travail et de la vue de son utilisation pratique.

89. Il en est de même des scientifiques en général. Avec de rares exceptions possibles, leur motif n'est ni la curiosité, ni le désir de profiter à l'humanité, mais le besoin d'accomplir le processus de pouvoir : avoir un but (un problème scientifique à résoudre), faire un effort (la recherche) et atteindre le but (la solution du problème). La science est une activité de substitution parce que les scientifiques travaillent principalement pour l'accomplissement qu'ils trouvent dans le travail lui-même.

90. Bien sûr, ce n'est pas aussi simple. D'autres motivations jouent effectivement un rôle pour beaucoup de scientifiques. Argent et statut par exemple. Certains scientifiques peuvent être des gens du type qui ont un besoin insatiable de statut (voir le paragraphe 79) et cela peut être la principale motivation pour leur travail. Il n'y a aucun doute que la majorité des scientifiques, comme la majorité de la population générale, est plus ou moins sensible à la publicité et au marketing et a besoin d'argent pour satisfaire l'envie de marchandises et de services. Ainsi la science n'est pas une PURE activité de substitution. Mais c'est en grande mesure une activité de substitution.

91. De plus, la science et la technologie constituent un puissant mouvement de masse et beaucoup de scientifiques satisfont leur besoin de pouvoir par l'identification avec ce mouvement de masse (voir le paragraphe 83).

92. Ainsi la science marche au pas aveuglément, sans respect pour le bien-être réel de la race humaine ou pour une autre norme, obéissant seulement aux besoins psychologiques des scientifiques et des politiques et cadres de société qui financent la recherche.

LA NATURE DE LA LIBERTÉ

93. Nous allons montrer que la société industrialo-technologique ne peut pas être réformée de façon à l'empêcher de rétrécir peu à peu la sphère de la liberté humaine. Mais comme "liberté" est un mot qui peut être interprété de beaucoup de façons, nous devons d'abord faire comprendre de quelle liberté nous parlons.

94. Par "liberté" nous désignons l'occasion d'accomplir le processus de pouvoir, avec des buts réels et non les buts artificiels d'activités de substitution, et sans interférence, manipulation ou supervision de qui que ce soit, particulièrement d'aucune grande organisation. La liberté veut dire avoir le contrôle (en tant qu'individu ou membre d'un PETIT groupe) des questions vitales de son existence; l'alimentation, les vêtements, le couvert et la défense contre toutes les menaces qui peuvent être présentes dans son environnement. La liberté veut dire avoir le pouvoir; pas le pouvoir de contrôler d'autres personnes mais le pouvoir de contrôler les circonstances de sa propre vie. On n'a pas de liberté si un autre (particulièrement une grande organisation) a le pouvoir sur soi, quelque bienveillant, tolérant et permissif qu'il soit. Il est important de ne pas confondre la liberté avec la simple permission (voir le paragraphe 72).

95. Il se dit que nous vivons dans une société libre parce que nous avons un certain nombre de droits constitutionnellement garantis. Mais ceux-ci ne sont pas aussi importants qu'ils le semblent. Le degré de liberté personnelle qui existe dans une société est déterminé plus par la structure économique et technique de la société que par ses lois ou sa forme de gouvernement [16]. La plupart des nations indiennes de Nouvelle Angleterre étaient des monarchies et beaucoup des Cités-Etats de la Renaissance italienne étaient dirigées par des dictateurs. Mais quand on se documente sur ces sociétés on a l'impression qu'elles permettaient beaucoup plus de liberté personnelle que notre société. C'est en partie parce qu'elles manquaient des mécanismes efficaces pour mettre en application la volonté du dirigeant : il n'y avait pas de police moderne et bien organisée, pas de communication rapide à grande distance, pas de caméras de surveillance, pas fichier d'information sur la vie des citoyens ordinaires. Par là il était relativement facile de se soustraire au contrôle.

96. Quant à nos droits constitutionnels, considérez par exemple celui de la Liberté de la Presse. Nous ne sommes certainement pas contre ce droit : c'est un outil très important pour limiter la concentration du pouvoir politique et pour tenir dans le droit chemin ceux qui ont effectivement le pouvoir politique en exposant publiquement leurs mauvaises conduites. Mais la liberté de la Presse est de très peu d'utilité au citoyen moyen en tant qu'individu. Les mass-médias sont en grande partie sous le contrôle de grosses organisations qui sont intégrées dans le système. Quelqu'un qui a un peu d'argent peut faire imprimer quelque chose, ou peut le distribuer sur Internet ou d'une autre façon équivalente, mais ce qu'il veut dire sera inondé par le volume énorme de matériau produit par les médias, par là il n'aura aucun effet pratique. Faire une impression sur la société avec des mots est donc presque impossible pour la plupart des individus et des petits groupes. Prenez-nous (FC) par exemple. Si nous n'avions jamais rien fait de violent et avions soumis ce texte à un éditeur, il n'aurait probablement pas été accepté. S'il avait été accepté et publié, il n'aurait probablement pas attiré beaucoup de lecteurs, parce que c'est plus amusant de regarder les divertissement produits par les médias que de lire un essai sérieux. Même si ce texte avait eu beaucoup de lecteurs, la plupart de ces lecteurs auraient bientôt oublié ce qu'ils auraient lu, leurs esprits inondés par la masse de matériau à laquelle les médias les exposent. Pour présenter notre message au public avec une certaine chance de faire une impression durable, nous avons dû tuer des gens.

97. Les droits constitutionnels sont utiles jusqu'à un certain point, mais ils ne servent pas à garantir beaucoup plus que ce qu'on pourrait appeler la conception bourgeoise de la liberté. Selon la conception bourgeoise, un homme "libre" est essentiellement un élément d'une machine sociale et a seulement un certain jeu de libertés prescrites et délimitées; les libertés qui sont conçues pour servir les besoins de la machine sociale plus que ceux de l'individu. Ainsi l'homme "libre" selon le bourgeois a la liberté économique parce que cela promeut la croissance et le progrès; il a la Liberté de la Presse parce que la critique publique restreint la mauvaise conduite des leaders politiques; il a droit à une justice équitable parce que l'emprisonnement suivant le caprice des puissants serait mauvais pour le système. C'était clairement l'attitude de Simon Bolivar. Pour lui, les gens méritaient la liberté seulement s'ils l'utilisaient pour promouvoir le progrès (le progrès selon la conception du bourgeois). D'autres penseurs bourgeois ont adopté cette vision de la liberté comme un simple moyen pour des fins collectives. Chester C. Tan, "la Pensée Politique chinoise au Vingtième siècle," page 202, explique la philosophie du Leader du Kuomintang Hu Han-Min : "on accorde des droits à un individu parce qu'il est membre de la société et que la vie de la communauté nécessite de tels droits. Par communauté Hu désignait la société entière de la nation." Et à la page 259 Tan déclare que selon Carsum Chang (Chang Chun-Mai, chef du Parti Socialiste d'Etat en Chine) la liberté devait être utilisée dans l'intérêt de l'état et du peuple comme un tout. Mais quel genre de liberté a-t-on si on ne peut l'utiliser que comme quelqu'un d'autre le prescrit ? La conception de la liberté de FC n'est pas celle de Bolivar, Hu, Chang ou d'autres théoriciens bourgeois. L'ennui avec ces théoriciens est qu'ils ont fait du développement et de l'application de théories sociales leur activité de substitution. Par conséquent les théories sont conçues pour servir les besoins des théoriciens plus que les besoins des gens qui sont assez malheureux pour vivre dans une société sur laquelle ces théories sont imposées.

98. Un dernier point doit être précisé dans cette section : On ne devrait pas considérer que quelqu'un a assez de liberté simplement parce qu'il DIT qu'il en a assez. La liberté est limitée en partie par un contrôle psychologique dont les gens sont inconscients, et de plus les idées de beaucoup sur ce en quoi constitue la liberté sont basées plus selon les conventions sociales que par leurs besoins réels. Par exemple, il est probable que beaucoup de gauchistes du type sursocialisé diraient que la plupart des gens, y compris eux-mêmes sont trop peu socialisés plutôt que trop, pourtant le gauchiste sursocialisé paye un lourd tribut psychologique pour son haut niveau de socialisation.

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