DEUXIEME TABLE-RONDE: LE STATUT DE LA FEMME : PROBLEMES ET SOLUTIONS

Toshiko HIMEOKA Japon, Professeur de la Faculté pour les Relations Internationales est intervenue sur le statut de la femme au Japon et le récent débat sur la conception des droits de la femme japonaise.

La femme, au Japon est soumise a des contraintes objectives, car le statut de la femme change avec l'histoire et l'évolution de la société. Les femmes japonaises sont encore très arriérées par rapport aux mobilisations des femmes aux U.S.A. La société japonaise est et reste une société patriarcale. Il y a eu quelques améliorations, mais il reste encore beaucoup à faire. Les associations de femmes japonaises ont adopté deux projets : 1) l'égalité des sexes, 2) la lutte contre la ségrégation. La femme japonaise est encore très démunie pour atteindre ces objectifs, face à une société traditionnelle, mais elle peut déjà améliorer sa situation. Elle attend beaucoup de la mobilisation internationale. Les droits de l'homme doivent être universels c.à.d. homme et femme, mais chaque pays doit être pris en compte dans sa spécificité. Il faut refuser l'exploitation de la femme et le harcèlement sexuel au travail ou ailleurs. Les Femmes japonaises ont été exploitées sexuellement pendant la guerre par les militaires et aucune femme ne l'a oublié.

Martina KAMP Allemagne, étudiante dans la Recherche Scientifique, est intervenue sur l'historique de la lutte des femmes et sur l'image de la femme du Maghreb et du Machrek dans les médias occidentaux. "Ayant eu souvent l'occasion de me déplacer au Moyen-Orient, je me rends compte de l'énorme manipulation des médias en Europe". Elles montrent les femmes des objets sexuels ou de plaisir. Le concept occidental s'est construit sur des contradictions tantôt attirant tantôt rejetant tout ce qui est exotique, mais toujours défini selon des critères européens. Chaque société est fondée sur une culture qui lui appartient en propre. Nous sommes trop arriérés pour le comprendre. Déjà nous n'arrivons pas à établir des relations d'égalité entre l'Est et l'Ouest, il n'y a que l'hégémonie de l'ouest qui exige de l'Est de renier toutes ses valeurs qui ont été établies au fil des années. Comment pouvons-nous comprendre le rôle de la femme dans d'autres régions et d'autres civilisations ? L'Islam a joué un grand rôle dans la vie des femmes. Beaucoup de livres ont été écrits sur la place et le rôle de la femme dans les sociétés islamiques. C'est l'occident qui se voile la face sur cette civilisation et qui s'est inventé une conception occidentale de l'Islam qui n'a rien à voir avec la réalité et qui est toujours fondée sur l'exotisme alors que les Musulmans sont largement présents chez nous et enrichissent nos cultures.

Dr.Joussef Omar ALGHAZAL Libye, Directeur de l'Académie Verte, El Fatah Université où ; se passe le congrès est intervenu sur la femme libyenne dans la culture dominante. Le siècle des lumières lié aux mouvements de colonisation a entraîné un mouvement arabe contre la colonisation culturelle et politique. Les intellectuels arabes du XIXe siècle, vers la fin de l'empire Ottoman, opposés à la turquisation et contre l'occidentalisation ont combattu contre la tentative d'effacer notre personnalité, appelant à une stratégie d'interaction avec d'autres cultures pour vaincre le colonialisme culturel. La culture est un être vivant qui se nourrit avec les autres cultures, et meurt donc s'il néglige ou combat les autres cultures. C'est l'interaction qui a donné la civilisation, l'interaction islamique liée à une histoire arabe globale. Le règne Al Moad, fondé sur la dynastie des familles soufies, l'histoire actuelle liée au passé, les sentiments de nos parents battant dans nos curs, notre mémoire, tout cela nous apporte le statut de la constitution de nos pays dans le Maghreb. Un monde sans culture spécifique est une charogne et ne peut donc attirer que les charognes ou les chiens. La culture arabe a besoin de diversité entre des cultures, de complémentarité entre l'homme et la femme pour fonder la mentalité arabe. Les traditions conseillaient aux hommes de porter des vêtements blancs et aux femmes de se voiler. Les Libyens appliquent encore aujourd'hui ces conseils. J'ai fait faire une étude sociologique à mes étudiants sur les relations hommes-femmes. Ils ont interrogé neuf milles femmes, de tout âge et de toute profession. Les réponses étaient souvent partagées sur la préférence du sexe d'un bébé ou sur la place des femmes dans la société, par contre sur l'égalité entre l'homme et la femme les oui étaient nettement majoritaires.

Rose HOLLINS, Nouvelle-Zélande, de l'Institut du Droit International, est intervenue sur le statut de la femme et la lutte pour l'égalité sociale. La lutte concernant l'émancipation des femmes n'est pas homogène, car il y a une différence entre la lutte et les objectifs finaux, selon que les femmes fassent partie d'une classe sociale ou d'une autre ou selon que la femme fait partie d'une civilisation dominante, la blanche ou celle des Maoris ou autres autochtones. Les objectifs à atteindre ne sont jamais les mêmes selon que vous faite partie de la majorité opprimante ou des minorités opprimées. Je milite pour l'indépendance des minorités opprimées, dont les femmes. Je ne me permets pas de mettre en cause les gens qui se battent au nom de l'Islam contre les complots ourdis par les capitalistes impérialistes. Chez nous, les Tables-Rondes qui se tiennent et où l'on appelle les femmes à débattre, ce sont toujours les riches qui parlent aux riches et contre les pauvres. Il est nécessaire de faire une union entre toutes les forces quelles que soient leurs identités ou leurs cultures pour les droits de l'homme et les droits sociaux contre le capitalisme. Les femmes ont besoin de lutter avec d'autres minorités, de combiner leurs forces pour faire échec au capitalisme, la lutte sera plus efficace. Il faut lutter ensemble pour mettre fin à l'oppression de toutes les minorités. De toute façon, le capitalisme est concentré entre quelques mains qui oppriment la majorité des populations, seulement certains sont plus opprimés que d'autres, donc se révoltent plus. La concurrence capitaliste a entraîné une confrontation des pays riches au détriment des pays pauvres. Le problème dont les femmes souffrent le plus en Nouvelle-Zélande, c'est le fléau social. Après la guerre, 20 % de femmes ont commencé petit à petit à travailler dans des emplois à temps plein, en 1995, il n'y en avait plus que 15 %. Nous sommes les premières victimes du chômage.

Jacqueline BUTRON Bolivie, du C.E.M.E.C. (centre de multiservices sur l'éducation et les cultures) est intervenue sur le rôle de la femme amérindienne en Bolivie. En Bolivie sur une population de sept millions d'habitants, la coexistence entre les nombreuses ethnies, entre les différentes cultures est possible. Je ne dis pas que c'est parfait, mais j'ai beaucoup voyagé et je trouve qu'il y a une certaine tolérance dans mon pays alors qu'il y a une énorme variété géographique et culturelle. Tous peuvent s'exprimer. Depuis la création de la république, en 1925, l'état fait son possible pour faire cohabiter toutes les ethnies qui le composent. C'est un pays qui ne connaît de toute façon pas encore toutes les identités, les cultures et les ethnies qui font sa richesse. La Bolivie, du fait de cette tolérance a pu acquérir un semblant de démocratie, une sorte de stabilité qui a permis de réformer l'enseignement aux différentes ethnies, un enseignement global, mais aussi indigène dans la mesure des connaissances. Il y a encore beaucoup à faire pour arriver à un enseignement plus performant et pour permettre aux différentes couches de la société de participer aux gestions municipales et à l'exécutif. Par contre, la femme n'est pas vraiment protégée de l'exploitation. 65 % de femmes ne peuvent avoir accès à l'enseignement à cause de la pauvreté et de l'analphabétisme. Dans un pays ou 75 % de la population est autochtone, la femme autochtone vit en milieu rural et ne profite donc d'aucune facilité pour participer aux affaires sociales, d'ailleurs personne ne songe à lui en offrir les moyens. Les femmes, en milieu rural souffrent énormément du manque d'hygiène et d'assistance sanitaire.

Ginette SKANDRANI France, écologiste, Femme pour la Paix et Réseau de Solidarité avec le Peuple Palestinien est intervenue sur le rôle de la femme en politique et dans le mouvement social en Europe et particulièrement en France. Dans le monde du travail, les femmes sont encore très minoritaires dans l'encadrement et dans les fonctions les plus valorisantes. Elles sont nettement moins payées, à niveau de qualification égale. Elles sont beaucoup plus touchées par le chômage et la pauvreté (12 % contre 8 % pour les hommes). Certains hommes politiques veulent carrément les renvoyer à la maison sous prétexte qu'il n'y a plus de travail pour tous. C'est sur elles que repose aussi la plus grande partie du travail domestique et l'éducation des enfants les contraignant souvent à faire des "doubles journées". Ça tient particulièrement à nos modes de vie, ou, sous prétexte de rentabilité, la famille a été éclatée, l'entraide et la solidarité jetées aux oubliettes de l'histoire car non capitalisables. D'une part, les mentalités ayant beaucoup de mal à évoluer, les longues études sont toujours réservées aux garçons, d'autre part on retrouve toujours dans les livres scolaires certains stéréotypes comme : maman fait la cuisine, papa travaille. Ce qui ne favorise pas la prise de conscience sur l'égalité des sexes. Quant à la publicité, elle reste toujours aussi sexiste en Europe. Ce n'est vraiment pas agréable de voir sur les murs les affiches de femmes nues vantant tel ou tel produit de consommation. En dehors de la sphère privée ou économique, l'inégalité la plus flagrante et qui perdure est bien du domaine de la politique, car les femmes sont très peu représentées dans les assemblées. Malgré les grandes déclarations fracassantes, surtout en campagne électorale, sur le statut de la femme européenne, il me semble que le droit de la femme est surtout un concept qui sert à cacher la réalité de la politique et à donner des fausses leçons de démocratie aux pays du Sud. "J'aimerais beaucoup comparer, au-delà des différences culturelles, le nombre de femmes élues ou assumant des postes de responsabilité dans les pays musulmans". On nous soumet, par médias interposés, l'image de la femme musulmane, voilée, dépendante, exclue de toute décision qui doit correspondre à l'image de la femme occidentale, dénudée, inconsciente, charmeuse et dépravée distillée dans les pays arabes. Aucune de ces deux images ne correspond à la réalité. Il existe en France, comme dans tous les pays où la démocratie n'est que parlementaire, un foisonnement d'associations, et là, dans ce qui correspond à la réalité de la société civile, les femmes sont largement présentes et représentées. Peut-être faudra-t-il instaurer une démocratie plus directe pour inciter les femmes à participer au débat politique ?

Fin de la deuxième partie.